Où sont les femmes ?

Où sont les femmes ?

Auteur : Muriel de Saint Sauveur

Et si nous sortions des stéréotypes, des schémas convenus ? Quelle serait réellement la place de la femme dans le monde? Pour répondre à cette question, Muriel de Saint Sauveur, directrice de la diversité chez Mazars (groupe international d’audit et de conseil), a fait le tour du monde à la rencontre de femmes aux origines, aux aspirations et aux cultures différentes.

Pour amorcer la discussion ou lancer la polémique, elle choisit un titre provocateur : Un monde au féminin serait-il meilleur ?

La soixante-huitarde ne semble pourtant pas se poser vraiment la question. Pour elle pas de doute, un monde au féminin serait forcément meilleur !  

L’auteur n’y va pas de main morte. Elle entame un dialogue avec 100 femmes de 33 pays différents dont la célèbre écrivaine chinoise Xiao Hui Wang ou alors la française Najat Valaud Belkacem ou la marocaine Fathia Bennis… Des femmes venant de milieux divers, vivant dans des codes et des cultures différentes : chefs d’entreprise, journalistes, économistes, professionnelles de la santé et d’éducation….Au final, ce que ces femmes ont en commun est leur penchant envers l’empathie et la solidarité : elles font de la santé leur priorité et sont plus souples en organisation. « L’entrée des femmes dans la vie publique a des conséquences immédiates sur la gestion du monde : même si elles ne perdent pas de vue l’importance des chiffres, elles sont capables d’introduire une variante émotionnelle qui s’avère source de réussite pour les entreprises…les femmes adoptent les codes masculins mais dès lors qu’elles acquièrent un peu de pouvoir, en cours d’ascension, elles imposent rapidement leur regard humaniste ».

Dès les premières pages, l’essayiste entre dans le vif du sujet. Partant de l’expérience professionnelle de son groupe (présent dans 60 pays), elle se rend bien compte que la diversité a ses limites. Même si  Mazars s’attelle à recruter 50% d’hommes et 50% de femmes, lorsqu’on atteint le niveau des associés, il ne reste plus que 14% de femmes !

Pourtant, la diversité apporte une meilleure rentabilité. La féminisation influe sur les performances de l’entreprise. La preuve ? Une étude menée par le chercheur Michel Ferry au sein des entreprises du CAC 40, conclut que « la féminisation des entreprises influence leurs performances économiques et financières : les entreprises du CAC 40 qui comptent plus de 35 % de cadres féminins ont connu une croissance de 23,54 % sur la période 2002-2006, contre 14,61 % dans les sociétés qui en comptent moins de 35 %. Ce seuil que Ferry nomme le « seuil de féminisation ». Les entreprises qui dépassent ce seuil sont plus performantes, affichent une meilleure productivité et créent davantage d’emploi ».

 

Dénigrer pour mieux régner !

Qui d’entre nous n’a pas entendu la phrase : mais ce n’est pas un chef, lorsque un homme loue les performances de sa collègue femme.   

Selon l’auteur « Les femmes ont apporté la vie privée dans l’entreprise et c’est ce qui a perturbé les hommes ». Aussi bizarre que cela puisse sembler à ces messieurs, la porosité entre la vie professionnelle et la vie privée, ça marche. Cet élément humanise les entreprises et  la flexibilité des emplois du temps, permet davantage de rentabilité. Mais les clichés ont la peau dure.

Dans le monde de la politique, les femmes ne sont pas mieux loties. « Les femmes sont fatalement soupçonnées d’incompétence, sous prétexte que leur passé politique est bref : si l’on excepte l’histoire des reines, régentes et impératrices, il aura fallu attendre 1960 pour qu’une femme soit nommée chef de gouvernement. Il s’agissait de la Sri Lankaise Sirimavo Bandaranaike, qui a dirigé plusieurs équipes politiques entre 1960 et 2000. En Inde, Indira Gandhi fut à la tête du gouvernement de 1967 jusqu’à son assassinat en 1984. En Israël, Golda Meir a gouverné de 1969 à 1974. Il faut aussi nommer Margaret Thatcher en Grande-Bretagne, Gro Harlem Brundtland en Norvège, Benazir Bhutto au Pakistan, Édith Cresson en France – en 1991 seulement – et Mame Madior Boye au Sénégal, en 2001 », ces quelques exemples suffisent pour montrer à quel point les femmes ont de tout temps été marginalisées, stigmatisées.  Et des femmes chefs d’État, comme Isabel Perón en 1974 (Argentine), Mary Robinson en 1988 (Irlande) ou Michelle Bachelet en 2006 (Chili), demeurent des exceptions historiques.  

Notre monde serait-il différent si les femmes prenaient les commandes ? Il suffit de prendre les chiffres que nous possédons au sein des entreprises et de remonter à l’échelle d’un pays.  

En voici la démonstration pour les plus rétifs : Le forum de Davos qui a examiné 114 pays pour voir le résultat d’une politique égalitaire, conclut que ceux qui les appliquent sont plus rentables économiquement !

Cela est dû, entre autres, au fait que les femmes travaillent davantage sur le moyen terme. Les hommes, en revanche, concentrent leur énergie sur le court terme. De toute évidence, les répercussions de ces deux stratégies ne sont pas les mêmes.  

Malgré toutes ces études et ces évidences, le G20 d’aujourd’hui ne compte qu’une seule femme. Comment peut-on espérer une avancée si nous restons dans cette configuration ? Partout dans le monde, des femmes s’organisent pour mettre en place un G20 au féminin. Mais ceci et une autre histoire !

Les entreprises « féminisées » ont mieux résisté à la crise et ce n’est certainement pas par hasard. Toujours pas convaincus ? Laissez les femmes prendre les commandes, vous verrez !

 

Par : Amira Géhanne Khalfallah

 

Un monde au féminin serait-il meilleur ?

Muriel de Saint Sauveur.

Edition l’Archipel

246 pages / 260 DH 


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