Vivement … Une gouvernance informatique

Vivement … Une gouvernance informatique

L’informatique et les télécommunications sont devenues en à peine quelques décennies le premier secteur économique mondial. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le total annuel des dépenses en lien avec le secteur s’élève à 4.500 milliards de dollars. Le PIB créé par les technologies de l’information et de la télécommunication (TIC) représente 8,4 % du PIB mondial et 5,5 % du total des emplois.

La place du Maroc numérique par les chiffres

Où se situe le Maroc ? Le 25 mars 2010 a été présenté à New York le rapport Global Information Technology Report (GITR) par le Forum économique mondial (WEF) et l’INSEAD. Cette étude est considérée comme l’une des plus exhaustives et les plus fiables à l’échelle internationale sur l’impact des TIC sur le processus de développement des nations ainsi que sur leur compétitivité.

Ce rapport classe le Royaume à la 86ème place sur 133 pays et à la 11ème place sur 14 pays dans la région Mena, où les Émirats arabes unis trustent les premiers rangs. Ceci n’est à l’évidence pas satisfaisant pour un pays qui se veut dynamique et ambitieux, d’autant plus que le Maroc a perdu 12 places en passant de la 74ème place en 2007-2008 à la 86ème place aujourd’hui.

Sur le continent africain, la Tunisie (39ème position au total) arrive à la première place devant l’Afrique du Sud (52ème) et l’Egypte (76ème). Depuis plusieurs années, la Tunisie, pays initiateur du Sommet Mondial sur la Société de l’Information (SMSI) et hôte après Genève en 2003, de sa seconde édition en 2005, prône l’édification d’une société de l’information et de la connaissance, et en a fait l’un des principaux piliers de sa stratégie de développement. Bien lui en a pris puisque le secteur des TIC, à très forte valeur ajoutée et créateur de nombreux emplois, contribue déjà à hauteur de 11% de son PIB.

D’après le GITR, le Maroc, quant à lui, doit améliorer les tarifs de la téléphonie mobile (112ème rang), le téléphone fixe (114ème  rang), les collaborations entre l’industrie de téléphonie mobile et les universités en termes de R&D (113ème rang), et enfin l’utilisation des technologies dans les administrations gouvernementales (96ème rang).

Pour profiter de ce fabuleux vecteur, le Maroc s’est doté d’une politique ambitieuse «Maroc Numeric 2013» visant à généraliser l’usage des TIC en portant à 100% le taux des établissements scolaires et des élèves ingénieurs équipés de ces technologies à l’horizon 2013. De plus, le plan national des TIC ambitionne de faire de ce secteur un des piliers de l’économie et une source de productivité et de valeur ajoutée pour les autres secteurs économiques et pour l’administration publique tout en positionnant le Maroc comme un «hub» technologique régional. Ainsi, les  TIC devraient, d’ici 2 à 3 ans, contribuer à hauteur de 12% dans le PIB et créer près de 26 000 nouveaux emplois.

Avec les grands projets initiés par le Roi Mohammed VI, tels que Tanger-Med, les lignes à grande vitesse de l’ONCF, le Programme d’Urgence de l’Education Nationale ou encore l’Assurance Maladie Obligatoire, pour n’en citer que quelques-uns, le Maroc dispose d’une opportunité rare pour mettre l’informatique au cœur de ses projets de modernisation. Encore faut-il s’en donner les moyens et connaître les vrais bénéfices induits par ces nouvelles technologies. Le véritable enjeu n’est pas d’adopter ces nouveaux outils mais bel et bien de réinventer les manières de travailler.

Du besoin de moderniser  les systèmes de gestion

Du point de vue micro-économique, on compare souvent le budget informatique au chiffre d’affaires de l’entreprise. Il varie selon les secteurs de 1 à 5%. Mais est-ce le bon indicateur ? Pas forcément, car il ne permet pas d’apprécier le véritable enjeu des TIC au sein de nos organisations. Il tend à se concentrer sur l’outil en ignorant l’usage qui en est fait, de ses incidences sur l’organisation et les nouvelles manières de travailler.

Pour illustrer cela, il faut savoir qu’au début des années 2000, le taux d’utilisation de l’outil informatique a dépassé la barre symbolique des 50% du temps de travail des cols blancs. Ainsi, près de 30% de la masse salariale dans l’industrie, et plus de 50% dans le tertiaire est consommé devant un ordinateur. Or, dans la plupart des économies développées et des organisations modernes, le premier poste de dépenses est justement la masse salariale. Par conséquent, le coût du système d’information qui intègre l’usage s’élève de 10 à 25% du total des dépenses de fonctionnement des organisations dans l’industrie, et plus de 50% dans le tertiaire, soit 10 fois plus que le simple budget informatique.

Cependant, nos systèmes traditionnels de gestion, comme la comptabilité analytique ou le contrôle budgétaire, sont très loin d’appréhender ces enjeux. C’est normal, car ils sont issus du monde industriel et sont conçus pour piloter des activités de production. Ils sont, en grande partie, inadaptés pour appréhender correctement des activités transversales comme les systèmes d’informations. C’est la raison pour laquelle la plupart de nos systèmes de gestion doivent être repensés sous peine de ne pas percevoir et donc maîtriser les enjeux réels liés au traitement de l’information, source nouvelle et majeure de productivité.

L’importance de la gouvernance informatique

Plusieurs initiatives novatrices ont été prises et sont à même de guider les entreprises publiques et privées dans la prise en compte du rôle stratégique des SI. Ainsi, l’institut de la gouvernance informatique, l’IT Governance Institute (ITGI)2 a proposé la première définition de la gouvernance informatique3. Elle y souligne que la responsabilité du niveau de maturité de cette nouvelle dimension de gouvernance incombe d’abord au chef d’entreprise. C’est pourquoi, une bonne gouvernance a d’abord pour mission d’assurer à la direction générale et au conseil d’administration, que la fonction informatique est bien gérée.

En 2008, l’ISO a publié la norme ISO 385004. Elle a pour but de fournir des principes directeurs pour toute organisation indépendamment de son secteur d’activité et de sa taille. Elle propose les six principes suivants : «définir les responsabilités, planifier l’organisation, acquérir efficacement, être performant quand cela est requis, assurer la conformité aux règles, puis veiller au respect de la déontologie».

La définition reprend certains des piliers fondamentaux de l’ITGI à savoir les aspects stratégiques, la gestion des ressources et le pilotage de la performance. Mais elle met en plus l’accent sur trois domaines ignorés par l’ITGI et pourtant très pertinents, à savoir : l’organisation et la définition des rôles et des responsabilités, la déontologie qui est un élément clé de la gouvernance d’entreprise, puis la conformité aux réglementations.

Le lien entre gouvernance des si  et performance de l’entreprise

Autant dire qu’aujourd’hui, le cadre de la gouvernance informatique existe bel et bien. Reste à démontrer la relation entre gouvernance informatique et compétitivité. Pour la première fois dans toute l’histoire de l’informatique, des travaux de recherche récents publiés fin 20085 ont démontré l’importance de la maturité en matière de gouvernance des systèmes d’information et le lien existant avec la performance d’entreprise. Résumons en quelques mots les résultats de ces travaux académiques :

- Les firmes qui possèdent un faible niveau de gouvernance informatique ne retirent pas de bénéfices de leurs investissements informatiques. A contrario, celles qui ont un fort niveau de gouvernance génèrent deux à trois fois plus de bénéfices que celles qui présentent un score moyen6.

- Plus le positionnement du DSI est élevé au sein de l’organisation, plus les performances financières sont bonnes. L’explication se trouverait dans la capacité des DSI à amener de nouveaux débats et de nouvelles solutions auprès des décideurs clés de l’organisation au-delà d’amener un point de vue différent7.

- La légitimité du DSI influence aussi bien la capacité d’assimilation informatique de l’entreprise que l’optimisation des processus métier8.

Ce que nous montrent ces études est que la finalité de l’informatique est d’améliorer la performance et la compétitivité de nos organisations. Il faut donc se préoccuper en priorité de la gouvernance des systèmes d’information. Le but n’est plus d’optimiser l’informatique mais de développer des systèmes d’information performants en mesure d’accroître la capacité de l’entreprise à créer de la valeur ajoutée.

Les Etats et les entreprises se trouvent aujourd’hui à un carrefour important de l’histoire économique. Les enjeux liés à l’informatique et aux systèmes d’information sont tels qu’une direction générale ne peut plus ignorer le fait qu’une gouvernance des systèmes d’information est aujourd’hui synonyme de performance économique supérieure et de compétitivité, source d’emplois mais aussi de richesse pérenne pour tous ses citoyens.


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