Médias, université et société civile

Dans une certaine littérature libérale,  la société civile est une notion-valise qui englobe, non seulement les ONG, mais également l’univers académique et médiatique, puisque tous concourent à améliorer la cité et le bien être des citoyens sans concourir pour l’accès au pouvoir. Mais cette distinction classique entre société politique et société civile, ne semble plus à l’ordre du jour. Aujourd’hui, avec l’émiettement des sphères, la société civile se réduit à des acteurs humanitaires et associatifs œuvrant théoriquement pour une meilleure équité sociale mais non outillée pour y parvenir dans les faits. Et puis, l’université et les médias sont considérés comme des univers dissociés, davantage concernés par le savoir, l’information et de plus en plus la fabrication de l’influence, sans nécessairement converger vers le changement durable de la cité.

Quand j’ai reçu, à l’occasion des Atlantic Dialogues, du think tank, OCP Policy center, l’invitation de parler de ces trois espaces, j’étais agréablement surpris de les voir réunis dans un même énoncé, et me suis senti encouragé par cette aimable invite à les reconnecter. Je me suis dès lors rendu compte que pour ces trois îlots artificiellement déconnectés, quatre défis majeurs méritent d’être relevés et, ainsi, aider à créer des relais entre eux.

Le premier est celui de comprendre concomitamment son contexte, ses héritages et les voix d’innovation possibles, dans un monde en changement perpétuel. Autrement dit, avoir aussi bien de la mémoire et de l’anticipation. Cela implique : en termes de recherche, une place plus grande pour les humanités et les sciences sociales, avec une place de choix pour les récits de vie, les ethnographies et les études de cas circonstanciés ; pour les médias, suffisamment d’indépendance pour autoriser l’investigation et le reportage ; et pour la société civile, une capacité à s’ancrer dans le réel et à se projeter par la créativité. Et pour que tout cela ne ressemble pas à un bréviaire de bonnes pratiques isolées, cela nécessite des plateformes de coopération, où les questions ne sont pas traités isolément mais reprises, reformulées et augmentées par les uns et les autres.

Le deuxième est celui de rendre possible l’accès à une pluralité de voix, de perceptions et d’intérêts, de les rendre tous audibles, compréhensibles et discutables. Cela nécessite plus de fonds soucieux de la diversité pour la recherche, des contextes politiques libéraux autorisant un réel accès à l’information et une société moins cloisonnée, plus soucieuse du vivre ensemble.

Le troisième défi est celui de faire usage du savoir et de l’information, non comme des commodités à consommer, mais comme des outils efficients de résistance aux abus de pouvoir et autres formes d’exploitation banalisées et acceptées comme des faits accomplis. Cela implique, avec la prolifération des plateformes numériques, un détournement de ces facilités en espaces collaboratifs, de partages, ouverts aux différents acteurs.

Et le dernier, et non des moindres défis, est celui de l’empowerment des acteurs. Qu’ils soient chercheurs, journalistes professionnels, journalistes citoyens ou activistes, tous ont besoin de devenir des individus émancipés par leur travail, mais aussi des fournisseurs de contenus de qualité, utiles à la collectivité, et soucieux de leurs environnements immédiats.

Si cet éthos de la collaboration parvient à créer plus de relais entre les composantes de la société civile, il aurait probablement pour effet de développer l’autonomie de la société et donc de la prémunir un peu plus du conditionnement et de l’instrumentalisation. C’est probablement un vœu pieux. Mais sans rêve, on ne pourrait voir la réalité autrement.

 

 

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