Sud-Sud: DU HASARD À LA NÉCESSITÉ

Née en opposition à un Nord supposé puissant et développé, la notion du Sud est arrivée à la suite d’autres notions telles Est/Ouest, Orient/Occident… Les concepteurs de ces notions « cardinales » sont généralement des gens dangereux  ; ils théorisent le plus souvent la légitimité de conflits, d’intérêts et d’appétits liés aux pouvoirs effectifs ou potentiels, matériels ou symboliques1 qui ont, le plus souvent, dégénéré en guerres, dont nombreuses sont, à l’origine, des guerres économiques.

La coopération Sud-Sud est, pour sa part, une notion plutôt récente, se voulant plus pacifique et moins conquérante. Sa portée reste pourtant intimement liée au contexte de la globalisation des échanges. Elle a tendance à désigner les acquis que certains pays dits du Sud parviennent à réaliser en faisant de bonnes affaires entre eux. Ce qui leur offre une issue plus fondée que le pari sur l’avenir des échanges avec les économies développées aujourd’hui dans une impasse2.

La coopération Sud-Sud signifie en réalité la poursuite des opérations d’intégration des ressources et des économies dans la chaîne de valeur mondiale avec, notamment, l’émergence de nouveaux consommateurs dans le Sud. Elle se déroule dans un cadre de compétition et de systèmes préférentiels. Les atouts seulement commerciaux peuvent s’avérer insuffisants pour assurer la durabilité et le maintien des échanges ; la place dune économie dépend de sa capacité de se rendre indispensable dans la durée à travers des mécanismes économiques plus élargis.

Donc, au Sud comme au Nord, rien n’est acquis sans véritable effort. Le Maroc semble faire un pari sur la coopération dans le domaine des industries et des marchés des engrais agricoles. Ce choix pourrait effectivement l’aider à améliorer sa position sur la plupart des grands marchés du Sud ; mais cela nécessite le développement de la recherche et des procédés, des produits adaptés aux critères de la demande très éclatée, ainsi que des outils commerciaux adéquats.

Le Maroc doit en outre varier ses produits à l’export encore typés ; son expérience relativement ponctuelle et courte dans les domaines de haute technologie démontre l’intérêt qu’il pourrait avoir à miser sur l’innovation. Il pourrait également développer le rapport qualité/prix de ses produits manufacturés à l’intention des marchés du Sud. Mais, au-delà de la volonté politique à prouver, il a aussi besoin d’une classe d’entrepreneurs plus décidée que celle en place.

Élève assidu des politiques des institutions financières internationales, le Maroc a fait l’expérience des politiques d’ajustement structurel, des mises à niveau de son commerce aux standards de l’OMC, de l’association avec l’Union européenne et des divers ALE (y compris avec les États-Unis). Il est aujourd’hui l’un des pionniers de cette coopération Sud-Sud. Mais si la finalité est l’accès au rang d’une société économiquement prospère et développée, le bilan est très nuancé : il est marqué par le poids d’une économie toujours dépendante et subissant les effets de graves contraintes sociales.

Certes, le Maroc a eu raison de ne pas sombrer dans des choix économiques tranchés et irréversibles. Toutefois, la rente, les problèmes de gouvernance et l’éternelle hésitation qui accompagnent ses politiques économiques sont des obstacles sérieux. Ils fragilisent les succès potentiels de celles-ci, dont ceux de la coopération Sud-Sud.

 

 

1.     http://www.archipress.org/index.php?option=com_content&task=view&id=178&Itemid=49

2.     Les Nations Unies ont célébré pour la première fois le 12 septembre 2004 la Journée internationale de la coopération Sud-Sud.

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