La croissance inclusive, ça existe …

Avec environ un jeune sur deux âgés de 25 à 35 ans disposant d’un emploi – souvent informel et précaire – l’emploi des jeunes pose un grave problème à l’économie, l’Etat et la société au Maroc.La plupart des économistes et des acteurs politiques et professionnels affirment que le remède serait dans un taux de croissance élevé et continu sur la prochaine décennie.Or, lorsqu’on pense croissance, certains critères  sont nécessaires  pour lui apporter un véritable contenu.Une croissance qui ne se répercute  que sur les revenus et les avoirs de 10% de la population la plus nantie, laquelle représente moins de 2%  de la population du pays, est-ce vraiment une croissance ? L’OCDE  qui liait déjà  la question au cours des deux dernières décennies à la productivité et à l’emploi, a fini en 2016 par  introduire le paramètre de l’inclusion aux critères de la croissance dans ses propres pays.

Alors qu’on cherche à surmonter les blocages empêchant l’économie marocaine de réaliser une croissance plus bénéfique à la société,il est intéressant de regarder ce qui se passe ailleurs, au moins au niveau continental. Certes,les pays, leurs ressources et leur niveau de développement sont très différents mais si la situation est très contrastée, il y a cependant  des enseignements intéressants à retenir. Les best practicesconstituent une mine sûrement très riche à ce propos.

Ainsi, malgré le ralentissement de la croissance économique marquant la dernière décade -en Afrique et ailleurs-,  huit pays africains se démarquent et échappent à la vague que les autres endurent.Il s’agit de  l’Ethiopie, le Kenya, la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Rwanda, la Tanzanie, le  Djibouti et le Mali. Ils enregistrent en effet des taux de croissance supérieurs à 5,4%. Pourquoi enregistrent-ils de tels résultats ? Comment ont-ils fait pour y parvenir et surtout pourquoi ils ont réussi à s’y maintenir malgré l’instabilité de l’économie mondiale ? 

D’après le Global Economic Prospects de la Banque Mondiale, l’Ethiopie serait le pays à la croissance économique la plus rapide au monde en 2017. En termes de prévisions, elle  est estimée  à 8,3%, Son PIB augmentera durant cette année pour être plus de trois fois supérieur à la moyenne mondiale s’établissant à 2,7%.

Entre 2004 et 2016, la croissance moyenne annuelle de l'Éthiopie était à 10,5 %[i].Et cet indicateur n’est pas isolé, il se trouve accompagné  d’autres indicateurs significatifs, notamment  ceux du taux de chômage en général et du chômage des jeunes en particulier.Forte de près de 92 millionsd’habitants,l‘Éthiopie enregistrait en 2016, un taux de chômage général de 5,7 %, alors que celui des jeunes était de 8,1 %.Des taux qui tranchent nettement avec ceux de pays comme l‘Égypte ou la Tunisie, où les jeunes sont pourtant parmi les plus éduqués mais  leur taux de chômage était à 50% ou celui du Maroc qui avoisine 32% pour cette catégorie.  Le score éthiopien est de loin le meilleur. La question est de savoir comment les Ethiopiens  sont- ils  arrivés à ce résultat, alors que le pays demeure dominé à 40% de son PIB par l’agriculture, laquelle emploie 80 % de sa population active. Si l’on croit les affirmations des experts du FMI, trois facteurs auraient été pour beaucoup dans ce bilan :

-La qualité des services de santé et leur disponibilité pour l’ensemble des populations y compris celles résidant dans les localités  les plus éloignées.

-La qualité et disponibilité de l’éducation et de la scolarité  pour tous dans tout le territoire

-Une bonne gouvernance des budgets publics.

Faudra peut être ajouter aussi à ces facteurs que  les inégalités en matière de revenus dans ce pays sont moins fortes que celles prévalant dans un pays comme le notre,  où les tensions sont polarisées entre deux extrêmes ; une large base sociale de plus en plus laminée dans  ses ressources à cause de  la défaillance des services publics, et une couche minoritaire de nantis, très réduite à la tête de la pyramide, engraissée par les privilèges indus et les diverses rentes de situation.

Enfin,  les exemples de pays telle  que l’Ethiopie ne sont certes pas à copier à la lettre, mais  ils peuvent inspirer au moins nos décideurs  pour  des  politiques publiques plus efficientes…


[i]Selon  Le Fonds monétaire international (FMI)

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