Le plan Maroc vert, c’est quoi au juste ?

Le plan Maroc vert, c’est quoi au juste ?

L’agriculture ressurgit avec force dans les débats internationaux. La flambée des prix agricoles des années 2006-2008, ainsi que le blocage des négociations sur la question agricole au sein de l’OMC, rappellent la sensibilité accrue du marché agricole à l’échelle internationale. Dans ce contexte mouvant, tous les pays et notamment ceux en voie de développement sont appelés à adapter leurs politiques agricoles afin de se prémunir contre l’aléa d’un marché de plus en plus volatile et tendu, et assurer leur sécurité alimentaire. Interpellé par cette situation, le Maroc, pays dont l’agriculture est particulièrement vulnérable, a senti la nécessité d’élaborer une nouvelle vision stratégique pour le secteur agricole, alors que les politiques précédentes n’ont pas pu apporter les réponses adéquates pour lever les contraintes qui handicapent le secteur.

En Avril 2008, lors des premières Assises de l’agriculture tenues à Meknès, le ministre de l’Agriculture Aziz Akhannouch a exposé les grands traits de la nouvelle politique agricole du Maroc devant le Roi MohammedVI. Elle est baptisée «Plan Maroc Vert».  Cette stratégie   vise à faire de l’agriculture le principal moteur de croissance de l’économie nationale dans les 10 à 15 prochaines années. De quoi s’agit-il au juste ? En décodant le plan mis en place par le cabinet Mc Kinsey et en interrogeant décideurs et parties prenantes, voici ce qu’il en ressort.

L’agriculture marocaine: des enjeux socio-économiques colossaux

L’agriculture marocaine est, selon les concepteurs de la nouvelle stratégie agricole, un secteur sur lequel se joue une grande partie de l’avenir du Maroc. Elle représente des enjeux socio-économiques très importants. Sur le plan économique, le secteur agricole a d’abord un impact direct et indirect considérable sur la croissance, dans la mesure où il contribue de 15% à 20% au PIB global. L’agriculture a aussi une contribution potentiellement massive à l’emploi (3 à 4 millions de ruraux travaillent dans le secteur agricole, et entre 60.000 et 100.000 emplois dans le secteur de la transformation agro-alimentaire). Enfin, le secteur agricole a un impact décisif sur les grands équilibres macro-économiques du pays et notamment sur la balance commerciale.

Sur les plans de l’aménagement du territoire et du développement durable, les enjeux seraient multiples. Le premier réside dans la stabilisation de la population rurale et la lutte contre la pauvreté, dans la mesure où cette population représente 49% des ménages du pays - 80% de cette population survit d’ailleurs grâce à l’agriculture. Le deuxième enjeu  concerne l’aménagement du territoire et le développement régional, notamment pour les régions périphériques comme le bour défavorable et les zones oasiennes et montagneuses. Le troisième enjeu porte sur le développement durable, notamment en terme de préservation des ressources en eau, dans un contexte de raréfaction accélérée et de concurrence accrue (l’agriculture consomme aujourd’hui 80% de l’eau au niveau national). Ajoutons à cela un terme important de l’équation, celui de l’enjeu énorme de l’accès à un meilleur rapport qualité / prix offert aux 30 millions de consommateurs potentiels que compte le Maroc (pour garantir une sécurité alimentaire durable).

La déclinaison du plan maroc vert en plans agricoles régionaux

Le 21 avril 2009, le Plan Maroc Vert a entamé sa phase régionale lors des 2e Assises de l’Agriculture à Meknès, avec la signature des 16 plans régionaux. Il s’agit de conventions dans lesquelles les 16 régions s’engagent à enclencher une dynamique de développement spécifique, adaptée à son positionnement géographique et à ses atouts naturels, avec l’implication des parties prenantes. Elles visent à déterminer les mesures et dispositions à entreprendre en vue de concrétiser les objectifs fixés au niveau de chaque région, en respectant l’équilibre entre les deux piliers. Ainsi, chaque plan régional intègre un nombre d’objectifs et des performances précises et chiffrables. Il est également censé favoriser l’émergence d’un nombre important de projets, grâce à un soutien technique et à un accompagnement financier efficaces.

L’agriculture marocaine à la croisée des chemins

Les concepteurs du Plan Maroc Vert admettent que l’agriculture marocaine connaît depuis   20 ans une période de stagnation et souffre d’un déficit de croissance chronique face à l’ampleur des enjeux économiques, sociaux et environnementaux. Ils considèrent de ce fait que le bilan du développement comparé du secteur agricole national par rapport à ses compétiteurs de la rive sud de la Méditerranée reste tendanciellement mitigé et surtout très en deçà de son potentiel latent, encore inexploité. Ils rajoutent que ce bilan est d’autant plus frappant que l’agriculture marocaine possède des atouts intrinsèques certains, qui ont permis d’enregistrer de véritables succès à son actif dans de nombreuses filières agroalimentaires (COPAG, COSUMAR, ANOC, Filière d’export de la tomate…). Ces pôles dits «d’excellence démontrés» représentent selon le Plan Maroc Vert un incontestable potentiel de «réplication» à l’échelle du secteur.

Selon les mêmes propos, la plupart des acteurs du secteur s’accordent pour considérer que l’agriculture marocaine se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins, dans un contexte stratégique et en profonde mutation. Il faudra donc tenir compte : des potentiels et des très larges opportunités de développement, notamment grâce à un marché national dynamique souvent marginalisé ; de l’accélération de la demande globale vis-à-vis des produits du pourtour méditerranéen durant les 15 dernières années; des avantages comparatifs avérés dans les produits clés tels que les fruits et légumes frais et transformés ; d’un coût de main d’œuvre très compétitif ; de l’accès douanier et logistique aux marchés privilégiés que sont l’Europe et les USA. Il faut également envisager les importants facteurs structurels de blocage qui entravent l’amélioration des performances globales du secteur : il s’agit entre autres de pallier la faible capacité d’investissement privé par une implication du système bancaire ; l’absence de circuits de distribution structurés ; les insuffisances en normes de qualité ; le faible niveau de développement des organisations professionnelles ; la fragilité du tissu d’acteurs, très hétérogène et marqué par d’importantes disparités socio-économiques ; les insuffisances du cadre réglementaire, souvent en déphasage par rapport aux choix fondamentaux d’ouverture ; et finalement les points de blocage considérables au niveau des domaines transversaux tels qu’une lourde problématique du foncier, une politique de l’eau insuffisamment maîtrisée et des structures d’encadrement qui gagneraient à être réadaptées.

Un programme de relance ambitieux mais pragmatique

Sur la base du diagnostic du secteur agricole, les grandes lignes du Plan Maroc Vert s’articulent autour de six idées force :

1. Une conviction claire que l’agriculture peut et doit être le principal moteur de croissance de l’économie nationale sur les 10 à 15 années à venir avec des «impacts colossaux» en termes de croissance du PIB (de 70 à 100 MMDH ; PIB agricole x 2), de création d’emplois (1,5 millions d’emplois supplémentaires), d’accroissement de la valeur des exportations (de 8 à 44 MMDH) et de lutte contre la pauvreté (amélioration du revenu agricole de 2 à 3 fois en faveur de 3 millions de ruraux). 

2. Cette agriculture doit être pour tous sans exclusion, grâce à une stratégie différenciée, adaptée à chaque type d’acteur (Pilier I et Pilier II). La nouvelle stratégie agricole doit rompre avec le paradigme traditionnel opposant un secteur moderne à un secteur social

3. Le Maroc se doit néanmoins de traiter le problème de fond de l’agriculture, à savoir le problème de la faiblesse du tissu des acteurs, et ce autour de modèles d’agrégation innovants, en suivant des exemples qui ont fait leurs preuves à l’international et au Maroc.

4. L’investissement privé, accompagné d’une aide publique si nécessaire, est un facteur clé de l’équation. Il permettrait de différencier une agriculture à haute valeur ajoutée, créatrice d’emploi, d’une agriculture à très faible valeur ajoutée. L’objectif est de drainer un investissement annuel de 10 MMDH autour d’une « offre Maroc ciblée».

5. Une approche pragmatique et transactionnelle doit être opérée, par la mise en œuvre concrète, sur le terrain, de 1.506 projets définis sur la base d’un modèle économique ciblé. 6. Aucune filière ne doit être condamnée au Maroc, dans la mesure où toutes les filières peuvent et doivent réaliser le succès escompté: il s’agit ici de donner aux acteurs le maximum de chances de réussir cette mutation sans dogmatisme et en faisant confiance aux acteurs du marché pour ce développement.

La nouvelle stratégie agricole du pays «Plan Maroc Vert» a pour ultime objectif de faire de l’agriculture un moteur majeur de développement économique et social au niveau national. Elle vise la réalisation d’une croissance du secteur autour des filières compétitives, tout en garantissant un accompagnement solidaire des autres filières. Ces deux options majeures constituent les deux piliers de cette stratégie. Le premier consiste à développer une agriculture moderne et performante à haute valeur ajoutée et productive, adaptée aux règles du marché, par la mise en place de multiples investissements privés, organisés autour de nouveaux modèles d’agrégation équitables. Dans le cadre du second pilier, cette stratégie a pour objectif de développer une approche orientée vers la lutte contre la pauvreté, en augmentant d’une manière significative le revenu agricole des exploitants les plus fragiles, notamment dans les zones périphériques (par exemple en bour défavorable).

A côté de ces deux piliers, des actions stratégiques d’ordre transversal seront mises en œuvre. Elles portent notamment sur la gestion accélérée du foncier public et collectif, la gestion rationnelle et durable de l’eau, l’adoption d’une stratégie offensive d’accès aux marchés étrangers (ALE), la modernisation de la distribution (marché national), le renforcement de l’interprofession, ainsi que la réforme du ministère de l’Agriculture et des fonctions d’encadrement de l’Etat.

Le défi de l’exécution : une nouvelle approche, de nouveaux moyens

Pour relever le défi majeur de l’exécution, la nouvelle stratégie agricole sera amenée à procéder à des innovations tant au niveau des approches que des moyens. Concernant les moyens financiers et budgétaires, les pouvoirs publics seront appelés à assurer le financement de près de 68,60 MMDH supplémentaires à mobiliser sur les dix années de réalisation de la nouvelle stratégie. D’autres financements seront assurés à travers la contribution du Fonds Hassan II pour le développement économique et social, ainsi que la mise en place de partenariats de long terme avec les bailleurs de fonds nationaux et internationaux. Concernant les moyens institutionnels et managériaux, il sera procédé à une politique de redéploiement de l’Etat et à une déclinaison des mesures potentielles autour de 4 axes identifiés :

Recours de plus en plus systématique aux partenariats public-privé (PPP) dans les fonctions opérationnelles, notamment par la mise en gestion déléguée de l’irrigation des périmètres de grande hydraulique et à travers l’externalisation des fonctions de vulgarisation et d’assistance technique traditionnellement réservées aux ORMVA (CDA) et aux DPA (CT)). •Renforcement des capacités institutionnelles de l’Etat pour assurer de bonnes conditions de redéploiement, et ce grâce à la mise en place d’une Agence de Développement Agricole (ADA), chargée notamment de la veille stratégique, du «Program management» et de la gestion des transactions (Piliers I et II), et ensuite par la création d’un service dédié à la réglementation et au contrôle de la qualité et des normes sanitaires (l’Office national de la sécurité sanitaire des aliments) en coordination avec le ministère de la Santé. •Promotion de groupements interprofessionnels forts et aux prérogatives larges par la mise en place de (GIPA) nationaux et régionaux sur 5 fronts clés : gestion de l’Agrotech et recherche ; branding et gestion de la qualité ; accès aux intrants et au matériel agricole ; développement des ressources humaines et formation ; export, logistique et containerisation. • Refonte des processus de gestion interne du ministère de l’Agriculture par des efforts de rationalisation des processus de gestion au sein du ministère et une politique de recrutement de hauts potentiels pour insuffler une nouvelle dynamique en interne.

La déclinaison du plan maroc vert en plans agricoles régionaux

Le 21 avril 2009, le Plan Maroc Vert a entamé sa phase régionale lors des 2e Assises de l’Agriculture à Meknès, avec la signature des 16 plans régionaux. Il s’agit de conventions dans lesquelles les 16 régions s’engagent à enclencher une dynamique de développement spécifique, adaptée à son positionnement géographique et à ses atouts naturels, avec l’implication des parties prenantes. Elles visent à déterminer les mesures et dispositions à entreprendre en vue de concrétiser les objectifs fixés au niveau de chaque région, en respectant l’équilibre entre les deux piliers. Ainsi, chaque plan régional intègre un nombre d’objectifs et des performances précises et chiffrables. Il est également censé favoriser l’émergence d’un nombre important de projets, grâce à un soutien technique et à un accompagnement financier efficaces.


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