Peut-on faire confiance aux robots traders ?

En mai dernier, le célèbre physicien Stephen Hawking a co-publié avec plusieurs scientifiques de renom une tribune dans le journal « The Independent » dans laquelle il avertit le monde de la menace que pourrait représenter l’intelligence artificielle pour l’humanité. Pour lui, la réalité rattrape la fiction ; Nous sommes, en effet, à l’heure des robots domestiques, des voitures sans conducteurs, des armes autonomes et des ordinateurs quantiques. Hawking avance l’idée selon laquelle la création d’une intelligence artificielle serait « la meilleure ou la pire chose qui puisse arriver à l’humanité ». Voici comment il explique cet argument paradoxal : Créer une intelligence artificielle pourrait être le plus grand exploit de l’Homme, mais pourrait également être son dernier. Hawking estime que si l’intelligence artificielle n’est pas suffisamment contrôlée, elle pourrait un jour dépasser l’humanité, lancer une guerre contre elle ou réussir à manipuler les différentes activités humaines. Bien entendu, la finance n’y échapperait pas.

Qu’en est-il justement de l’impact du déploiement de l’intelligence artificielle sur les marchés financiers ? Si certains spécialistes y voient l’avenir de la finance, d’autres y voient plutôt sa fin ou du moins les signes précurseurs de la prochaine crise financière.

Vous l’ignorez peut-être, mais le futur de la finance est déjà arrivé. L’atmosphère fascinante présentée par les médias et les scènes de Hollywood décrivant des salles de marchés où les brokers hurlent et communiquent frénétiquement à travers des gestes précis et sophistiqués relèvent du passé ! Le visage de la finance a changé : elle est devenue dématérialisée. Aucun titre n’est désormais physique sous format papier et les places de cotation sont, elles-mêmes, devenues virtuelles. A titre d’exemples, la bourse de New York n’est plus située à l’angle de Wall Street et de Broad Street mais a déménagé au New Jersey où elle occupe un champ de serveurs informatiques de la taille de sept stades de football américain. De même, les transactions de la bourse de Paris ne sont plus traitées dans le célèbre Palais Brongniart construit par Napoléon Bonaparte, mais dans un grand serveur high-tech situé dans la banlieue de Londres. Les transactions dématérialisées sont, en plus, en majorité automatisées.

La finance est désormais régie par des superordinateurs connectés à des réseaux de fibre optique qui utilisent des technologies algorithmiques programmées pour analyser des données numériques, prendre des décisions de transactions et les exécuter avec une intervention humaine très limitée. Grâce à la puissance des ordinateurs actuels, les « robots traders » profitent d’opportunités de marché dans une échelle de temps de l’ordre du millième de secondes[1] bien avant que les opérateurs humains puissent réagir[2]. C’est l’âge du Trading Algorithmique et du Trading à Haute Fréquence dont une des principales stratégies consiste à profiter d’anomalies sur le marché c’est-à-dire d’infimes écarts de cotations (entre deux courtiers ou deux places financières) sur tous types d’actifs (actions, obligations, devises) de manière à multiplier les bénéfices grâce à une très grande vitesse et à une importante quantité de transactions.

L’innovation technologique sur les marchés financiers fait l’objet de nombreux débats : ses partisans vantent ses mérites au moment où ses détracteurs mettent en évidence les risques de dysfonctionnements et de manipulations. Les principaux arguments de ces débats seront présentés dans le prochain billet de ce blog. Cela dit, posons dès à présent quelques questions: quelle est l’utilité pour les marchés d’une telle vitesse de transactions ? Quel est l’intérêt pour les entreprises cotées que leurs titres changent de mains des dizaines de milliers de fois par seconde ? Quels défis représentent ces technologies pour les régulateurs des marchés financiers ? Par ailleurs, quelle équité concurrentielle reste-t-il sur les marchés ? Comme ces algorithmes sont d’une grande complexité et nécessitent des années de développement, ils sont réservés aux investisseurs institutionnels (grandes banques, fonds de pension, hedge funds) qui disposent des millions de dollars nécessaires pour les développer et les améliorer constamment dans une course folle à la nanoseconde. Quelles sont alors les chances du boursicoteur lambda derrière son ordinateur personnel connecté à l’ADSL? Mieux encore, si les investisseurs traditionnels quittent les marchés faute de gains, qui financera l’économie réelle ?

Dans ce contexte, peut-on faire confiance aux robots traders ? 

 

[1] Sur la place de New York, une transaction électronique nécessitait, il y’a dix ans, une seconde de temps d’exécution, aujourd’hui, le temps de latence a été réduit à 2 microsecondes soit 0,000002 secondes. Grâce aux investissements colossaux réalisés pour améliorer les réseaux de fibre optique, on atteint presque la limite physique de la vitesse de la lumière.

[2] Même le plus doué des traders humain a besoin de quelques secondes pour réfléchir et exécuter ses transactions alors qu’un robot trader peut théoriquement réaliser 150.000 transactions en un battement de cil (0,3 secondes).  

 

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