Edito 11: le mur de carthage et le paradigme d'Istanbul

Le mur de Carthage est tombé. Et avec lui, se sont effondrées, tel un château de cartes, toutes les illusions de l’élite bien pensante de la région. Non, l’autocratie ne peut durer avec des aménagements et des saupoudrages de façade, et réduire au silence ad vitam æternam tous ceux qui en subissent le contre-coût économique. Non, l’indignation, née à l’ombre de puissants et autres courtisans qui accumulent les passe-droits, n’est pas condamnée à alimenter les discussions de café, coups de sang d’internautes et autres manifestations de marginaux : elle peut nourrir des espoirs et inciter à refonder la cité. Non, il ne s’agit pas de choisir, dans un monde globalisé, interconnecté, entre l’emploi et la liberté, la prospérité et l’accès à la prise de décision, le gagne-pain et le droit individuel à la dignité : la duperie de l’économisme, déconnecté de la justice sociale, a vécu. Non, les jeunes ne sont ni apolitiques ni amorphes, tout juste préoccupés par leur petit confort personnel : ils sont également soucieux d’un meilleur vivre-ensemble et prêts à l’arracher s’il le faut. Enfin, un grand NON à ce choix faussement cornélien, insidieusement imposé depuis le 11 septembre 2001, entre un pouvoir centralisé, opaque ou peu transparent, et un libéralisme politique qui ouvrirait la voie devant des islamistes fossoyeurs du jeu démocratique : ce début de révolution-là banalise l’épouvantail intégriste au nom de la citoyenneté.

Si, hier, la chute du mur de Berlin a annoncé, aux yeux de ces mêmes élites frileuses, la fin de l’utopie et la naissance de cet épouvantail (islamiste), aujourd’hui, celle du mur de Carthage a révélé à tous que l’utopie d’une alternative est à nouveau possible et que ce sont des musulmans affranchis, libérés, qui dorénavant ouvrent la voie. Vers quoi ? Ignorer les incertitudes auxquelles peuvent mener les révolutions de Tunis et du Caire serait hasardeux. Laisser les plus populistes prendre en otage la vox populi serait malvenu. Mais une chose est sûre, plusieurs analystes le répètent, le modèle iranien est caduc - largement contesté de l’intérieur - et l’horizon d’une démocratie séculière à la turque séduit. Le monde dit «arabe» n’a, certes, ni l’histoire kémaliste ni l’envergure militaire et économique de la Turquie. Mais tous ont dorénavant en tête le paradigme d’Istanbul. Le mix est comme suit : musulman, laïc, économiquement conquérant, socialement créatif, maître de ses choix politiques, en quête d’arrimage à l’Europe mais surtout, à travers elle, d’un système de gouvernance plus efficient et plus juste. L’écart à combler est énorme mais pas impossible. La chute du mur de la peur redonne du souffle à nos sociétés que l’on croyait hors du coup.

Nos élites ne le réalisent pas assez. Pour les aider à être moins autistes face à la complexité du réel, La Revue Economia ouvre ses colonnes à des chercheurs avertis et bien informés pour analyser la chute du mur de Carthage au-delà du sensationnalisme de bon aloi.

 

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