Amis anthropologues, à la rescousse !?

Assis à la terrasse d’un café et au détour d’une conversation, j’entends un étranger très propre sur lui s’offusquer du manque d’écrits concernant la « fameuse » mentalité marocaine. Le défaut bien placé d’un chercheur, d’un journaliste, ou d’un observateur juste curieux prête l’oreille pour en savoir plus, ce que nous tous avons déjà fait. Bien ou mal, j’ai rapidement laissé de côté ma mini crise de conscience et écouté cet homme qui parlait avec son collègue. La petite histoire est que la discussion portait sur un éventuel investissement ou une expansion d’activité au Maroc, et les problèmes, obstacles et autres contraintes relatives à cela. Monsieur propre (on va le nommer ainsi) dit à son ami : « Le mec me dit : mais tu ne peux pas comprendre, c’est la mentalité marocaine, voilà c’est comme ça !... ». C’est là où Monsieur propre s’est vu poussé des cheveux quand il dit à son ami : « mais moi, j’aime le Maroc, je dépense mon argent ici et je veux bien comprendre c’est quoi cette foutue mentalité marocaine ! On a écrit des choses là-dessus ?... »

Eh oui, Mr. Propre, si vous saviez comment c’est compliqué de comprendre de multiples réalités sociales et culturelles, parfois je ne me comprends pas moi même…Ne vous inquiétez pas Monsieur, je me sens en l’espace d’un jour profondément rattaché à cette terre et à ses hommes, puis ensuite profondément étranger. Oui, et moi aussi, j’aimerais bien avoir des écrits qui m’éclairent !

La vocation du Cesem est de mettre au service du management des champs disciplinaires issus des sciences humaines. L’initiative de Majliss al Hiwar, même si elle n’a pas pour but d’améliorer l’efficience d’une organisation, est intéressante car elle est un espace de dialogue des disciplines, à l’image d’une communauté épistémique, générant du nouveau. Entreprise difficile certes, mais nécessaire dans des environnements complexes. Des initiatives ou des écrits ici et là demeurent, mais restent disparates ou s’évanouissent, alors que le Maroc est à mon sens un terreau fertile aux anthropologues souhaitant comprendre par exemple LES clients ou les consommateurs de manière générale. Moi personnellement, combien de fois une publicité ou un discours commercial ne m’a pas touché, et je ne suis pas le seul… Mais plus que cela, de grandes entreprises responsables socialement sont mises à mal par le manque de compréhension fine des comportements très localisés. Oui, très localisés, car ce pays est très diversifié, donc très complexe. Comprendre un « Nous social », ses sous cultures, en sortir des typologies dans des contextes servant l’entreprise est un travail incontournable aujourd’hui. Tiens, pas plus tard qu’hier, un manager me disait qu’il y avait un gros problème d’autorité issu de conflits intergénérationnels. Nous sommes dans une période de transition qu’il faut comprendre, et l’anthropologie a un grand rôle à jouer. Si des anthropologues marocains (Boughali, Amahane, Rachik…) ou étrangers ont bien étudié le Maroc, la majorité des écrits – fondamentaux – portent sur la période soit coloniale, soit post coloniale, et d’autres sujets quelque peu éloignés du lien qu’il peut y avoir entre les entreprises, leur environnement et l’anthropologie.

Après tout ce que je viens de dire, j’espère qu’un lecteur avisé et connaissant des contre-exemples me rassurera. Sinon, Mr Propre a des cheveux à se faire !

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