La tectonique des réseaux sociaux

Depuis le début des années 90, certains économistes n’ont pas cessé de dénoncer la fracture dite numérique ; pour eux, les nouvelles TIC étaient une menace qui allait séparer le monde entre une minorité connectée et une majorité déconnectée. Cette alerte se justifiait par une triple inégalité :

- l’inégalité dans l’accès à un ordinateur, à Internet... (Pouvoir d’achat et infrastructures) ;

- l’inégalité dans l’usage d’outils (problèmes de formation, d’initiation aux outils) ;

- l’inégalité dans l’usage des informations issues de ces outils (problèmes socio-économiques, de structures, d’institutions et de démocratie).

On pourrait  ajouter à ces handicaps  bien réels à l’époque, l’incapacité pour beaucoup de créer localement du contenu et de n’être que de  simples  consommateurs ou usagers.

Ces inégalités étaient perçues non seulement entre pays riches et pauvres, entre pays développés, en voie de développement ou moins avancés, mais aussi en termes de disparités régionales, rurales / urbaines, ou de genre (hommes/femmes).

Une génération après, ces inégalités demeurent, mais doivent être nuancées. On peut citer à ce propos l’exemple des téléphones portables et des médias numériques et satellitaires. Ceux-ci  sont massivement et largement les plus utilisés partout dans le monde. Tout comme il est certain que les grandes industries de l’informatique et des télécommunications  n’ont pas manqué de faire de cette économie du virtuel une bonne affaire économique.

Certes le web 2.0 est une initiative d’abord américaine, mais au de là de l’Amérique du Nord, ce sont les pays du nord de l’Europe et les Etats du BRIC qui agissent aujourd’hui  pour son développement au profit de plus de la moitié des habitants de la planète. La globalisation et la mondialisation  font que tout le monde surfe,  par effet d’entrainement ou par nécessité, sur la même vague.

Voilà donc que les réseaux sociaux sont arrivés partout en 8 ans seulement, y compris chez nous!

Les chemins d’évolution des sociétés humaines ne sont pas rectilignes, d’où la fatalité de garder certaines fractures, ou parts de celles-ci, tout en avançant  vers de nouveaux défis.

L’interactivité par le web 2.0 simplifie aujourd’hui, même chez nous, les procédures, l’accessibilité pour beaucoup à l’information et un progrès technique, économique et social incontestable.

Les réseaux sociaux permettent des espaces d’interactivité, de dialogue, de débat et de participation jamais historiquement réalisés à une telle échelle. Dans le contexte  de démocraties vieillissantes, certains y verront les formes de résistance numérique incarnant des contrepouvoirs disparus du monde réel! D’autres y voient déjà avec enthousiasme les recettes miracles pour venir à bout de dictatures en métastase ! Avec l’Internet, le web 2.0 et les réseaux sociaux, tout le monde est acculé de toutes les manières  à de grandes adaptations.

Toutefois, l’émergence  de  cette nouvelle  opportunité démocratique amène aussi de nouveaux défis : l’arrivée d’un journalisme citoyen s’accompagne de graves dérapages éthiques et professionnels ; les données personnelles collectées par les sociétés mères de ces réseaux sont un outil de marketing ; les contenus du réseau sont organisés par les moteurs de recherche au profit  de logiques de l’audimat et du plébiscite ; bref,  comme le dit si bien D .Cardon : « le monde analogique - sur le réseau - entend rétablir un ordre dans lequel les médias et les plus grosses entreprises disposent de la plus imposante puissance de feu. De plus en plus, les poids lourds industriels reconquièrent sur le réseau les positions qu’ils n’ont jamais perdues dans le monde médiatique ».

Les réseaux sociaux  sont ainsi, à notre époque, un nouveau champ de conflit  opposant des composantes réelles de la société, où se concentrent  des luttes universelles pour la  liberté et le bien-être. Mais avec les réseaux sociaux , les « bons » sont mieux nantis, les « mauvais » moins sûrs de leur puissance !

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