Les chiffres et les lettres

Rta7, sebbe9, fi9… Voici quelques années déjà que la mixité des chiffres et des lettres s’est institutionnalisée dans les messages publicitaires. Certains y voient une évolution pratique de la langue, d’autres une innovation sympathique, ou un raccourci qui évite la retranscription phonétique classique. Eh bien moi j’y vois au contraire un appauvrissement de la très belle langue arabe. Vous pouvez me taxer de rétrograde ou de conservateur, j’en prends l’entière responsabilité, mais il y a des fois où j’aime que les choses restent à leur place. Ou on écrit en arabe, ou en français, ou les deux, mais pas dans une langue bâtarde soi-disant à l’air du temps. Comme si ce n’était pas suffisant, une frange de plus en plus grandissante d’animateurs radio et télévision mélange les deux langues à l’oral. A ce propos, j’ai toujours apprécié lorsqu’Edmond Amran El Maleh persistait à parler l’une ou l’autre des deux langues sans interférences aucunes.

Si la forme pour moi laisse à désirer, que dire du fond si ce n’est que le contenu des messages publicitaires rivalise de créativité avec ceux de Jacques Séguéla[1]… Très étonnant que des grandes sociétés qui travaillent avec des agences en conseil de communication compétentes produisent de telles niaiseries. Pas plus tard qu’hier, je regardais sur un panneau 4x3 la publicité d’une chaîne d’un grand restaurant gastronomique américain[2] et je m’interrogeais sur ce qui a motivé l’énoncé de ce message que j’ai vite zappé de ma tête, tellement…Bref, ou les consultants en communication acceptent ce que leur commandent les annonceurs ou ils ont des stratégies très sophistiquées pour s’adapter à une demande pour répondre à des objectifs marketing très précis (et très largement discutables). Dans tous les cas, je pense sincèrement que la publicité est un puissant vecteur de communication, et bien au-delà des objectifs commerciaux, son rôle s’étend aussi à une mission éducative et sociétale. Et quand je vois que des grandes marques prennent le parti de montrer des femmes enfoulardées sous prétexte de coller à une image actuelle de ce pays, mes poils s’hérissent. Non, la publicité contribue de cette manière à façonner l’image d’une société et je ne reconnais dans cette femme ni ma mère, ni mes sœurs, ni mes amies.

Messages qui tirent vers le bas, langues déformées, projets sociétaux peut-être délibérés, la publicité a pour moi plusieurs responsabilités hors du champ commercial, et je déplore pleinement la voie prise par certains. La HACA existe, mais ses prérogatives ne concernent pas ces thèmes évoqués. A quand une institution, dans ce pays où les débats sont plutôt rares, qui régulerait l’image diffusée sur des critères qui dépassent la simple censure ? Je verrais bien un « conseil de sages » qui s’interrogerait sur les impacts éventuels des publicités, qui cadrerait, sans tomber dans la normalisation, les textes, les slogans, les images etc. tout en favorisant des choses positives. Cela va sans dire, faudrait-il encore trouver les bons critères d’éligibilité de ces « bonnes » personnes.

Dans tous les cas, pour les chiffres et les lettres, le compte est bon pour moi !

 

[1] C’est ironique pour ceux qui n’auraient pas saisi

[2] C’est encore ironique pour ceux qui n’auraient pas saisi

 

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