Edito 23: Et si on se souciait vraiment de l’École ?

Dans l’une des multiples rencontres que nous avons tenues conjointement, le Cesem, centre de recherche de HEM et la Banque mondiale, depuis plusieurs mois sur « la gouvernance du système éducatif », l’un des participants a eu la lumineuse idée de nous dire à peu près ceci : « Nous, membres de ce qu’on appelle communément l’élite, la classe moyenne supérieure et autres cadres bien intégrés, nous sentons-nous réellement concernés par la faillite de l’école ? ».Il entendait par là l’ensemble du dispositif dont notre progéniture est épargnée : les m’sids, reliques bien installées et source de légitimation de la culture de soumission ambiante ; les écoles publiques en déshérence ; les écoles privées, entrée et moyen de gamme, qui ont du mal à combler le déficit. Et, bien entendu, les îlots d’excellence, dont nous sommes en partie bénéficiaires, qu’ils soient publics sélectifs, privés onéreux ou publics-privés fortement soutenus. Tous confirment la règle et maintiennent surtout en l’état un système pyramidal, élitaire et socialement discriminatoire.

Alors, comment faire pour que nous prenions au sérieux une réforme qui ne touche pas spécialement « nos enfants » et qui ronronne depuis presque deux décennies ? Comment en parler non plus en experts distants et froids, mais comme des citoyens conscients de ce mal profond qui démotive, frustre, radicalise ou hébète la multitude sociale ? Comment en faire le seul espace possible pour construire un réel vivre ensemble, peuplé d’individus libres et solidaires, imprégnés de savoirs et de passions, d’éthique et de volonté de dépassement de soi ? Comment en faire une réelle échelle sociale pour sortir de la reproduction des élites actuelles, par le statut social ou par la rente économique ?

Tenant compte du fossé à combler, il n’est plus question de s’en tenir aux principes édictés ni aux stratégies annoncées. Il est temps de trouver un point d’entrée pragmatique pour refaçonner le système, y injecter du sens, du dynamisme, de la volonté, de l’écoute, de l’esprit et surtout de la compétence. Cela revient, selon les différentes voix que nous avons sondées, à redéfinir les rôles, les attributions, les formations et les modes d’encadrement. C’est en gros une affaire de gouvernance, de délégation des tâches, de suivi, de prise en compte de l’humain, d’accompagnement des initiatives, d’allocation des ressources, de degré d’autonomisation des écoles, et surtout de responsabilisation de tous les acteurs (politiques, directeurs, enseignants, parents, élèves) pour qu’ils fassent de l’école un espace pluriel, ouvert, épanouissant, non une garnison terne ou un pis-aller.

Le chemin est certes long. Mais, il va falloir entamer le sentier quelque part : mieux gouverner l’école, d’abord.

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