Croissance, déficits et productivité du travail

L’économie marocaine n’arrive plus à croître sans creuser ses déficits, budgétaire et externe. A tel point que, suite à l’assèchement des liquidités, les autorités ont été amenées à prévoir, pour les prochains mois, un plan de réduction de la dépense (publique et privée), à travers l’accord LPL soutenu par le FMI. Au-delà des questions soulevées par la gestion à court terme de la crise et de ses conséquences mécaniques sur les revenus et l’emploi, il  s’agit de s’interroger sur les raisons plus profondes (structurelles) de cette croissance ‘’déficitaire’’.

Déficits et productivité

Comme pour tout déficit macro-économique, ceux du Royaume ne sont, in fine, que la transcription d’un écart important entre la production et la dépense agrégées. Or, nous savons que la production marocaine a connu une croissance ‘’extensive’’ tirée par la demande domestique et la création d’emplois  dans les secteurs les moins productifs[1].

D’après une étude de la Banque Mondiale, le retard pris en matière de gains de productivité du travail au Maroc fait que cette dernière n’atteint que 50% de celle des économies émergentes et uniquement 20% de celle des pays OCDE.

Il est, donc, important de savoir par quels mécanismes cette manne productive a été sous-exploitée, pour pouvoir envisager une sortie de la crise moins dépressive que celle anticipée à travers la réduction de la dépense. Sur ce sujet, aucun indice sérieux n’a été fourni par le Gouvernement en dehors des annonces répétées sur les vertus du combat contre  la ‘’mauvaise’’ gouvernance…..que certains ont érigé en un nouveau facteur de production.

[photo manquante]

Figure 1 : Création d’emplois (en ratio) et productivité du travail (en Dhs/actif occupé)

 

Source : Omar Aloui, 2011, Growth, employment policies, and economic linkages : Morocco; International Labour Office, Employment Policy Department. - Geneva: ILO, 2011

 

La théorie économique nous fournit plusieurs pistes pour expliquer une éventuelle évolution régressive de la productivité du travail, en particulier, grâce aux modèles ‘’trade and employment’’ qui traitent des effets sur l’emploi de l’ouverture à la concurrence internationale. Selon cette littérature, l’ouverture peut avoir des effets divergents sur la productivité, selon le contexte et les politiques d’accompagnement : (i) soit des effets de hausse de la productivité par élimination des segments les moins compétitifs, (ii) ou, au contraire, des effets régressifs induits par le transfert des ressources vers les secteurs les moins ouverts et les moins productifs.

En m’inspirant de cette approche, je considère que la faible productivité du travail trouve son origine dans un mix de politiques économiques, conçu et mis en place pour atténuer les effets de l’ouverture des années 80, jugés trop destructeurs pour les segments les moins productifs de l’économie. Prochain blog : les étapes clé de cette séquence.

 

 

[1] L Achy, décrit le même phénomène en ces termes : L’économie informelle et les activités à faible valeur ajoutée ont largement contribué à la création d’emploi au Maghreb au cours de la dernière décennie. En revanche, le secteur industriel, qui demeure non compétitif et dépendant d’une poignée de marchés d’exportation, n’a généré qu’un nombre très limité d’emplois. Voir ‘’Substituer des emplois précaires à un chômage élevé : Les défis de l’emploi au Maghreb’’. Carnegie papers, 2010.

 

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