Il faut savoir raison garder !

On peut se permettre de qualifier la situation en matière d’emploi  au Maroc de typiquement surréaliste ; proclamée unanimement priorité nationale, la question ne  reflète paradoxalement ni  volonté ni  détermination de la part de toutes les parties. En tout cas, pas  dans le sens d’un partenariat ou d’un partage large et évident. Au-delà des discours empruntés des acteurs  - les plus beaux comme les plus mesquins- discours élaborés sous d’autres cieux et dont on s’habille au gré des circonstances ; on assiste à des actes et des faits où se reflète par rapport à ce sujet un unilatéralisme aveugle. C’est la grande cacophonie qui domine et dans un tel contexte, les outils supposés de gouvernance deviennent aussi des facteurs  de désordre. Les politiques publiques et les fonctions régulatrices de l’Etat se dissolvent très vite dans l’anarchie des privilèges.  C’est comme si on était en train de regarder un spectacle où les acteurs se plaisent à jouer des rôles virtuels, mais où l’engagement  demeure irréel, eternel absent. Ce qui est valable pour les responsables politiques, l’est aussi pour le promoteur privé, « l’entrepreneur », le professionnel  libéral ; l’auto-employé ou  le demandeur d’emploi ; en termes de versions revendicatives il y manque la conviction. L’individualisme qui a -peut être- fait des miracles ailleurs (puisqu’on lui impute d’avoir forgé un capitalisme entreprenant), n’accouche ici que d’égoïsmes plats ne pouvant se farder d’aucune morale, et ne produisant que des informalités s’accommodant aux privilèges ambiants et aux diverses rentes. Dans ce contexte –érigé en système immuable- l’inertie parait plus puissante que les changements attendus et espérés. En lieu et place de la libération des énergies et de la création de valeurs souhaitées,  les stratégies dites nationales,  créent les niches de nouvelles rentes, et des lieux de dépendance de l’économique aux puissants foyers du capitalisme mondial, poursuivant assidument les interminables œuvres de la colonisation,  sous de nouveaux visages.

Quelques  semaines seulement  avant le départ de M Abdelilah  Benkirane (2016), il avait fait adopter sa stratégie nationale en matière d’emploi, laissant en chantier le soin d’engager  les multiples tâches qui en découlent sur les plans  réglementaires et institutionnelles à ses successeurs. De même, Le gouvernement sous son mandat  avait validé quelques mois auparavant  une stratégie nationale de la formation professionnelle. Les deux dossiers ont certes fait l’objet de travaux et de moult négociations (au moins depuis 2012, avec les « parties » nationales  et autres). Mais  sur ces deux grands dossiers, comme sur bien d’autres, aussi  graves et primordiaux, le précédent exécutif très occupé à exorciser le jeu satanique des « Afarits et djinns », a eu du  mal à gérer,  cumulant  ainsi de nouveaux retards pour le pays. Le vide qui a suivi le départ de Benkirane jusqu’à l’investiture d’El  Otmani  a accentué celui ci. Puis avec le nouveau mandat, la roue s’est remise très lentement à bouger. Nous voici déjà à la deuxième année du mandat avec une moisson bien maigre à ce propos.

J’ai failli me réjouir lorsque sur un quotidien  très sollicité par les milieux gouvernementaux,  je découvrais  au cours du mois de Mars 2018,  un petit article, où on affirmait qu’une stratégie relative à l’emploi, spécifiquement destinée aux jeunes allait être déclenchée. L’article annonçait qu’elle  était « quasiment » prête et  devait être lancée dans les prochains jours. Bien sûr, malgré le fait que les stratégies « nationales » - déployées dans bien des domaines et « quasiment achevées »- ne se sont souvent pas traduites en résultats espérés ou escomptés. Mais  je demeure sous la coupe des printemps que les hirondelles pouvaient  faire ! J’étais moi aussi « quasiment» heureux !

Rappelons-nous qu’au mois d’aout 2017, M. El Otmani a tenu la première réunion du comité interministériel de l’emploi.  Il a désigné  au cours de celle-ci  solennellement le mois de novembre 2017 comme  échéance à la mise en place du plan national de promotion de l’emploi à l’horizon 2021. Pourtant ce n’est qu’à la deuxième semaine du mois d’avril 2018 que le comité a fini par se réunir pour la seconde fois, et c’est ainsi que le dit plan national de l’emploi a été approuvé. Il prévoit à l’horizon de 2021 la création d’un million 200.000 emplois ; soit l’équivalent de 300.000 postes de travail par an. Belle promesse ! Notre système actuel n’arrive que rarement à atteindre le cap de 100.000 emplois en une année. Ce programme a également promis d'améliorer l'employabilité de plus d'un million de chercheurs d'emploi, d'appuyer l’emploi rémunéré au profit de 500.000 chercheurs d’emploi, d'accompagner la création de plus de 20.000 petites unités économiques et de préserver un taux d’activité de la population supérieur à 46%(actuellement il est à 42%).

Jacques Brel ne croyait sans doute pas si bien dire  lorsqu’il chantait « celui qui n’avance pas recule ». Un adage qui  qualifie authentiquement  notre situation. Je reprends à ce propos  une déclaration  de JP Chaufour, économiste en chef du Bureau de la Banque mondiale à Rabat, qui rappelait au début de l’année 2018 qu’en l’an 2000, la part de la population active marocaine était de 48%. Il expliquait que  «L’économie marocaine se caractérise par une faible capacité à insérer les jeunes âgés de 25 à 35 ans, dont le taux d’emploi n’atteint que 48%, contre 65% en moyenne dans les pays émergents», «Au total, par rapport à la taille de sa population, le Maroc crée deux fois moins d’emplois que l’Egypte et trois fois moins que la Malaisie», poursuit-il. Que dire alors ? La stratégie de l’emploi  au Maroc demeure pour le moment une promesse  dénuée des moyens pouvant la réaliser !

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