Synthèse du rapport sur le programme villes sans bidonvilles

Synthèse du rapport sur le programme villes sans bidonvilles

Auteur : Banque Mondiale

Chaque année, près de 240 000 personnes migrent des campagnes vers les villes marocaines ; la population urbaine atteint ainsi plus de 57%de la population globale et le nombre des habitants des villes double désormais tous les 17 ans ! Une évolution trop rapide qui fait qu’une partie des arrivants réside dans les divers avatars de l’habitat insalubre dont les bidonvilles sont la version dominante.

Regard sur l’histoire des bidonvilles au Maroc

Le phénomène bidonvillois a vu le jour au Maroc en 1920 à Casablanca, le premier site  s’appelait Karyan central par ce qu’il est né  sur le terrain d’une ancienne carrière (karyan) près de l’usine thermique d’électricité (dite centrale thermique) d’Ain Sebaa. Quarante ans après , avec un total de  32.700 baraques, sur les 49.500 logements “sommaires” de l’époque , Casablanca comptait déjà de nombreux bidonvilles.

Plusieurs tentatives modestes et très limitées ont été engagées pour la réduction ou l’élimination des bidonvilles, la  trame d’urbanisme dite trame sanitaire de 1950 à 1970, les projets  dits de développement urbain (PDU) durant la période 1970-1980, puis  à partir de 1980 la stratégie des parcelles constructibles.

Ces stratégies n’ont eu qu’un effet très réduit, ces  foyers de la pauvreté durable se propageaient et poussaient partout à travers tous les tissus urbains du Royaume . C’est alors que grâce à la coopération internationale le Ministère de l’Habitat a mis en place-vers les années 90 -un programme spécial de lutte contre l’habitat insalubre .Celui ci portait sur 107 opérations au profit de 100.000 ménages bidonvillois. Sa réalisation fut confiée aux opérateurs sous tutelle du Ministère de l’Habitat (ANHI, SNEC,..).Les résultats furent relativement meilleurs mais partiels, les moyens et les fonds mobilisés étaient loin de combler les besoins et la forte demande. Les problèmes de gouvernance réduisaient encore plus  les chances de succès.

Un nouveau programme et de nouvelles ambitions

Il fallait attendre  2004  pour assister à la naissance du programme Villes sans bidonvilles. Il fût lancé pour l’éradication de l’ensemble des bidonvilles, soit 362 327 ménages (chiffre actualisé au fur et à mesure de la réalisation du programme) dans 85 villes et centres urbains. Il s’agit aussi d’un investissement d’environ 25 milliards de DH, dont une subvention de l’Etat de 10 milliards de DH.

Ce projet fait également partie d’un champ de coopération internationale et s’intégre dans le programme ambitieux  dit des objectifs du millénaire pour le développement adopté par le système des Nations Unies et par la banque mondiale.

Pour évoquer et évaluer le volet logement de ce programme, une rencontre internationale vient d’avoir lieu à Rabat sous l’égide de l’Onu- Habitat. Du 26 au 29 novembre 2012 les participants ont procédé à l’examen à mi-parcours des objectifs du  millénaire. La rencontre avait pour objet la Cible 7.D  de ce programme  qui consiste à réaliser une amélioration significative des conditions de vie d’au moins 100 millions d’habitants des bidonvilles à travers la planète et ce, avant 2020.

L’Onu Habitat avait invité  les 20 pays considérés comme  les plus performants dans la réalisation de la cible 7 D. Le rapport marocain fut présenté à cette occasion. Un document qui a le mérite de contenir le bilan à mi parcours du PVSB en matière de lutte contre les bidonvilles.

La stratégie marocaine du PVSB

Pour la première fois, la réalisation du programme marocain relève d’un cadre conventionnel fixant les responsabilités partagées entre l’Etat et les collectivités locales, et comprenant notamment les délais de réalisation.

Trois modes de résorption ont été privilégiés: la restructuration, le relogement et le recasement.

La restructuration • Les opérations de restructuration ont pour objectif de doter les grands et moyens bidonvilles pouvant être intégrés au tissu urbain, en équipements d’infrastructure nécessaires (assainissement, voirie, eau potable, électrification) et régulariser leur situation urbanistique et foncière. Le coût est calculé sur la base de 1,5 millions de dirhams / ha, soit un maximum de 30.000 dirhams/baraque. L’aide de l’Etat (50% du coût) est destinée à l’équipement en voirie et assainissement. L’adduction en eau potable et l’électrification sont à la charge des bénéficiaires avec une contribution, le cas échéant, de la collectivité locale. Le relogement Le relogement • Le relogement consiste en l’attribution de logements sociaux (superficie hors oeuvre inférieure ou égale à 60 m² d’une valeur immobilière totale ne dépassant pas 120.000 dirhams). Ce mode d’intervention est destiné au relogement des bidonvillois recensés et, dans certains cas, aux ménages concernés par des opérations de dé densification des zones à restructurer. Les aides accordées dans ce cadre par l’Etat représentent le 1/3 de la VIT, soit un maximum de 40 000 dirhams par logement.

Le recasement • Le recasement consiste en l’attribution de lots aménagés (d’une superficie comprise entre 64 et 70 m² pour les lots mono-familiaux et de 80 m² pour les lots bi-familiaux) à valoriser en auto-construction assistée, dans le cadre de lotissements à équipement intégral ou progressif. Le recours à l’aménagement progressif répond au souci de production de lots, financièrement, plus adaptés aux possibilités et au rythme d’épargne des ménages à ressources limitées tout en assurant la sécurité et la santé des habitants et le développement harmonieux des villes, sur la base de plans de lotissements et d’études techniques préalablement établis. Les aides publiques accordées, par ménage, dans ce type d’intervention sont d’un montant de 25.000 dirhams, pour les lots mono-familiaux et 20.000 dirhams pour les lots bi- familiaux, tant pour les lots équipés que pour les zones d’aménagement progressif.

L’Etat a procédé à plusieurs aménagements pour réaliser ce programme, en premier le volet foncier public notamment a connu un effort indéniable, des dispositions fiscales et financières ont été installées pour amener le secteur privé  à une dynamique de participation. Des outils de gouvernance et d’évaluation ont été également élaborés ainsi que des mesures globales d’accompagnement destinées au développement urbain et à l’intégration des structures nouvelles dans le tissu existant .

L’heure est au bilan. Quels résultats ?

Depuis son lancement en 2004, le programme aurait  ainsi  permis selon les sources officielles de :

 -Réduire le poids démographique des ménages résidant dans les bidonvilles dans les  villes marocaines de 8,2% à 3,9% entre 2004 et 2010 ;

- Améliorer les conditions de vie de près d’1 million d’habitants;

-Déclarer 45 villes sans bidonvilles parmi les 85 villes concernées.

 

Par: Bachir Znagui


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