L'enseignement par les pairs

J’ai terminé mon post précédent par la phrase suivante: « Notre enseignement actuel se base hélas en grande majorité sur la mémorisation (et non la compréhension) de connaissances qui sont oubliées aussi tôt l’examen terminé. Là réside peut-être le nœud du problème. » Je souhaiterais maintenant discuter des solutions possibles que l’on pourrait envisager afin de moderniser les méthodes pédagogiques qui « sévissent » dans nos amphis et salles de classe.

Eric Mazur est professeur à Harvard et l’auteur de 258 publications et 23 brevets d’invention liés à la physique optique. Il fait partie de ces enseignants, certes experts dans leur domaine, mais qui s’intéressent également à la pédagogie et à comment faire parvenir au mieux leurs contenus aux étudiants. Il publie en 1997 Peer Instruction: A User's Manual (Prentice Hall), un ouvrage dans lequel il explique comment enseigner de manière interactive de grands groupes d’étudiants. La méthode proposée par Eric Mazur se base sur l'enseignement par les pairs. Alors que la pratique fréquente de poser des questions informelles à l’audience ne permet d’impliquer que les étudiants les plus motivés, l'enseignement par les pairs, à l’inverse, engage tout le groupe sans exception selon le fameux slogan de l’armée américaine « leave no man behind » qui signifie que les soldats sont tenus de ne laisser aucun des leurs derrière eux, qu’il soit blessé, capturé ou même abattu.

Ainsi, les cours de Mazur sont fractionnés en plusieurs séquences d’une dizaine de minutes au maximum ; se focalisant sur un seul élément conceptuel à la fois. La séquence commence par une mini présentation par l’enseignant puis ce dernier pose une question conceptuelle qui fait appel aux facultés d’analyse de l’étudiant. L’instructeur collecte dans un premier temps les réponses puis invite les étudiants à débattre avec leurs voisins autour de la réponse pendant 2 à 4 minutes avant de leur donner dans un deuxième temps une opportunité de changer leur réponse. Mazur constate que dans la plupart des cas, les étudiants convergent naturellement vers la bonne réponse. Les étudiants ne sont pas notés par rapport à la justesse de leurs réponses, en revanche, leur participation à ces exercices est incluse dans la note finale. De plus, une partie de l’examen final intègre les questions vues en classe.

En incorporant cette méthode dans sa pédagogie, Mazur constata une amélioration entre 15 et 30% des notes de ses étudiants d’une promotion à l’autre. Deux raisons majeures pourraient expliquer ce résultat. Primo, avec cette approche, les étudiants ne s’endorment plus en cours puisque le professeur fait appel à leur jugement tout au long du cours. Secundo, certains étudiants comprennent parfois mieux un concept expliqué par un camarade de classe que par le professeur lui-même, ce dernier étant parfois victime de la « malédiction du savoir » décrite par les frères Heath dans leur ouvrage Made to stick. Cette notion renvoie à la difficulté de descendre au niveau de l’apprenant pour lui transmettre un savoir. Celui-ci devient alors un obstacle à la transmission du message.

Voici donc une méthode que j’invite vivement les enseignants qui lisent ce post à la tester en cours et de bien vouloir partager avec nous leur expérience en laissant un commentaire au bas de cette page. Je m’engage à faire de même.

 

Pour plus d’infos sur les méthodes pédagogiques d’Eric Mazur : http://mazur.harvard.edu/education/pi_manual.php

http://web.mit.edu/jbelcher/www/TEALref/Crouch_Mazur.pdf

 

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