Edito 7: créativité et justice, pour mieux s'en sortir

Fertiliser la terre, capitaliser dessus sans exclure les «sans-terre». Prendre le risque de l’initiative et de l’entreprise, même là où l’on croit que le système est clos. Et moderniser le commerce sans le cadenasser, pour favoriser autant les «grands» que les «petits». Nous pouvons, par ces trois incitations/mises en garde, résumer les principaux enseignements de ce numéro de La revue Economia, comme nous pouvons nous en inspirer pour repenser les défis socioéconomiques de demain.

L’un des plus grands enseignements de la crise économique, dont l’effet à retardement se ressent de plus en plus au Maroc, est que les richesses du sol, sous-exploitées, sous-manufacturées et faiblement acheminées sur les marchés, valent beaucoup plus, à terme, et rassurent davantage que les produits financiers surévalués, surdimensionnés, sousencadrés et faiblement répartis. Or, il ne suffit pas d’avoir un plan pour donner à l’agriculture marocaine un élan capitalistique1, il faut s’assurer que les règles du jeu sont transparentes et équitables, et que le packaging, proposé par le cabinet Mc Kinsey, ne profitera pas qu’aux grands et aux «intouchables». Maintenant, pour être juste, il ne faut pas trop compter sur la providence (du ciel et des dieux sur terre). L’un des principaux obstacles à l’essor du Maroc est la faiblesse de l’esprit d’entreprendre, l’incapacité à prendre des risques et investir (sans faire du copier – coller). A travers le dossier central que nous consacrons à la question, il apparaît clairement que les valeurs d’individualité, d’inventivité et de dépassement de soi demeurent largement étrangères au contexte entrepreneurial marocain, ce qui renforce la tendance au conformisme, au moindre effort et à la soumission aux modèles éculés.

Un enseignement majeur s’impose à nous : comment un pays à la balance commerciale si déséquilibrée (-55,36 milliards de dirhams), fort tributaire de l’investissement étranger (36% du PIB), unanime sur l’impéritie de son système éducatif, peut-il créer une force interne, s’il ne libère pas les énergies, les idées et les volontés. Cela passe par un maître mot, la confiance. Pour ce faire, il faut sans doute favoriser la créativité, mais il faut également assurer à ceux qui créent (des oeuvres, des organisations économiques) un cadre rassurant, stable, où la loi protège avant de sanctionner et n’est appliquée que lorsqu’elle est juste. Or, une justice peu indépendante, mal gérée et rongée par la corruption, ne peut avoir un tel degré de discernement.

Au fond, comment tenir compte de la complexité et aller de l’avant ? Prenons le secteur de la Grande distribution, longuement abordé dans ce numéro. Il nous enseigne sur la réalité marocaine. Il ne suffit pas de multiplier les enseignes pour créer de la valeur marchande et économique, et épater la galerie avec les néons de la mondialisation. L’enjeu est également de permettre à moul l’hanout de continuer à vivre dignement (et pas seulement survivre) et de jeter les ponts entre grosses machines commerciales et petits producteurs artisanaux. en quête de visibilité pour valoriser leurs produits du terroir. C’est de cette créativitélà, orientée vers le développement, et de cette justice-là, attentive à la pluralité dans l’espace public, que nous avons réellement besoin.

 

1 Lire le dossier “Le Plan Maroc vert à la loupe”

 

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