La croissance oui , mais laquelle ?

La croissance oui , mais laquelle ?

Auteur : Joseph E. Stiglitz

Dans un langage simple et accessible, le prix Nobel de l’économie Joseph E. Stiglitz nous livre, Le prix de l’inégalité et ce n’est pas celui que l’on croit !

Ce livre d’économie est construit comme une chronique politique. Le récit commence par un retour sur les révolutions arabes, l’indignation des peuples et l’expansion des soulèvements populaires. Ce sentiment d’iniquité et d’injustice partagé par la majorité ne se restreint pas à ces quelques zones géographiques. En Espagne « Los indignados » font écho à  Occupy Wall street aux Etats-Unis…Partout dans le monde, des voix résonnent pour dénoncer les injustices sociales. Pour l’économiste, tous ces mouvements se rejoignent et notre système actuel est arrivé à épuisement.  

Aux Etats unis, le mouvement s’est agrandi et a choisi pour nom : Les 99 %, en référence à un article de Stiglitz « Du 1%, pour le 1%, par le 1% ».

D’Orient en Occident, le monde vit la même crise. « Les marchés ne fonctionnent pas comme ils sont censés le faire, puisqu’ils ne sont à l’évidence ni efficaces, ni stables, le système politique ne corrige pas les échecs du marché ; et les systèmes économiques et politiques sont fondamentalement injustes ».

Ceci-dit, même lorsque les marchés sont stables, le problème n’est pas résolu pour autant : le système est foncièrement inégal. C’est la crise financière qui en a fait la démonstration. La facilité avec laquelle les banquiers s’en sont sortis et la difficulté des populations à vivre a été le point de départ d’une remise en question du système en place.

Mais la crise est-elle financière ? Ou que financière ? Absolument pas. Nous vivons d’abord une crise de valeurs. « Dans le secteur financier et dans bien d’autres secteurs, la boussole éthique de très nombreux professionnels s’est déréglée. Quand le changement des normes d’une société fait perdre leur cap moral à tant de gens, cela en dit long sur cette société », commente l’auteur.

Par ailleurs nous savons que même lorsqu’il y a croissance, elle ne profite pas à tout le monde. Nous n’avons qu’à voir le taux de chômage aux quatre coins de la planète, que ce soit aux Etats-Unis, en Europe ou dans les pays arabes. Seuls les privilégiés (les 1%) continuent d’en profiter. La majorité des peuples continue à vivre dans la pauvreté.

Ce qui pause problème aujourd’hui n’est pas l’offre mais la demande et plus exactement l’insuffisance de la demande. Stiglitz  inverse le problème : « Quand la demande globale sera suffisante pour que nos ressources soient pleinement utilisées –ce qui remettra l’Amérique au travail- l’offre va compter. C’est l’offre et non la demande qui sera alors la contrainte  ».

Il propose  par ailleurs d’augmenter les impôts pour les entreprises qui n’investissent pas et de les diminuer pour celles qui en font au lieu de la diminution d’impôts pour tous. Pour le prix Nobel de l’économie le challenge n’est pas de rétablir la croissance mais de savoir quel type de croissance à rétablir.

 

Au pays de l’inégalité, le banquier est roi

Dans ce monde où l’inégalité règne en maître absolu, il y a « sous investissement dans le bon fonctionnement de notre démocratie » et les conséquences sont graves. La politique est indexée. Tous nos maux viennent de là.  Le financement des campagnes électorales en est une des preuves les plus flagrantes. 

Repenser ce système semble urgent et nécessaire. Il est en effet, essentiel et vital pour les démocraties de limiter le rôle et l’ampleur des entreprises dans les financements des campagnes présidentielles.

Autre proposition de l’auteur : remodeler les forces du marché à partir d’un nouveau modèle politique. L’équation est simple, en voici une démonstration : « Les 99% pourraient  prendre conscience qu’ils ont été dupés par les 1%, que ce qui est dans l’intérêt du 1% n’est pas dans leur intérêt. Le 1% a travaillé dur pour convaincre la société qu’un autre monde n’est pas possible ».

Ce qui justifie le diktat des 1% a souvent été le célèbre : On gagne plus quand on apporte plus à la société. On a bien vu grâce à la crise des subprime que cela ne se justifie absolument pas et que ceux qui ont ruiné les Américains avec des prêts hypothétiques s’en sont sortis avec le plus d’argent. De toute évidence, les arguments de l’inégalité sont multiples et on la peau dure.

La financiarisation de l’économie, c’est-à-dire la croissance de la part du secteur financier dans le revenu total d’un pays a augmenté la part d’inégalité. Il devient aujourd’hui indispensable de régulariser les banques, de poser des lignes rouges, de limiter les prêts prédateurs, fermer les paradis fiscaux offshore, rendre les banques plus transparentes… en clair, arrêtez les excès. Tout le monde connaît les conséquences de ces pratiques et pourtant, elles continuent d’exister. « Nous avons vu les distorsions que la déréglementation et les subventions cachées et ouvertes de l’Etat ont infligées à l’économie : Elles ont élargi le secteur financier, mais aussi ses capacités à transférer l’argent de bas en haut. Inutile de connaître le pourcentage précis d’inégalité qu’il convient d’attribuer à la financiarisation pour comprendre qu’il faut changer de politique ».

Pour faire face à la crise, les politiques macroéconomiques et monétaires ont soutenu le principe d’inégalité. Le modèle qu’on nous a toujours vendu n’a plus lieu d’être. Aujourd’hui, ce n’est plus aux politiques de décider. Il est grand temps que les  99% prennent les choses en main et s’imposent dans le système.  

 

Par : Amira Géhanne Khalfallah

 

Joseph E. Stiglitz

Prix Nobel d’économie

LLL Les liens qui libèrent

509 pages, 250 DH 


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