Les femmes invisibles

La journée internationale de la fille (le 11 octobre) nous rappelle, si c’est nécessaire, que la situation des filles dans le monde est encore fragile et que l’accès à l’éducation, l’emploi ou les postes de direction reste très inégal.

Cela m’a amené à réfléchir au rôle des femmes dans nos entreprises familiales. Et là, comme ailleurs, la marge de progression est significative.

Si je n’ai pas trouvé d’études consacrées au Maroc (je vais d’ailleurs tenter d’y remédier !), les travaux menés récemment en France et en Belgique, ou au niveau international (hors Maroc) décrivent une réalité troublante.

Dans les entreprises familiales, les filles sont invisibles comme l’explique le rapport publié par l’INSEAD… Invisibles d’abord, car elles ne sont jamais considérées comme étant des successeurs potentiels du dirigeant, sauf en cas de crise majeure (pas d’héritier mâle, maladie ou décès…) Mais invisibles aussi, car souvent elles occupent dans l’entreprise familiale des fonctions avec peu de visibilité. Elles sont fréquemment cantonnées à des rôles au sein des départements administratifs et ressources humaines de l’entreprise. Elles ne sont au contact ni des clients, ni des fournisseurs, ni des institutions travaillant de concert avec l’entreprise. Les directions générale, commerciale ou financière restent l’apanage des garçons de la famille.

Pourtant, bien qu’invisibles, elles peuvent exercer une influence majeure sur les destinées de l’entreprise. Ainsi un dirigeant de Casablanca, me rappelait que depuis le décès de son père, sa mère, qui avait soutenu son père et accompagné ses prises de décision depuis le domicile familial pendant des décennies, continuait de peser indirectement sur la stratégie de l’entreprise et en particulier dès lors que l’on évoquait des problématiques patrimoniales.

C’est pourtant dans les entreprises familiales, que les femmes deviennent de plus en plus visibles, même si l’on part de loin. Ainsi le rapport publié en 2015 par Ernst & Young, « Women in Leadership, the family business advantage » nous apprend que 55% des entreprises interrogées ont au moins une femme dans leur conseil d’administration, que dans 41% des cas, les femmes de la famille sont de plus en plus intéressées à prendre part à la gestion de l’entreprise et surtout que 70% des entreprises sont prêtes à envisager de nommer une femme à la direction générale (même si à l’heure actuelle elles ne sont que 12% selon le Women Corporate Directors). Ceci s’explique probablement par le fait que les caractéristiques intrinsèques des entreprises familiales, telles que les valeurs partagées, la vision de long terme ou même leur dimension patriarcale, peuvent faciliter l’accès au pouvoir des femmes.

 Cette réflexion amène tout naturellement à s’interroger sur la dimension visible ou invisible des femmes dans les entreprises familiales marocaines. Voilà tout un programme !

 

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