Quel avenir pour les migrations transméditerranéennes ?

Quel avenir pour les migrations transméditerranéennes ?

Auteur : Bachir Hamdouch

La différence a toujours quelque chose de gênant ; souvent les êtres humains pour échapper à ses tourments la dilue dans les controverses sémantiques. Aussi, dans cet ouvrage collectif sur « L’avenir des migrations transméditerranéennes-au-delà des crises », on s’interroge d’abord sur le concept ou la définition du phénomène migratoire, une manière d’élaborer une recette où peuvent s’intégrer ensemble les migrants, les réfugiés, les demandeurs d’asile, les  clandestins, les  sans papiers ou les migrants dits réguliers ....

La société civile marocaine est défiée sur tous les fronts, mais il serait honnête de lui reconnaitre un dynamisme en croissance sans cesse. Ce livre est ainsi le fruit d’une initiative de chercheurs et d’une ONG, l’association Migration Internationale  qui a réussi cette approche prospective, avec l’appui du ministère chargé des MRE au Maroc. L’AMI  avait organisé un colloque sur cette  thématique les 20 et 21 mai 2014. Pendant deux jours des experts et des parties prenantes ont contribué ou assisté aux exposés et débats sur les questions de la migration telle, qu’elle se manifestait à l’époque.

L’ouvrage est né d’une réflexion partagée

Au niveau marocain, le colloque a réussi à réunir dans ses panels quelques-uns et unes des principaux chercheurs ayant  travaillé sur ce sujet au cours des 15 dernières années.

Aujourd’hui, la situation de la migration n’a pas changé, elle s’est peut être aggravée par la conjonction de faits déstabilisants. Dans certains pays, toutefois, la réflexion et les débats ont mûri relativement entre temps. On ne peut oublier l’attitude courageuse de la chancelière allemande, Angela Merkel, ou la décision du Maroc de s’engager sur le chemin de la régularisation.  Les contraintes demeurent intactes cependant, notamment ce penchant  sécuritaire  qui alimente  les  discours hypertrophiés sur les affaires de terrorisme. Nous demeurons aussi sous l’effet  des crises politiques et économiques au Sud de la Méditerranée, en Afrique et au Moyen Orient, alimentant ainsi de nouveaux flux et drames.   

Le livre édité en 2017 et distribué par Dar Ataouhidi  se présente en quatre volets. Il a la particularité de compiler certaines  données pertinentes concernant la migration marocaine avec  des résultats d’enquêtes  effectuées par les chercheur(e)s et les institutions , des données qui n’ont souvent pas eu la chance d’être largement diffusées à ce jour.

La première partie  aborde  la migration marocaine, ses pays de destination et ses caractéristiques,  avec deux articles concernant les cas  italien et espagnol. Dans ce volet,  la définition de crise a été soumise au questionnement, crise de 2009 reflux de l’économie mondiale mais aussi ces soubresauts cycliques qui marquent l’économie mondiale.

L’une des observations pertinentes de cette partie  au niveau des sociétés d’accueil est « la vulnérabilité des étrangers à l’emploi  venant du fait qu’ils occupent déjà les travaux les plus vulnérables aux crises », un vrai challenge pour des sociétés qui prétendent à des valeurs humanistes aux niveaux éthique et social.

En tout cas, si les crises sont cycliques,  la migration quant à elle, est un phénomène bien ancré dans la constance et la continuité … Les Allemands, les Britanniques et les Russes sont parmi les populations les plus mobiles du monde, pourtant leurs pays ne sont pas dans le contexte des pays émetteurs en terme de crise économique. Le monde gagnerait en fait beaucoup s’il pouvait mieux organiser la mobilité –fait ordinaire-des personnes d’une manière plus sereine ; faisant moins appel aux réflexes de la peur et de la  panique.

Autre aspect  que souligne cette partie du  livre est relatif à l’hétérogénéité des statuts de la migration, les ‘‘légaux’’, les saisonniers, les autres… Un article fut également consacré à la migration de retour au Maroc, aspect rarement examiné publiquement dans les débats nationaux mais qui semble se dessiner parfois pour certains « Marocains » de l’étranger ;  on peut se  poser à ce propos la question de son ampleur encore à explorer ….

La migration est plurielle, marquée par la diversité de ses expressions  

La deuxième partie examine l’impact et les effets de la migration sur le développement au Maroc et sur les couches sociales directement concernées, ainsi que sur les migrants étrangers vivant au Maroc in situ et dans leurs pays d’origine. Depuis 2014, le pays a connu  une certaine évolution à ce propos grâce aux efforts de régularisation. Cette partie de l’ouvrage a présenté aussi une étude sur le cas des étudiants marocains à l’étranger, sous les angles de la migration et celui du retour, un aspect intéressant.

La troisième partie  s’est employée à un éclairage sur l’aspect politique, d’une part des  politiques migratoires, dans une dimension  diasporas / développement, et de l’interaction et dépendances entre politique étrangère et politique migratoire avec les accords bilatéraux, le programme européen Frontex, l’externalisation des contrôles… Il a été  aussi question de la  représentation institutionnelle et politique  des émigrés  au niveau des pays émetteurs, une dimension qui déchaine les passions parfois au niveau national marocain …Cette partie a eu aussi la particularité de se pencher sur le cas de l’Afrique du sud.

La quatrième partie  fut consacrée à ce que le livre a libellé sous le format des politiques migratoires transméditerranéennes que je reformulerais par la question suivante : Est-il possible de faire de la protection des droits humains le centre de tous les engagements en matière de mobilité migratoire ?

On retiendra  dans cette partie la critique faite par les auteurs au partenariat pour la mobilité 2014 .Une attitude que le chercheur et activiste tunisien Habib Louizi  a qualifié avec dérision de cet empire romain en danger des vandales ou ce qu’il a appelé « les barbares arrivent » !

Pour des politiques souveraines et participatives.

Le livre  évoque quelques outils en termes de propositions ou de pré conclusions  sur la question migratoire au Maroc, notamment le besoin  pressant d’une gouvernance, d’un système d’information fiable et d’une  gestion des flux  de départs et d’arrivées. On trouve, à la fin de l’ouvrage, un éclairage aussi sur l’Organisation internationale des migrations (OIM) comme étant l’émanation de cette aspiration de la communauté mondiale à un instrument universel pour gérer ce phénomène. On note ainsi l’importance des activités de cette institution au Maroc dans la gestion des statuts des migrants. Bref, le livre a pour avantage d’avoir présenté la topographie de la migration transméditerranéenne  dans son hétérogénéité, sa complexité et la « fatalité » de sa permanence ou continuité. Il a mis également l’accent sur le manque de courage et peut être l’inconscience des Etats vis-à-vis des défis  que le phénomène pose aux diverses politiques publiques. Il  souligne, en conclusion, l’absence de politiques régionales méditerranéennes impliquant tout le monde et l’urgence de faire aboutir cette aspiration.

Par : Bachir Znagui 


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