Quel gouvernement pour la nouvelle ère ?

Quel gouvernement pour la nouvelle ère ?

Auteur : McKinsey

Si McKinsey a réussi à s’imposer comme le géant mondial du conseil stratégique, c’est en tirant profit de son implantation, à travers 82 pays et de ses relations privilégiées avec leurs dirigeants. Pour autant, son modèle économique ultra libéral n’a pas eu que des succès. Les scandales liés à l’affaire Eron et la faillite de Swiss air, Kmart et Global Crossing ont entachés sa réputation.

C’est probablement l’une des raisons pour lesquelles  le fameux cabinet propose de  se mettre à la recherche d’une approche novatrice de la gestion de la chose publique, en vue de doter les gouvernements de la capacité de mieux appréhender, anticiper et réagir aux forces qui induisent le changement.

 

MCG, UN NOUVEL OUTIL AU SERVICE D’UNE NOUVELLE APPROCHE

Cette « réorientation » se révèle chez Mckinsey par la création d’un nouvel instrument : le Mckinsey Center for Government (MCG), qui vise à explorer les meilleures approches adoptées, de par le monde, pour la résolution de problèmes communs.  Ce centre est désormais actif  depuis  l’ouverture d’un portail et la publication d’un ouvrage ayant le même intitulé.

Le Centre de McKinsey pour le gouvernement (MCG) se présente comme  une nouvelle plate-forme mondiale pour la recherche, la collaboration et l'innovation dans la performance du gouvernement. S'appuyant sur un réseau d'experts externes et des praticiens de McKinsey, MCG espère proposer aux gouvernements des connaissances à nouvelles et éprouvées ainsi que des outils pour faire face aux défis cruciaux de notre temps.

 

COMMENT TRANSFORMER LE GOUVERNEMENT ?

La réflexion globale du cabinet McKinsey se base sur plusieurs éléments, en premier la réalité des changements qui se déroulent au 21ème siècle affectant les aspects technologiques et économiques et où les gouvernements ont au moins le rôle d’accompagner sinon celui de guider et d’assurer une visibilité stratégique et une cohérence politique. Secundo, ces changements affectent l’emploi, les grilles de protection sociale, l’éducation, la formation, les sciences, l’information et …

Mckinsey constate aussi les changements  survenus sur les services de l’Etat par les nouvelles organisations  issues des NTIC et leurs effets sur les politiques urbaines et territoriales ainsi que la mobilité des individus et des marchandises. D’où de nouveaux besoins, de nouvelles compétences, voire de problématiques complètement nouvelles.

McKinsey  semble  désormais axer son approche sur le capital humain, comme élément essentiel à toute  stratégie gagnante. Les citoyens ont droit à un égal accès aux services et doivent davantage être impliqués dans la gestion de la chose publique.

Pour réfléchir sur le nouveau gouvernement du 21 ème siècle ; le cabinet a sollicité la contribution d’une pléiade de personnalités politiques, de la société civile, économistes, experts en politiques publiques, généralistes et spécialistes.

A travers la publication qui accompagne le lancement du centre, on se trouve dans le contexte tonifiant des réflexions les plus pertinentes en matière de gouvernement sur la quasi-totalité des questions les plus actuelles et importantes. Pour illustrer la primeur du travail de ce centre,  nous avons choisi de présenter ci-dessous la synthèse des  propos de deux contributeurs très significatifs dans ce dossier .

 

1 – Tony Blair*: Conduire le changement pour répondre aux exigences du 21e siècle. 

Capitalisant sur son expérience de premier ministre de la Grande Bretagne, Tony Blair nous expose sa vision d’un gouvernement innovant à partir des 5 leçons qu’il en a tirées : 

Au cœur de ce processus, figure la construction de nouvelles capacités institutionnelles et humaines, devant orchestrer les partenariats entre les secteurs public et privé et les ONG, et développer les outils requis pour une exécution efficiente.

  • La politique du 21ème siècle sera, de plus en plus, post-idéologique en dépit des clivages partisans, pour être davantage axée sur la construction d’un système capable de favoriser la croissance en créant des opportunités pour tous, une meilleure qualité de services de santé et de l'éducation et d’assurer la sécurité.
  • Impulser le changement systémique - par opposition à une réforme au coup par coup – est un élément essentiel à tout gouvernement moderne prêt à « remettre en cause l'acquis » pour suivre le rythme d’un monde en mutation rapide. 
  • Chaque problématique nécessite une analyse conceptuelle claire et rigoureuse, allant d’une orientation politique pour aboutir à une solution spécifique.
  • Une plus grande interaction entre les secteurs privé et public, devrait permettre d’envoyer pour quelque temps dans le privé, les meilleurs de la fonction publique, avant de réintégrer leur poste.
  • L'innovation doit circuler dans toutes les directions pour permettre à tous  les pays d’en apprendre les uns des autres.

 

2 - François-Daniel Migeon* : Comment transformer le gouvernement en France ?

C’est aux commandes de la Direction Générale de la Modernisation de l'État (DGME), lancée en 2007, que ce diplômé de Polytechnique, va conduire les programmes de réformes visant la transformation du gouvernement français, à la fois pour en améliorer l'efficacité et le rendre plus à l’écoute des citoyens.  Il est aussi celui qui a développé une nouvelle vision de gouvernement fondée sur la notion centrale de « l'agilité ».

 

La simplicité, facteur d’amélioration de la qualité

Les premières réformes engagées ont visé la suppression de 150.000 postes dans la fonction publique qui ont permis d’économiser 15 milliards €, sur la période 2009 à 2013, et dont la moitié sera consacrée à l’augmentation de salaires des effectifs restants.

L’amélioration de la qualité a été pensée sous le prisme de la simplicité, à partir d’un sondage ayant fait ressortir la complexité perçue des relations avec l’administration, tant pour les entreprises que les citoyens.

Les efforts déployés pour en réduire l’impact ont inspiré, à leur tour, la mise en place d’un baromètre de mesure de la qualité.  Pour mesurer la simplicité, on a pris en compte ce que l’on appelle « les évènements de la vie » tel le mariage pour les citoyens ou l’ouverture d’une succursale pour les entreprises.  

Une liste différenciée de 50 « événements de la vie » pour les citoyens et les entreprises, a permis d’établir les différents degrés de complexité pour en réduire sensiblement les effets.

 

L’écoute du citoyen, une nouvelle culture de changement

La mise en œuvre de ces réformes a eu un véritable impact sur les mécanismes internes du gouvernement, l’incitant à développer de nouvelles capacités de changement.

La création d’une école de formation spéciale a permis de répandre le savoir-faire et d’impulser un changement de culture.  

Le fait de mettre l’accent sur les attentes des citoyens a aussi eu un effet de levier tel, qu’il a atteint un niveau élevé de pertinence, de collaboration interministérielle et de soutien politique, dans la recherche d’une réponse collective.

 

L’agilité, une notion innovante des capacités d’anticipation

Une vision du type d'administration modèle est esquissée, en vue de soutenir le processus de transformation, axée sur la notion d'agilité, c'est-à-dire la capacité de :

  • Coordonner l'ensemble des acteurs publics et privés pour anticiper et réagir rapidement aux grands changements sociaux, pesant sur la demande de service public.
  • Evaluer systématiquement les politiques et mécanismes existants afin de concevoir des approches plus ciblées et plus pertinentes.
  • Impliquer les citoyens, les représentants, les entreprises ayant des intérêts divergents pour définir une vision partagée de la fonction publique de demain.

 

Par: Farida Lhassani-Ouazzani

 

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