Terribles discordances

En lisant « Right for the Job:Over-Qualified or Under-Skilled? » de Glenda Quintini, experte à la direction de l’Emploi à l’OCDE, je me suis trouvé face la question rituelle de l’adéquation ou de l’inadéquation de la formation au marché du travail. J’apprenais ainsi que dans les pays de l’OCDE  un travailleur sur 4 est surqualifié par rapport au travail qu’il exerce, et qu’un employé  sur cinq  est sous qualifié par rapport à son emploi.Formulé autrement cela veut dire qu’un quart des travailleurs méritent mieux relativement à l’emploi qu’ils exercent et que 20% des travailleurs sont à une place qu’ils ne méritent pas ! L’étude ajoute que  40 % des premiers n’ambitionnent pas à  remplir  des taches plus exigeantes, et  que seuls 12% des seconds  espèrent obtenir une formation continue pour mieux s’acquitter  de leur travail.

En tout cas , l’étude sus mentionnée passe au crible toutes les questions de l’adéquation à travers les grilles de la formation initiale , de la formation aux réalités du travail dans les entreprises, du savoir faire acquis, des  données du marché du travail et des accommodements de gestion qui poussent des patrons à recruter des profils précis et pas d’autres…Son but est d’identifier la meilleure coordination possible entre compétences acquises par le système d’éducation, celles acquises par l’emploi  et celles requises par le marché de travail.

Il m’est pénible de devoir envisager les choses dans le cas marocain d’un regard très sceptique. D’emblée les  défaillances structurelles des trois niveaux rendent l’examen d’une potentielle coordination tout à fait aléatoire. Au Maroc la formation initiale ne parvient pas à qualifier la majorité de ses usagers ;  le dernier rapport  de la banque mondiale sur les jeunes au Maroc  avait affirmé que  la moitié des jeunes  âgés entre 15 ans  et 29 ans ne sont ni dans la vie professionnelle, ni dans les établissements d’enseignement  tous niveaux confondus ! (Kingdom of Morocco: Promoting Youth Opportunities and Participation June 2012   Middle East and North Africa Region Sustainable Development Department).

Du coté de la Formation professionnelle, celle qui correspond théoriquement le plus au schéma d’un savoir faire initial par la formation. Il s’agit aussi d’un autre gâchis qui ne décline pas ouvertement ses éléments  (insuffisances de certifications, inégalités d’accès..). Ce secteur atteste officiellement que le quart de ses lauréats  n’accèdent pas à un emploi trois ans après leur sortie  de ses institutions (la cour des comptes avait même évoqué 30% comme  taux de recrutement des diplômés de ce cycle). Les performances du secteur privé de cette formation sont relativement équivalentes, elles révèlent cependant l’existence d’un secteur ou la qualité et le contrôle  des conditions ne sont pas bien gérés laissant la voie libre à toutes les aberrations.

Comment la formation continue est-elle  gérée chez nous ? La situation n’est encore pas très brillante. On lui réservera en détail une future réflexion.  Finalement  l’input formation et globalement l’input qualification restent à rebâtir ! En 2006, en grande pompe  trois programmes étaient lancés. Idmaj, Taehil et Moukawalati , ils visaient à favoriser l’accès au premier emploi, offrir des formations pour la recherche d’emploi et accompagner les jeunes entrepreneurs en mettant à leur disposition des options de financement et de soutien à long-terme. Je n’oserai pas parler de bilan,  surtout pour Moukawalati qui fut  un échec fracassant ; sur cinq ans à peine 3315 entreprises créées et seulement  1 800 projets financés par les banques. Un taux de réalisation ne dépassant pas 12% par rapport aux objectifs initiaux, 6% si l'on considère les dossiers financés par les banques. Et moins de 10.000 emplois créés. Quelles adéquations a-t-on conçu dans ce cadre ? 

Et puis, Les entreprises nous administrent souvent de leur coté d’autres paradoxes, ils se plaignent du manque de leur compétitivité face à la concurrence internationale et mettent leur déficit sur le compte de celui de la sous qualification du travail, mais toujours est il que celles-ci payent mal les compétences et les qualifications avérées parce qu’elles n’offrent souvent  que l’avantage d’une main d’œuvre bon marché ! Le sous encadrement des entreprises est une donnée structurelle chez-nous, s’ajoutant à la pression de l’informel et l’assaut des importations des mêmes produits. Finalement, le peu de cas que les entrepreneurs font souvent des mieux formés de leurs salariés incitent ces derniers à partir ailleurs ! A-t-on  ainsi droit de parler d’adéquation ? Laquelle ?

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