Émergences et innovation

Quel nouveau mythe pour le progrès ?

Le vocable « innovation » n’a fait irruption dans le langage que tout récemment. Mais ses réalités tangibles, au sens contemporain que l’on connait, coïncident avec l’avènement du mouvement de la modernité dans les sociétés européennes. Les temps modernes permis par la Révolution industrielle consacreront l’apogée du scientisme et du progrès technique, pourvoyeurs d’innovation.  Cette dernière, foyer structurant de notre ère, ne saurait être comprise que dans la dialectique du changement et de la modernité. Mais, qu’est-ce être moderne si ce n’est d’avoir la capacité de rompre avec ses traditions en posant la rationalité comme norme transcendantale. Les sociétés « pré-modernes » ou conservatrices  sont fondées sur des mythes et des récits sacralisés par des rituels, qui forgent un rapport au temps différent de l’acception moderne, plus tournée vers l’avenir. Rationalité, science et histoire se lient ainsi pour former le progrès, garant de la possibilité d’innover. Alors, le mythe moderne s’est progressivement constitué sur l’idée que la modernité permise par la connaissance rationnelle conduit au bonheur. Et c’est dans les contextes de crises ou de grandes inventions que l’innovation refait surface et voit ses bienfaits largement plébiscités.

Mais, il semble que l’innovation sert les intérêts capitalistes marchands et détourne sa finalité d’un projet humain, sensé et porteur d’espoir. Si l’on s’en tient aux besoins exprimés par la société, les innovations technologiques répondent plus souvent à des besoins artificiellement créés dans une pure logique économique. Ainsi, elles demeurent les piliers fondateurs d’une nouvelle modernité illusoire, inscrites dans la calculabilité froide du capitalisme, un capitalisme qui encapsule les savoirs dans une visée purement économique, et où la prolétarisation moderne inhibe toute émergence de pensée nouvelle et courageuse. Même la science devient télécommandée par l’économie et n’est pas soumise à un compromis planétaire et à un projet commun. Il est bien dommage de voir à cet égard que le Web, initialement conçu pour doter les humains d’un savoir scientifique commun et d’en faciliter le débat, accentue une entropie aveuglante, aujourd’hui fatale à l’humanité. Or, seules les innovations sociales, contextualisées, sensées, frugales, peuvent réduire ce désordre et mener à des bifurcations sans lesquelles l’humanité se cognera contre le mur du temps.

Dans ce monde frénétique et dans des économies en crise, il semble impératif de changer, ce qui veut dire se réinventer complètement, donc opérer une réelle révolution au sens scientifique du terme en cherchant des savoirs opérants et en respectant les vertus d’intelligence soumises par Aristote, soit la technique, la connaissance, la prudence, la sagesse et l’intelligence. Si la modernité considère que nous entretenons un rapport au temps tourné vers l’avenir, écoutons le philosophe mais n’oublions pas ces mots de Victor Hugo : « L’avenir est un fantôme aux mains vides, qui promet tout et qui n’a rien ! » .

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