Nouveaux médias, nouvelle culture...

Facebook a lancé récemment une application appelée « Paper » destinée à la lecture des contenus écrits sur le mobile. Le New York Times a créé le « New York Times Now », une version allégée de l’actualité, toujours sur les appareils mobiles, à destination des jeunes. Début juin, ce même quotidien a lancé le « New York Times Opinion » dans lequel on retrouve des éditoriaux et des tribunes. Ces exemples illustrent le fait que tous les types de médias sont à la recherche de la monétisation de leurs contenus. Vendre, puis revendre pour tenter de se développer ou tout simplement de survivre. C’est donc ainsi que, d’un côté, l’environnement concurrentiel débridé et la sélection du marché s’opèrent sur des critères strictement commerciaux et, de l’autre, les intervenants réels sont souvent des rentiers du pétrole, de la spéculation financière, ou de la politique. Qu’en est-il du produit et de sa qualité dans ces conditions ?

Face à des médias qui se transforment de manière vertigineuse, les uns subissent cette mutation comme une fatalité ; ils abdiquent sans résistance, sans condition, sans adaptation, sans même chercher à comprendre. Ceux-là ressemblent étrangement à ces humains qui, du jour au lendemain quand ils sortent de leurs médinas et douars, sont d’abord effrayés de monter dans une voiture ou de prendre l’avion. Pourtant, ils finissent par devenir des habitués des transports modernes, sans se poser la moindre question sur les moyens et techniques de mobilité désormais disponibles.

Les leçons de l’histoire de la communication pourraient proposer des attitudes plus entreprenantes et plus rationnelles. Les innovations ont eu chaque fois, face à elles, des résistances et des mœurs établies, parfois futiles ou dangereuses.

Les plus grandes mutations du domaine de l’information tiennent pour l’instant, d’une part, au fait que les nouveaux médias permettent l’accès à l’information à des populations de plus en plus larges. Au Maroc, par exemple, les visiteurs de quelques supports électroniques dépassent de loin la diffusion du plus grand tirage parmi les journaux en papier. D’autre part, ces nouveaux médias au sens large sont en train de devenir le principal support pour le transfert des savoirs et de certains savoir-faire. Par exemple, le nombre de visiteurs à la recherche des résultats du Baccalauréat marocain a dépassé le demi-million en 48h. Les médias, en tant que formes et entités, ont forcément un cycle de vie. Le cas de la presse écrite est éloquent : l’âge d’or de celle-ci est incarnée par le cas de l’Angleterre de 1850 jusqu’à la Première Guerre mondiale. L’histoire nous apprend que, parallèlement à la naissance de titres prestigieux dont certains continuent de marquer ce domaine encore aujourd’hui, il y a eu et il y a encore des milliers de titres à la vie éphémère (quelques mois à quelques années seulement). La sélection draconienne qui s’opère aujourd’hui dans le domaine médiatique ne doit pas nous étonner, même si cette norme n’a rien de juste ou d’éthique. De belles expériences de la presse ont disparu parfois, ne laissant plus de trace, parce qu’elles étaient prématurées, en avance sur leur temps ou du fait des agendas politiques. Au Maroc, l’un des premiers enjeux a été et reste d’abord un problème d’appropriation (politique et de savoir-faire) dans ce domaine. Mais il ne faut surtout pas se tromper de bataille. C’est sur le terrain des nouveaux médias qu’elle se déroule et c’est là qu’il faut principalement la mener. Le champ médiatique est un lieu de conflit sociétal majeur. Il ne faut pas reproduire dans le domaine des nouveaux médias les déboires qu’on a connus dans le domaine des transports modernes. Ainsi, à utiliser ces nouveaux supports sans la culture qui les a rendus possible, nous risquons d’avoir aujourd’hui la même panne... 

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