Edito 4 : Quand le financier devient fatal

j’ai souvent été intimidé par la capacité des financiers à jongler avec les modèles, les fonds, les titres, les actifs et tutti quanti. Avant le déclenchement de la crise financière internationale, je me suis toujours demandé à quoi servaient les trillions de dollars qui dormaient dans des paradis fiscaux ou qui transitaient par des voies économiques impraticables si, en face, la pauvreté battait encore son plein et l’humanité n’investissait pas assez pour comprendre les phénomènes qui pourraient l’engloutir davantage, par pure ignorance.

Accidentellement, l’architecture de ce numéro de La Revue Economia m’aide à recoller les morceaux de ce puzzle incertain. L’économiste Yann MoulierBoutang, soucieux de voir le capitalisme se recycler pour mieux rebondir, m’aide à tenir un premier bout de la ficelle. Pour lui, tant que les Etats laisseront cette masse gigantesque produite par la finance grossir dans sa bulle, celle-ci explosera de nouveau. Et tant qu’ils ne sauront pas la capter pour orienter le développement vers le savoir, l’écologie et le rééquilibrage du social, le capitalisme financier tournera en rond.

Tout cela est bien beau, mais l’expérience du terrain nous fait parfois déchanter. L’étude, que nous avons menée sur l’argent du social (lire p 46-82), permet de voir qu’il ne suffit pas d’injecter des sommes colossales en vue de sortir les démunis de leur dénuement, tant que l’adhésion sociétale et la visibilité politique ne sont pas assurées. Et ce n’est pas mieux pour la recherche. Le lumineux exposé du sociologue Mohamed Cherkaoui, lors de la dernière session du Collectif Stratégie (groupe de réflexion mis en place par le CESEM), ainsi que les autres contributions, ont révélé que la société du savoir, dont on se gargarise tant, est une lubie que le manque d’ambition, d’éthique, d’ouverture sur le monde et de flexibilité financière, réduisent à néant, tous les jours.

Flexibilité financière. Le mot est lâché. Pourquoi déréglementer les marchés, déverrouiller les crédits à l’immobilier et cadenasser l’accès des chercheurs aux financements ? Pourquoi réinvestir dans des modèles économiques obsolètes et tolérer à peine que des crédits soient alloués à l’innovation ? Comment faire pour que la finance cesse de se mordre la queue, si les classes placées au sous-sol de la société n’ont pas de meilleurs revenus ? Si le Sud, le Maroc y compris, ne comprend pas que, face à la crise, l’enjeu est de défendre le droit au développement, il risque de devenir esclave d’une mondialisation financière en roue libre. D’où l’idée de défendre une finance au service (aussi) du social et de la recherche. Il y va de notre survie.

 

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