L'insoutenable changement des êtres

Le renforcement des capacités des femmes en matière économique participe-t-il sérieusement de la volonté de tendre vers l’égalité entre femmes et hommes ? Entre faits historiques et globalisation, la situation relève aujourd’hui d’une complexité où le national se mêle à l’international et où le culturel connait toujours une inertie ou une dynamique qui peuvent être aux antipodes des valeurs émancipatrices. On le comprend mieux en regardant du côté des salariées du textile marocain ou chinois, dans leur contexte réel de servitude et de précarité.  Peut-on y déceler les traces d’une quelconque libération ? On le saisit mieux aussi à travers le nouveau marketing. La récupération par la publicité prend de plus en plus d’ampleur. Le 8 mars se transforme en une célébration de l’image de « La » femme et devient l’occasion pour les entreprises d’attirer de nouvelles consommatrices et usagères (banques, télécoms, etc.).

En résumé, si à l’échelle universelle, quelques pays ont énormément avancé vers une société égalitaire en matière économique, le déséquilibre reste presque partout important, ne serait-ce qu’en termes de mobilité professionnelle, de recrutement dans les secteurs mieux payés, d’adaptation de la vie privée à la vie professionnelle… En fait, on ne peut améliorer la situation des femmes sans poser la question de l’égalité des chances, en même temps que celle du système dans lequel ces chances s’exercent.

Côté marocain, le contexte comporte des obstacles graves et des déficits majeurs, structurels, historiques, culturels, sociaux et politiques. Ce dossier d’Economia en a d’ailleurs fait le tour.

On note au Maroc que les principales batailles se déroulent au niveau des règles et des lois régissant la famille, et pour cause : l’égalité au niveau de l’économie familiale pourrait être un appui fondamental pour l’avancée vers l’égalité économique au niveau de la société.

Parmi les urgences aujourd’hui au Maroc, il y a la nécessité de revoir une nouvelle fois le Code de la Famille ; dix ans après l’application de celui-ci, ses avantages sont consommés, et il devient inapproprié à la réalité marocaine. Il s’agit de le conformer fondamentalement à l’article 19 de la Constitution marocaine. Celui-ci proclame depuis 2011 l’égalité des droits – y compris économiques – entre les deux sexes. Sauf que la mise en application de cet article ne semble pas enchanter tout le monde !

Une autre remarque concerne la société civile marocaine ; celle-ci assure aujourd’hui de nombreuses missions, dont certaines ne sont vraiment pas de son ressort. Grâce à elle, il existe de nombreux projets réussis : coopératives, associations professionnelles, petites entreprises que des femmes, démunies au départ, sont parvenues à développer. Mais combien sont-elles dans ce contexte, celles qui ont échoué à le faire ? En fin d’analyse, ce sont des faits qui illustrent combien l’État a failli à ses missions de base (éducation, formation, égalité de chances, égalité d’accès, prévoyance sociale…).

En somme, on ne peut concevoir l’égalité économique hommes-femmes comme un alignement de la situation des femmes sur le modèle masculin, mais comme une transformation des composantes de tout le modèle économique dominant. C’est cela qui fait de la bataille pour l’égalité économique au Maroc un enjeu fondamental dans la transformation sociale et politique du pays.

 

 

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