Edito 19: Prenons au sérieux l’option du Sud

Et si nous prenions au sérieux l’option du Maroc comme hub régional davantage tourné vers le Sud, africain, atlantique, continental ? Au-delà des discours diplomatiques convenus laissant entendre que la vocation est naturelle et fortement envisagée, et faisant fi des errements, pantalonnades et autres fausses notes d’acteurs institutionnels et économiques qui accompagnent cet élan, une chose est sûre, le Maroc économique commence à faire sérieusement du chiffre d’affaires dans le Sud (premier investisseur du continent en Afrique de l’Ouest) et envisage de capitaliser sur ses premiers acquis.

Que ce soit pour se faire allié économique et sécuritaire incontournable pour les États-Unis, à un moment de flottement au Sahel, pour ne plus mettre tous ses œufs dans le même panier européen, en crise, ou pour élargir son réseau d’influence par le business, l’establishment marocain, de plus en plus pragmatique, a vraisemblablement saisi, par le truchement de plusieurs actes concomitants, l’opportunité de ce nouveau positionnement stratégique. Mais qu’est-ce que cette voie, prise comme un cap déterminant, non comme une simple opportunité d’affaires, exige réellement du Maroc ?

Une piste, très peu prisée et pourtant fondamentale, s’impose à nous. Elle s’appelle « décolonisation des esprits ». Cela veut dire un affranchissement de l’attrait aliénant de l’Occident, au profit d’une réelle liberté de choix et d’orientation chez les individus. Et cela veut dire, paradoxalement aussi, une réelle écoute de l’étranger, quel qu’il soit, sans condescendance ni mépris. Cela passe autant par une formation plus centrée sur le développement de l’esprit critique et de la prise d’initiative, que par un travail permanent, via l’université, les médias, les entreprises et les espaces associatifs, sur les représentations spatiales et mentales.

Et l’une des premières représentations qui nécessite une sérieuse remise en cause est celle de notre place dans le monde. Il prédomine, encore aujourd’hui, un esprit quasi insulaire, impérial, qui crée une hypertrophie du moi collectif, comme si nous constituions une unité homogène. C’est l’inversion de cette tendance, avec une plus grande confiance dans la singularité des individus, leur possibilité de constituer un ensemble fort par leur hétérogénéité, qui nous demandera du temps. Mais sans cela, nous ne créerons pas suffisamment de dynamique novatrice et de confiance en soi, et alors, le Sud risque de rester uniquement une destination de privilégiés ou de téméraires marginaux 

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