Edito 25: Maroc, la presqu’île étoilée

Avec ses deux longues façades maritimes, son interminable corridor à l’Est, bloqué par l’inimitié maroco-algérienne et son mur de sable sécuritaire au Sud, le Maroc ressemble de plus en plus symboliquement à une presqu’île. Au-delà des faits géographiques et données frontalières, la quasi-insularité du Maroc a une résonnance dans les esprits, avec un discours de plus en plus huilé et reproduit par les élites sur « l’exception marocaine », comme seul « rescapé de la région ». Et, dans la foulée, des éléments de langage partagés sur le devoir de nationalisme, de rejet de modèles importés et de repli sur soi face au chaos qui se propage.

 

Face à cette réalité discursive, sur la défensive, se déploie économiquement et géopolitiquement un autre Maroc, entreprenant, conquérant, négociateur, même offensif, défendant son droit d’être un pays carrefour, ouvert tous azimuts. Dans cette chevauchée expansionniste, nous retrouvons l’envers de la presqu’île, l’empire qui revendique de nouveau sa part d’africanité et exige, en guise de récompense de l’Europe, plus d’égards, de fonds et d’IDE, en contrepartie de son rôle de gendarme du Sud. Outre ce positionnement à la verticale (euro-africain), le Maroc joue au trapéziste, en important des pays du Golfe leur modèle néolibéral-conservateur, avec ses relents de gigantisme, et en se faisant l’allié multiservices des grandes puissances (États-Unis, Russie, France, Chine) dans une région où il fait office de stabilisateur.

 

Le paradoxe qui s’en dégage est celui d’une presqu’île étoilée. Alors que son allure physique et territoriale semble fermée, son attitude politico-économique est très ouverte. Mais cette ouverture le fait-elle pencher davantage du côté atlantique ? Les réponses issues de nos travaux sur le sujet semblent plutôt mitigées. Certes, la propension du Maroc à investir et vendre son expertise en Afrique est incommensurable, mais dans les faits et comparativement à d’autres mastodontes, encore embryonnaire. Certes, la volonté de se démarquer de l’aire arabo-islamique par sa berbérité et sa profondeur saharienne donne au Maroc plus d’aisance et d’horizons de diversité sur le papier, mais dans les faits, le besoin permanent d’attirer des investisseurs et bailleurs du Golfe le maintient en état de dépendance chronique vis-à-vis des fonds islamiques. Certes, la propension du Maroc à claironner son occidentalisme, au niveau des intérêts et des valeurs, continue d’être soutenue par des alliances sécuritaires et commerciales fortes, mais le changement des rapports de force géopolitiques au Moyen-Orient l’oblige à plus de prudence, à un rejet de tutelles univoques et une recherche permanente de diversions stratégiques.

 

Entre tiraillements, hésitations et positionnement multi-orienté, le Maroc tente de se stabiliser par son agitation dans tous les sens. Est-ce viable à terme ? Est-ce une tactique conjoncturelle ? Difficile de répondre en ces temps incertains.

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