Trajectoires régionales en quête de convergence

Trajectoires régionales en quête de convergence

L’économie nationale est entrée, en l’espace de cette dernière décennie, dans une phase de mutation au cours de laquelle son rythme de croissance a atteint un palier supérieur de l’ordre de 4,9% en moyenne par an entre 2004 et 2009 après une moyenne de 3,8% entre 1999 et 2003. Le bien-être de la population s’est amélioré comme en atteste la progression du revenu national disponible brut par habitant de 6,3%, passant de 15800 dirhams en 2001 à environ 24000 dirhams en 2009.

Cependant, cette mutation s’assortit d’un certain nombre de réserves dans la mesure où les 16 régions économiques du pays n’en ont pas bénéficié de façon uniforme et équitable et ce, malgré les efforts déployés visant à atténuer les disparités, à stimuler l’investissement, à mieux asseoir la croissance régionale et à maintenir un développement global et équitable. Au moment où un certain nombre de régions ont bénéficié de leur intégration internationale pour moderniser leur structure productive et consolider leur croissance économique, d’autres régions en revanche sont restées à la traîne.

Evolutions hétérogènes des différentes régions économiques entre 2004 et 20071

L’analyse des évolutions entre 2004 et 2007 fait ressortir des disparités persistantes et une claire hétérogénéité des performances en termes de PIBH. En 2004, le PIBH des huit régions les plus riches du pays était 1,67 fois supérieur à celui des huit régions les plus pauvres. Cet écart s’est légèrement élevé pour atteindre 1,71 en 2007. De même, le PIBH du Grand Casablanca (région classée première en termes de richesse) est environ le quadruple de celui de Taza-Al Hoceïma-Taounate qui arrive en queue de classement des régions.

Comparez, à l’aune du tableau ci-contre, le taux de croissance annuel moyen du PIBH total (5,8%) et la part moyenne des  régions dans le PIBH total (6,3%).

Dans l’ensemble, quatre clubs de régions peuvent être distingués :

- Le premier club, correspondant au quadrant Nord-Est, contient les régions à revenus élevés et ayant des taux de croissance supérieurs à la moyenne nationale. Il s’agit des régions Rabat-Salé-Zemmour-Zaer (8,4%), Tanger-Tétouan (11%) et Doukala-Abda (6,4%) ;

- Le second club, correspondant au quadrant Sud-Est, englobe les régions à revenus élevés et ayant des taux de croissance inférieurs à la moyenne nationale à savoir la région du Grand Casablanca (2,3%), Chaouia-Ouardigha (4,5%) et la région du Sud (5,6%)2 ;

- Le troisième club, correspondant au quadrant Nord-Ouest, est composé des régions à revenus relativement faibles mais ayant amorcé un processus de rattrapage en enregistrant un taux de croissance supérieur à la moyenne nationale. A citer en particulier les régions de Marrakech-Tensift-Alhaouz (12,4%) et Fes-Boulmane (7,1%).

- Le dernier club, correspondant au quadrant Sud-Ouest, inclut les régions dont le retard par rapport à la moyenne nationale s’accroît. Deux sous-groupes peuvent être dégagés à ce niveau :

• Des régions ayant accusé un léger retard à savoir, Taza-Al Hoceïma-Taounate (3,9%), Souss-Massa-Daraâ (4,5%) et dans une moindre mesure l’Oriental (5,1%) et Meknès-Tafilalet (5,7%) ;

• Des régions ayant un revenu par tête inférieur à la moyenne et qui voient leur situation se détériorer. C’est le cas particulièrement de Tadla-Azilal et le Gharb-Chrarda-Béni-Hssen. Leur PIB par habitant entre 2004 et 2007 a évolué respectivement de -0,5% et +0,6% contre 5,8% pour la moyenne nationale.

Le trend baissier du coefficient de variation entre 2000 et 2007 montre les prémices d’une atténuation des disparités et confirme ainsi l’hypothèse de la convergence des 16 régions économiques3.

Ces résultats sont à prendre avec précaution dans la mesure où le coefficient ne varie que de quelques centièmes de points sur la période (-0,042 point) et que son ralentissement s’explique dans une grande mesure par la perte d’importance de la région du Grand Casablanca de 0,9 point (baisse de 1,35 selon les comptes régionaux du HCP) et non par des gains au niveau des régions initialement pauvres.

La région du Grand Casablanca, la plus riche avec une part de 14%, a enregistré une croissance annuelle moyenne relativement faible de 2,3%. Pendant la même période, des régions ayant un revenu par tête inférieur à la moyenne voient leur situation se détériorer. A citer par exemple celui de Tadla-Azilal en baisse de 0,5%, de Gharb-Chrarda-Béni-Hssen en progression modérée de 0,6% et de Taza-Al Hoceïma-Taounate de 3,6%, soit des taux largement inférieurs à la moyenne nationale.

En revanche, d’autres régions ont vu leur revenu par tête augmenter plus rapidement et ont réussi, par conséquent, à enclencher un processus de rattrapage vers le niveau de la moyenne nationale. Il s’agit plus particulièrement de Tanger-Tétouan et de Marrakech-Tensift-Al Haouz qui ont vu leur revenu par tête s’améliorer respectivement de 7,9% et de 6,5% en 2007 après 6,8% et 5,4%, dans un ordre respectif, en 2004.

 L’observation de l’évolution de l’écart maximal entre les différentes régions entre 2000 et 2007 illustre bien l’absence d’une réelle convergence. En 2000, l’écart entre la région la plus riche (Grand Casablanca avec 22619 dirhams par habitant) et la moins riche (Taza-Al Hoceïma-Taounate avec 5675 dirhams par habitant) était de 16944 dirhams. En 2007, l’écart grimpe jusqu’à 21985 entre ces deux régions, soit une multiplication par a1,3.

Degré de spécialisation sectorielle des régions marocaines

Les trajectoires différenciées des régions s’expliquent dans une grande mesure par l’aptitude de ces entités à adapter leurs structures productives aux dynamiques sectorielles nationales et à se spécialiser dans des activités porteuses d’une croissance relativement soutenue.

La spécialisation sectorielle d’une région constitue, cependant, un facteur de vulnérabilité. Plus une zone géographique est spécialisée dans un nombre restreint d’activités, plus l’impact d’un choc sectoriel sera fort.

L’évaluation du degré de spécialisation, à travers l’indice de spécialisation régionale (ISR) d’Isard4, permet de mettre en distinction les régions potentiellement fortes et celles potentiellement faibles. Ainsi, si l’indice de spécialisation s’approche de 1, cela signifie que la région est fortement spécialisée. Si au contraire, l’indice est proche de 0, cela indique que la région est très diversifiée et que le risque de déstabilisation est faible.

Trois niveaux de spécialisation peuvent être distingués :

- des régions faiblement spécialisées, où l’ISR est inférieur à 0,20 ;

- des régions moyennement spécialisées avec un ISR entre 0,20 et 0,30 ;

- des régions fortement spécialisées avec un ISR supérieur à 0,30.

Le calcul de cet indice, pour les 14 régions économiques et les 12 secteurs d’activités en 2004 et 2007, font ressortir un niveau de spécialisation relativement élevé pour la région du Sud mais qui s’est légèrement atténué entre 2004 et 2007. Il est à signaler que la part de l’Administration Publique Générale et Sécurité Sociale dans le PIB de cette région est de l’ordre de 30% en 2007 et de 33% en 2004. Viennent après les activités liées à l’industrie extractive et de transformation avec une part de 11%. Quant aux autres activités, elles ne dépassent pas le seuil de 10%.

S’agissant des autres régions, les spécialisations les plus faibles sont constatées au niveau notamment de Tanger-Tétouan (0,10), de Fès-Boulemane (0,09) et de l’Oriental (0,10). Les régions du Grand Casablanca, de Rabat-Salé-Zemmour-Zaër et de Doukala-Abda qui représentent environ 40% du PIB national, disposent d’un niveau de spécialisation moyen respectivement de 0,25, de 0,23 et de 0,26.

En somme, les différentiels de croissance observés d’une région à l’autre proviennent de différences structurelles et des comportements spécifiques des régions. Ces dernières restent, encore, caractérisées par une structure économique duale entre un axe littoral développé et un intérieur en difficulté et ce malgré la présence de nombreux programmes de développement régional. Les facteurs locaux et intrinsèques aux régions ont une incidence potentielle sur leur taux de croissance.

La prise en considération des facteurs et la mise en place des mécanismes structurels et d’accompagnement pour amorcer un processus de convergence des régions marocaines constitue un grand défi pour la réussite du nouveau modèle de la régionalisation en cours d’élaboration par la Commission Consultative de la Régionalisation.

 


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