Marie-Claude Haince

Etude : Les déterminants socioculturels d’accès à la santé des personnes migrantes au Maroc
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Etude : Les déterminants socioculturels d’accès à la santé des personnes migrantes au Maroc

Au Maroc, comme au niveau international, l’échelle de plus en plus grande des mouvements migratoires fait en sorte que la santé des personnes provenant d’ailleurs en vient à constituer un enjeu de santé publique. Cet enjeu est d’autant plus complexe, que la diversité des populations qui font l’objet de cette préoccupation est grande.

Le service public au défi de la philanthropie

Auteur : Vincent Edin

Vincent Edin plaide pour le renforcement des politiques publiques de solidarité, contre la tendance à leur dissolution au nom de la responsabilité de l’individu.

Les meilleurs pour faire fortune, les meilleurs pour faire le bien ? C’est cette équation rapide formulée par un philanthrope de la SiliconValley que déconstruit Vincent Edin, journaliste directeur de la salutaire collection « Les Incisives » aux éditions Rue de l’échiquier. Avec d’autant plus de conviction qu’il a lui-même travaillé chez Admical, un think-tank d’entreprises mécènes persuadées de faire avancer les causes qu’elles soutiennent, mais qui souvent « se livrent à des washings de divers ordres, avec une élégance et une subtilité à géométrie variable » et « cherchent à nous faire croire qu’elles changent le monde quand elles participent à le détruire ». Et qu’il est l’auteur d’un guide, Se lancer dans la collecte de fonds privés (avec Perrine Daubas, Juris éditions, 2012). Dans ce bref ouvrage au ton ironique, ils’interroge sur la légitimité de la philanthropie, dans un contexte marqué par le déséquilibre, accentué par la crise du Covid, entre des États de plus en plus pauvres et les fortunes renforcées d’une poignée d’ultrariches. Quand le rapport entre les sommes versées par les grandes firmes à leurs actionnaires et les sommes investies dans la recherche est de 1 à 40, et que ces firmes qui se sont enrichies grâce à de l’argent public et aux crédits d’impôts ferment leurs usines dans des pays, comme la France, qui les ont portées pendant des années, l’auteur crie à l’indécence et reprend le mot de Paul Lafargue : « Voler en grand, restituer en petit, c’est la philanthropie. »

Le propos de ce pamphlet est de décrypter un système qui, en contournant le mécanisme de l’impôt progressif « seul à même d’assurer une égalité de tous les citoyens devant l’État », « ne fait qu’entretenir un système ploutocrate qui menace nos démocraties et nos services publics ». D’un côté, un véritable projet citoyen avec « des services publics équitablement distribués sur le territoire et des financements pérennes », de l’autre, des actions « par essence localisées et ponctuelles. »

Spectre du système censitaire

« L’idéal charitable diffère très largement de celui de la solidarité, l’un s’accommodant fort bien des inégalités quand l’autre les combat », rappelle Vincent Edin. Pour sa démonstration, il s’appuie sur l’exemple de deux pays qui pendant longtemps ont eu un rapport très différent à cette question : les États-Unis et la France. En France, ce n’est qu’à partir des années 1980 que les entreprises se mettent à faire du mécénat. La loi de 2003 favorisant la fiscalité des entreprises et la vogue de la « responsabilité sociale et environnementale » de celles-ci accélèrent le tournant et l’émergence de « philanthropreneurs ».

« Nous en sommes venus à accepter la charité pour des actions qui relèvent de la solidarité nationale », déplore Vincent Edin. Or l’éducation, la sécurité sociale, la retraite par répartition, la santé publique ont besoin d’une pérennité qui s’accommode mal du caractère quinquennal, voire volatile, des budgets attribués par les fondations d’entreprises. De plus, l’État seul « est garant de l’égalité territoriale », tandis que le mécénat est très lié à l’histoire personnelle et localisée de son instigateur. Enfin, les mécènes ont peu de goût pour les sujets dits « clivants », dont selon eux le soutien aux populations les plus fragiles (migrants, femmes et mineurs violentés). De fait, la finalité des mécènes est moins la réduction des inégalités et la protection des plus faibles que de laisser leur nom à la postérité. L’auteur remarque justement que « tout le monde connaît la Fondation Bettencourt sans pour autant savoir ce qu’elle fait ; peu de gens savent qui est Ambroise Croizat alors qu’il a joué un rôle central dans la création de la Sécurité sociale » française.

Le point essentiel soulevé par Vincent Edin est le fait que, contrairement au mécénat classique des grandes familles qui ont soutenu les arts, souvent avec discrétion, celui des milliardaires et des multinationales n’est pas désintéressé. « Aucun de ces généreux accompagnateurs d’artistes n’a fait fortune sur leur dos, n’a contractualisé avec eux sur les royalties à venir, n’a négocié des avantages fiscaux monstrueux. » Le chapitre consacré aux États-Unis montre comment le don a gravement affecté l’État-providence. Largement ancrée dans les pratiques religieuses, la philanthropie est liée à la notion de « rachat » de mauvaises actions – ce qui pose la question éthique de l’acceptation de l’argent réalisé grâce à des pratiques contestables (pollution, non-respect des droits des travailleurs, etc.) De fait, les exemptions fiscales extorquées par un chantage à la délocalisation ont aggravé les inégalités. La députée démocrate Alexandria Ocasio-Cortez s’opposant à l’installation dans le Queens, à New York, du siège d’Amazon en raison des « génuflexions » des pouvoirs publics qui auraient appauvri la ville et causé l’expulsion des plus démunis, fait figure d’exception.

Au nom de la théorie « du ruissellement » de Milton Friedman, l’abaissement de l’impôt sur les tranches supérieures a abouti à la création d’un régime censitaire et, le don étant volontaire, à la consolidation d’une caste préoccupée in fine de ses seuls privilèges. Vincent Edin s’inquiète de cette idéologie « de la responsabilité individuelle pour sauver le collectif » : « une dépolitisation permanente, un renvoi à l’individu pour un nombre croissant de sujet collectif. »  Aux côtés des économistes Thomas Piketty, Emmanuel Saez et Gabriel Zucman, il prône des mesures fiscales qui ne soient pas des simples « correctifs » et préconise de « réarmer le bras de la justice fiscale » en reconstituant luttant contre la fraude.

En 2017, en Espagne, le parti Podemos et les associations de défense des services de santé publique s’étaient mobilisés contre le don de la Fondation Amancio Ortega (créateur de Zara) sous la bannière : « Nous voulons la justice fiscale, pas la charité ! » Les Gilets Jaunes en France, les mouvements au Maroc, en Algérie, au Liban, au Soudan, en Irak, en Iran, en Inde, au Chili, etc. manifestaient contre les inégalités, mobilisation suspendue par la crise du Covid. «  D’urgence, conclut Vincent Edin, il faut réarmer la solidarité ».

 

Quand la charité se fout de l’hôpital, Enquête sur les perversions de la philanthropie

Vincent Edin

Rue de l’échiquier, 96 p., 10 €

 


SAWI

programme

                                                                           

Approche analytique des médias au Sud de la Méditerranée

Auteur : Edité par Roxane Farmanfarmaian

Roxane Farmanfarmaian est maître de conférences, spécialiste des questions politiques du Moyen Orient à l’université de Cambridge. Elle vient de présider l’élaboration d’un livre collectif qui a vu le jour en octobre dernier, intitulé Media and Politics in the Southern Mediterranean : Communicating Power in Transition after 2011. Les chercheurs qui ont pris part à ce travail inédit, ont entamé leurs travaux en 2013, et se sont attelés à décrire et analyser la situation dans trois pays : la Tunisie, la Turquie et le Maroc.

La question des médias en grande révision aujourd’hui à travers le monde avait subi la domination d’outils d’évaluation et d’analyse émanant des sociétés industrialisées souvent démocratiques mais  qui échouait dans la compréhension et l’analyse des faits et des acteurs des médias sous d’autres cieux. L’ouvrage a engagé le défi de faire autrement, et il a réussi à à faire l’état de l’art des médias dans les pays du sud de la Méditerranée avec le souci d’une méthodologie différente. L’ouvrage présente des recherches empiriques sur les médias en transition politique, prenant appui sur les bouleversements de la région en 2011, mais il tente surtout d’élaborer un nouveau cadre théorique pour comprendre l’état des relations entre médias et pouvoirs dans ces pays.
La démarche repose sur trois axes : la structure des médias en tant qu’expression de la gouvernance, la fonction des médias en tant que reflet du marché et l’agence des médias dans la communication entre le pouvoir et le public. Une approche tout à fait nouvelle, apportant une nouvelle grille d’analyse relative aux acteurs, aux problèmes et aux processus similaires dans chaque pays. Pour la première fois s’opère ainsi la comparaison transnationale de pratiques médiatiques spécifiques au Moyen-Orient, elle couvre des questions telles que les femmes dans les talk-shows, le contrôle et la surveillance de l’internet et des réseaux sociaux …. 
En outre, les médias, étant le reflet, d’une manière ou d’une autre, de la société qui les produit, les études s'appuient ici sur des données de terrain pour jeter les bases d'une nouvelle théorie des médias, des valeurs et de la négociation de statut (VSN), qui a évolué à partir des caractéristiques et pratiques spécifiques à la région. Un livre intéressant à l’usage des professionnels des médias et des chercheurs dans les pays concernés ainsi que des étudiants.
Les chercheurs impliqués à partir du cas des médias au Maroc dans l’ouvrage sont : Abdelfattah Benchenna, Driss Ksikes, Dominique Marchetti, Kenza Oumlil, Bouziane Zaïd et Samia Errazouki.

Published October 21, 2020 by Routledge
Copyright Year 2021
Hardback
£120.00
eBook
£33.29
ISBN 9781138494886
442 Pages 13 B/W Illustrations


Réflexions sur le contrôle et la liberté

Ce papier questionne à travers trois champs du management la dialectique du contrôle et de la liberté, notions a priori antinomiques, mais conciliées nolens volens dans les contextes organisationnels. Partant des représentations et des acceptions communément admises de ce que revêtent ces deux notions dans la sphère managériale, nous menons une réflexion sur la tension inhérente à ce complexe. Risquions-nous ensuite à prendre des libertés en convoquant des pensées philosophiques propices à susciter l’intérêt des managers.

Écologie en actes

Auteur : Igor Babou

Photographe et chercheur en sciences humaines, Igor Babou retrace une expérience d’écologie sociale en banlieue parisienne qui interroge les discours sur l’environnement.

« Il faut faire et c’est à nous de le faire. Il faut ne faut pas attendre que ça vienne d’ailleurs », explique Amélie Monnereau, initiatrice avec quelques compagnons du Laboratoire écologique zéro déchet (LEØ) à Noisy-Le-Sec, en Seine-Saint-Denis. Dans une imprimerie désaffectée, en juin 2018, ce petit groupe issu du théâtre et de l’éducation populaire a mis en œuvre une initiative écologiste et sociale singulière. Le photographe et socio-anthropologue français Igor Babou les a accompagnés depuis septembre 2018 et décrit les tenants et aboutissants de ce projet autonome et citoyen, qui fait apparaître au grand jour les apories du discours environnementaliste. Professeur à l’université Paris Diderot, spécialiste des relations entre environnement, politiques publiques, savoirs et sociétés, il s’intéresse en effet aux friches urbaines et à l’écologie radicale en ce qu’elles permettent « de porter l’attention sur des pratiques bien différentes des politiques publiques de la nature, tout en restant fondamentalement politique ». Il présente dans Viv(r)e la friche photographies et témoignages, accompagnés d’un récit-analyse, et insiste sur le fait que sa démarche est imprégnée d’une « une éthique de l’attachement et du singulier » qu’il oppose, dans une formulation qu’on aurait aimée plus nuancée, « à la montée en généralité, à l’idéologie objectiviste des journalistes, de certaines sciences sociales et des sciences dures ». En effet, explique-t-il, « les gens, les sociétés et les discours ne sont pas des objets ! »

Pas bobo écolo

Le LEØ s’articule autour de trois pôles d’activités – et que nul n’entre ici en consommateur : la gratuiterie, où on dépose et récupère vêtements et objets, dont les étiquettes et les logos sont systématiquement supprimés ; la cantine, offrant à prix libre des boissons chaudes bio à partager autour de grandes tables en bois ; et l’atelier d’autoréparations, avec son animateur et sa panoplie d’outils. Une Association pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP) y intervient aussi, et chacun peut venir animer une activité en lien avec le thème « Marre de subir ? Tout se répare ». Ici, les maîtres mots sont récupération, mise à disposition – de matériels, d’outils, de lieux, de matières premières… – proximité et complémentarité des besoins et des savoir-faire. Ainsi la gratuiterie n’est pas une friperie : on y propose des vêtements neufs « pour que les gens arrêtent d’aller acheter des choses au supermarché » qui seraient fabriquées dans les circuits classiques d’une industrie peu respectueuse ni de l’environnement ni des travailleurs.

Car la démarche est politique – sans affiliation partisane. Le LEØ n’existe pas en référence au discours politique sur l’écologie mais se positionne en refus des ravages du libéralisme. Amélie Monnereau revendique le choix de la lutte pour un monde en paix avec la nature et avec soi. Elle veut proposer autre chose que « la société normale », justement perçue comme inacceptable : « presque de la poésie ». Le lieu accueille des activités du mouvement écologiste Extinction Rébellion, des militants LGBT, des Gilets Jaunes… Pour eux, la crise est à la fois politique et environnementale. L’écologie ne doit pas être « excluante » : elle n’est pas réservée aux « bobos écolos gentrifiés » qui seuls en auraient la maîtrise. Ce n’est pas non plus une somme de petits gestes, comme le prône le mouvement des colibris. C’est encore moins l’approche macro, centrée sur le réchauffement climatique et la préservation de la biodiversité. Igor Babou rend compte des débats et du « sempiternel clivage entre d’un côté l’écologie « colibris/petits gestes » et de l’autre l’analyse des rapports de domination en termes de « classe/race/genre » », qu’il estime plutôt lié aux affinités politiques que fondé sur des distinctions conceptuelles, et rappelle la tradition écologiste anticapitaliste très politisée, de Murray Bookchin aux États-Unis à André Gortz en France. Il fait également remarquer qu’« une écologie qui ferait l’impasse sur ces questions de domination et sur les médiations multiples qui les construisent au quotidien serait condamnée à reproduire les apories de l’environnementalisme avec sa quête d’une nature « sauvage » séparée de l’humain. » Plein d’empathie pour le projet qu’il décrit, il déplore la prédominance des logiques de spéculation immobilière, salariant des gardiens pour maintenir inutilisés des bâtiments sains et beaux qui seront détruits pour « enfermer du vide » et construire du bas de gamme.

Une partie importante de l’ouvrage s’intéresse aux publics qui y viennent et font vivre le lieu. Igor Babou présente plusieurs témoignages d’usagers, transcrits dans le respect de leur oralité. Hormis quelques artistes et enseignants, ils sont issus souvent de milieux modestes et d’origine algérienne ou marocaine. Ils rappellent que leurs parents n’avaient pas attendu les discours sur la nécessité de préserver l’environnement pour avoir des pratiques de non gaspillage et de recherche de produits sains. Plus que de label bio, il est question de moyens de transport, de gestion des déchets, de réduction de la consommation et de solidarités de quartier.

Blocages institutionnels

Cependant le projet a une existence précaire : friche dans une société qui privilégie la propriété privée, le LEØ a fait l’objet d’une expulsion au bout de six mois et a dû déménager à Pantin, puis y faire face à un procès intenté par l’Établissement public foncier d’Île-de-France. Igor Babou souligne le gouffre entre le discours affiché de l’écologie politique et l’absence de fait de volonté politique, qui se manifeste par l’entrave à la mise en œuvre citoyenne et au quotidien des principes environnementalistes et les condamne à rester « interstitielles ». Il déplore aussi le manque d’outils juridiques pour pérenniser ces initiatives de démocratie participative.

Mais preuve de la profondeur des liens tissés et de la pertinence de son action : le public de Noisy-Le-Sec a en partie suivi le LEØ à Pantin, le procès a été gagné en première instance et une subvention a été accordée par une institution territoriale, en reconnaissance du travail effectué. « Parfois, les utopies se réalisent », se réjouit Igor Babou. Mais il insiste cependant sur le caractère non duplicable de l’expérience : ce sont en effet les interactions et les négociations au quotidien entre les personnes qui permettent d’ancrer le projet dans son public. Chercher à la modéliser pour la marketer serait la réifier et la couper de ces ancrages, donc de son sens.

Pour un aperçu du travail photographique d’Igor Babou : https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-02138618/document

 

Kenza Sefrioui

Vi(v)re la friche, Enquête photographique sur une expérience d’écologie sociale en banlieue parisienne

Igor Babou

978-2-9573401-0-1

Autoédition, 156 p., 25 €, à commander ici :https://igorbabou.fr/prevente-du-livre-vivre-la-friche/


Oumaima CHAMCHATI

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