Entreprise-cité, le couple improbable

S’il y a une tendance majeure, ayant le vent en poupe sous les auspices d’une mondialisation en crise, c’est bien la confusion des genres entre entreprises privées et politiques publiques. Cela se traduit par le retour de l’autorité des États claironnant le souverainisme ou l’isolationnisme (selon la puissance des uns et des autres). Et cela donne lieu à un vrai-faux désengagement économique des États au profit d’entreprises alliées, de plus en plus mises au devant de la scène publique. En somme, une reconfiguration politique des rapports entre États et entreprises est en cours. Il est d’ailleurs ardu de deviner l’orientation prise. Les États cherchent-ils à se comporter comme des entreprises, concernés principalement par la croissance et moyennement par l’humain et le social ? Les entreprises, ainsi propulsées, se sentent-elles sommées de mimer les États pour en pallier les manquements sociétaux ou obligées d’arborer leur part de citoyenneté ?

Vu autrement, le rapport qu’entretiennent les entreprises avec leurs cités peut être révélateur du degré d’autonomie de ces mêmes sociétés. L’existence d’entités privées, acteurs libres mais concurrentes, échappant à l’emprise des administrations et de structures clientélistes, peut en effet impulser des dynamiques sociales et culturelles déterminantes pour une cité. Or, la propension des acteurs privés à agir en roues libres, plus concernés par le développement de la société que par la proximité des pouvoirs, est une voie alternative, encore faiblement empruntée.

Entre ces deux extrêmes, à quoi ressemble la vie de ce couple improbable : l’entreprise et la cité ? Trois trajectoires se dessinent. Première hypothèse, l’entreprise est suffisamment grosse et outillée, prise pour le suppléant de l’État, encline à commander, pourvoyeuse d’emplois et aménageuse d’espaces. Deuxième hypothèse, l’entreprise est prête à collaborer avec les autorités publiques et régionales, en vue de créer des dynamiques vertueuses, quand elles ne sont pas bloquées par la bureaucratie. Troisième hypothèse, l’entreprise est encline à s’insérer dans les mailles du tissu social local au point d’en devenir l’emblème ou le porte-drapeau. Mais, en règle générale, les entreprises n’ont pas suffisamment conscience de leur responsabilité sociale, juste un sentiment de culpabilité ou un devoir de conformité qui les incite à en afficher les slogans.

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