Edition annuelle 2017 : Décalages et tiraillements économiques

Edition annuelle 2017 : Décalages et tiraillements économiques

Être marginal n’est ni être exclu ni être à la traîne. Spatialement, cela veut dire être à l’extrémité, sur les bordures ou aux frontières. Et socialement, cela indique une personne, un groupe social, une collectivité, non conforme aux normes, aux critères admis ou retenus dans un système donné. À partir de là, la compréhension de la marginalité diffère selon la position que chacun adopte. Mais quelle que soit notre perspective, « être à la marge signifie que l’influence du centre (et donc de la norme) sur nous est faible. (Aussi) on peut plus facilement prendre du recul sur elle. On a de la place pour envisager des alternatives ».

Cette compréhension ouverte du concept mutant de marginalité perçue, non comme un poids mais comme une opportunité, peut nous servir de fil conducteur pour repenser trois chantiers majeurs : le repositionnement stratégique du Maroc dans l’économie mondiale, la place de l’humain au sein des entreprises et la part des jeunes dans l’échiquier économique. Qu’est-ce que ce « décalage » nous ouvre comme fenêtres que les approches plus conventionnelles ont tendance à occulter ?

D’après l’étude que nous avons menée au centre de recherche de HEM sur les perceptions de l’espace atlantique par les élites marocaines, il est clairement établi que le pays est constamment tiraillé, dépendant d’alliances incertaines et exogènes. Il est appelé à le rester.

Mais pour s’en départir petit à petit, une piste marginale possible se profile : se positionner à un degré supérieur de la chaîne des valeurs en favorisant les projets innovants, liés à l’économie du savoir, à partir d’entreprises privées et autonomes, créatrices de dynamiques nouvelles dans les différents territoires. Cela voudrait dire une configuration autre des espaces de vie et de culture, plus d’exigence au niveau des cursus scolaires et nécessairement des espaces d’expression et d’échange plus grands.

Au niveau interne des entreprises, une telle dynamique ne va pas de pair avec un management pyramidal, à l’ancienne, ni même affichant des oripeaux de modernité et écrasant les initiatives et les droits. Il est temps, comme le préconise le sociologue Alain Touraine, que « les entreprises deviennent des entités démocratiques ». Plus important encore, il est temps que l’humain ne soit pas un alibi mais un élément central, moteur, des organisations, pour leur permettre d’innover et de se surpasser et lui, de se réaliser.

Sans faire montre d’un quelconque jeunisme, il est clair que la place marginale des jeunes dans l’économie marocaine, tel que démontré par l’étude menée par le Cesem, ne pourrait être transformée en opportunité que si les normes établies, les passe-droits existant et les situations de rente ancrées sont contournés.

Les pistes de l’entrepreneuriat mais aussi de la flexibilité des organisations et de structures de gouvernance permettant une meilleure valorisation de l’économie réelle (dite informelle) s’imposent de plus en plus à nous.

C’est pour toutes ces raisons-là qu’il convient de faire de la marginalité une source d’innovation permanente. Mais encore faudrait il que les structures de gouvernance et l’état d’esprit des acteurs s’extirpent de la passivité et l’inertie ambiante qui règnent.

 


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