Les vraies raisons de l’embauche

Les vraies raisons de l’embauche

Auteur : Jean-François Amadieu

Les pratiques de la fonction RH, son évolution, son utilité et ses dérives sont décortiquées dans ce livre aux traits très bien noirs!

Comment se décident les embauches ? De quoi dépendent réellement les salaires ? L’évaluation du personnel est-elle juste ? Pourquoi fait-on carrière ? Quelles sont les véritables raisons des réductions d’effectifs ?... C’est cette série de question qui ouvre le livre de Jean-François Amadieu, DRH, le livre noir. En y répondant, l’auteur spécialiste des relations sociales au travail, lève le voile sur des pratiques courantes discriminatoires qui passent souvent sous silence. « J’ai découvert une bizarrerie française, la question de la discrimination physique n’était pas prise au sérieux ».  Pourtant, et même si cela paraît grossier et inadmissible, en Europe l’aspect vestimentaire ou physique est le premier critère de recrutement !  Mais au-delà de cette ségrégation à l’embauche « le sentiment de discrimination à cause de l’apparence ne se limite pas à l’embauche : les déroulements de carrière, l’évaluation, la détermination des salaires ou le licenciement n’obéissent pas non plus à une simple logique de compétences et de performances », poursuit le directeur de l’Observatoire des discriminations.  

Alors que vous soyez noir ou blanc, gros ou mince, grand ou petit, vous n’aurez malheureusement pas les mêmes chances de trouver du travail à compétence égale. Le diktat du physique et l’éloge du jeunisme ont, d’ailleurs, donné lieu à de nouvelles pratiques : la chirurgie esthétique, le blanchiment de la peau, la lutte contre le vieillissement…et un nouveau business florissant. Quel est le prix de la beauté ?  Se demande d’ailleurs et à juste titre le sociologue. La conclusion est que chaque patron l’évalue selon ses propres critères.

Ce livre n’est pas seulement un lourd plaidoyer des techniques d’embauche mais il agit comme une boite noire, révélant les dessous et le fonctionnement interne et inaccessible de l’embauche et de l’évolution des carrières. Parmi ses démonstrations :  l’inefficacité des techniques de recrutement. Ce n’est qu’en 2000 avec l’arrivée du testing que l’on a pu démontrer  le manque d’objectivité des techniques de tri des candidats. « Personne ne sait en France si les tests sont biaisés au détriment de certaines origines nationales ou en faveur de certaines catégories de la population », explique l’auteur.

Autre facteur important à l’embauche, le relationnel. Aux Etats-Unis, on considère que 15% des écarts de salaires sont dus au réseau d’amis ou de famille. « Etre un « protégé » comme disent les Anglo-Saxons, procure des bénéfices tel meilleur salaire, un succès de carrière et une plus grande satisfaction au travail. Cela va du plus petit employé jusqu’au top management. En France, par exemple, les salaires des patrons dépendent aussi du réseau dont ils disposent au niveau du conseil d’administration.

La littérature du management est aussi riche d’expressions telles : promotion canapé ou encore harcèlement sexuel. Dans un cas comme dans l’autre, ces pratiques passent sous silence et sont bien plus courantes que ce que l’on pense. Selon les sondages 60% des femmes affirment avoir été victimes d’avances répétées malgré leurs refus et 12%  de ces avances sont suivies de chantage !

Le besoin d’un véritable code de déontologie se ressent aujourd’hui malgré tous les gardes-fous qu’on a essayé de mettre.

 

La religion, cet autre obstacle à l’embauche

Lorsqu’on s’appelle Khadidja mieux vaut de se présenter au Secours islamique qu’au  Secours catholique, car c’est Marie qui aura le poste. Ceci est le résultat d’un testing établi en France sur envoi de CV. La discrimination à l’embauche basée sur la logique d’appartenance religieuse est une pratique très ancienne qui n’a pas disparue et qui n’est pas prête de disparaître.

Jean-Jacques Hénaff Patron des célèbres Pâtés Hénaff témoigne : « Je suis de religion catholique, j’ai eu une formation dans une école catholique, j’ai fait partie longtemps des entrepreneurs et dirigeants chrétiens (EDC) et mon père était au Centre français du patronat chrétien (CFPC)…on arrive à connaître des personnes, dans le milieu professionnel, que l’on sait partager les mêmes valeurs ».

Tout cela pour répondre à cette question que nous nous posons tous les jours : Sommes-nous recrutés pour les bonnes raisons ?  Selon ce que nous avons à offrir en matière de compétences ?

Nous savons tous que le monde du travail est loin d’être juste. Il ne repose pas toujours sur les qualifications, en tout cas, pas seulement ou pas toujours.

Dans un tout autre chapitre intitulé ironiquement : " Les DRH font de la figuration, les financiers décident", Jean-François Amadieu arrive aux licenciements. Ce que dévoile une étude publiée par  Les Annales des mines  c’est la forte corrélation entre l’évolution du résultat et les réductions d’effectifs. « Les licenciements économiques ont lieu en certaines périodes de l’année : un pic est observable en juillet et un autre en janvier. Ces deux périodes correspondent en fait à la présentation des budgets en décembre et à leur révision en mi-année », conclut-il. Chaque décroissance induit une baisse des effectifs. Telle est la loi effective du marché du travail et non pas la compétence ou la productivité de l’employé.  

Autre chose prévient Amadieu :  les systèmes des évaluations demeurent flous. En 2011, ceux d’Airbus ont été jugés non conformes aux exigences légales.  Ils semblent, en effet, très ambiguës. « Le problème que posait cette grille d’évaluation est que le salarié qui est parfaitement performant en atteignant ses objectifs peut être évalué comme non performant ». Et le cas d’Airbus  n’est pas isolé.  Les employés sont souvent évalués selon des systèmes opaques.

Au final, a-t-on le salaire ou le poste que l’on mérite ? Rien n’est moins sûr !

On devrait se regarder longtemps devant un miroir, à questionner notre tenue vestimentaire, notre âge, notre religion, la couleur de notre peau avant d’évaluer….nos compétences.

 

Par : Amira Géhanne Khalfallah

 

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