Edito 24: Sortir de la logique de rente...

Circonscrire la logique de rente et réduire les inégalités qui s’ensuivent est sans conteste l’une des demandes pressantes nées du malaise politique de sociétés en transition économique comme la nôtre. Cette exigence, sous-tendant la demande politique de justice et de dignité, fortement verbalisée dans la région arabe dès 2011, traduit un besoin d’équité économique pour pallier les frustrations nées de l’accès de certaines personnes, à partir de positions sociales ou politiques, à des privilèges indus (subventions, crédits, contrats, ressources, agréments). Ainsi, limiter la place de cette économie rentière, qui grossit, dépend autant de ce qu’un pays fait contre l’existant (clientélisme, captations, revenus réguliers injustifiés…) que de ce qu’il innove pour réinventer son avenir, loin de ces schémas-là.

Quelles pistes emprunter, alors, pour enrayer les logiques rentières et ouvrir des brèches vers un paradigme économique moins inique ? Première piste : établir la libre concurrence des marchés pour que les gros d’un secteur ne soient pas plus protégés que les petits, où les situations monopolistiques ou oligopolistiques ne secrètent pas de rentes de situation injustifiées et où la proximité de cercles de pouvoir n’équivaut pas à un passe-droit. Deuxième piste : défendre une vraie transparence pour permettre à tous, en amont, l’accès aux informations cruciales (ouverture de marchés, rapports d’audit, critères d’octroi de crédits, etc.), et exiger des décideurs, en aval, une reddition de compte systématique et inconditionnelle. Autrement dit, réduire toute forme d’asymétrie d’information et autres coûts d’agence.

Évidemment, ces deux préalables n’ont de sens que s’ils permettent une meilleure équité, essentiellement en termes de taxes imposées, d’accès aux marchés et surtout aux crédits bancaires. Or, l’une des plus grosses sources de malaise politique et économique dans nos pays, où le clientélisme est roi et l’autonomie des gros acteurs privés faible, est précisément l’accès limité des tout petits entrepreneurs aux moyens économiques, ce qui favorise le maintien du statu quo et la mainmise des élites établies sur les richesses.

Cette exigence de non-discrimination sociale et économique a pour corollaire l’encouragement de l’innovation comme voie de sortie des logiques rentières établies. Ainsi, ouvrir la voie, grâce à des universités et des entreprises, publiques et privées, à des jeunes pas forcément issus d’élites consacrées, pour lancer des projets économiques novateurs, devrait aider à élargir la répartition des richesses.

Ces trajectoires ne pourraient advenir sans une réforme politique cruciale : la réduction des possibilités d’escalade sociale par la seule proximité des sources de distribution des dividendes de pouvoir et de répartition de moyens d’enrichissement parallèles. Serait-ce, vraiment, envisageable dans un horizon proche ? Ceci est une affaire de dynamique sociale et politique. Elle n’est pas perceptible pour le moment mais continuons à la traquer. Que le premier qui en entrevoit les prémices alerte les autres.

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