Koç, histoire d'un groupe pionnier

Koç, histoire d'un groupe pionnier

Mastodonte dont les ramifications s’étendent de l’énergie à l’automobile, en passant par les biens de consommation courante, la finance, l’informatique ou encore le tourisme, Koç  symbolise l’histoire d’une réussite familiale exemplaire. En plus de 85 ans, trois générations se sont  succédé à la tête d’un empire, qui pèse aujourd’hui 39,6 milliards d’euros d’actifs et compte 73 000 salariés.

En 2010, le conglomérat turc a enregistré un chiffre d’affaires d’environ 27 milliards d’euros (+34%) et un résultat net en hausse de 28% à 1,58 milliard. Un poids comparable à celui du groupe français Bouygues. C’est aussi près de quatre fois le chiffre d’affaires de l’Egyptien Orascom et dix fois celui du holding marocain ONA, avant son absorption par la SNI. Près de 21% de ses revenus sont issus des exportations et des opérations internationales. Depuis 2009, Koç holding est la seule société turque à figurer dans la liste Fortune Global 500, en 273ème position.

La première voiture...

Fondé en 1920 par Vehbi Koç, le holding est aujourd’hui aux mains de Mustapha Koç, l’un de ses trois petits-fils. Self-made-man aujourd’hui disparu, Vehbi Koç, fils d’épicier à Ankara, a démarré dans le commerce très jeune, avant de devenir le représentant à Ankara de sociétés comme Ford et Standard Oil (Mobil). C’est au cours d’un voyage aux Etats-Unis, entrepris après la Seconde Guerre mondiale, que Vehbi Koç, impressionné par la réussite américaine, convainc General Electric de monter une usine de fabrication d’ampoules en Turquie. L’aventure industrielle démarre.

Dans les années 50, l’homme d’affaires investit dans l’automobile, le textile, les boissons, les biens de consommation (électroménager, radiateurs, appareils électroniques). Il crée en 1963 le premier holding de Turquie, Koç Holding. Trois ans plus tard, l’Anadol, la première voiture mise au point par des ingénieurs turcs et financée grâce à un prêt public, sort des chaînes de montage. En 1967, Vehbi Koç signe un accord avec Fiat pour monter une nouvelle usine automobile en Turquie et développe les partenariats à l’international. Dans les années 70, il se lance dans la grande distribution, en rachetant Migros Türk, l’une des premières chaînes de supermarchés en Turquie.

Au cours de ces années, Koç va contribuer à industrialiser le pays et faire entrer la société dans l’ère de la consommation. Sous sa bannière, Koç lancera en Turquie la première voiture, le premier tracteur, la première machine à laver, le premier réfrigérateur…, tous des biens fabriqués localement. L’une des clés du succès : les efforts consentis dans la recherche et développement dès le milieu des années 70.

Vehbi Koç fait également dans le social, avec des fondations dans les secteurs de l’éducation, de la santé et de la culture. Démocrate, fortement impliqué dans le développement de la Turquie, Vehbi Koç avait pour leitmotiv : «J’existe, tant que mon Etat et mon pays existent».

Après avoir pris sa retraite en 1984, il transfère les commandes à son fils aîné, Rahmi. Ce dernier officiera comme président du groupe avant de céder sa place à son propre fils, Mustapha Vehbi Koç, en 2003. Au cours des années 90, le groupe Koç se déploie dans la finance, en rachetant les parts de son partenaire American Express Company : Koçbank voit le jour. Le groupe constitue ensuite une joint-venture avec le groupe italien UniCredit.

Après l’Europe, l’Irak

En 2008-2009, la Turquie est frappée de plein fouet par la crise financière et économique mondiale. Dans son sillage, le secteur automobile, premier contributeur du commerce extérieur, trébuche. Mais cela n’entame en rien les projets de Koç, qui ouvre en partenariat avec Renault Trucks une nouvelle usine de camions dans la province de Bursa. Coût de l’investissement : 25 millions d’euros.

Dès 2010, la Turquie retrouve le chemin d’une croissance soutenue, avec un taux d’environ 9%. Elle se positionne désormais comme un nouveau BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), pays émergent aux vastes ambitions, à l’instar de la Corée du Sud, de l’Indonésie et du Mexique. Longtemps tournée vers l’Ouest, la Turquie lorgne désormais du côté de l’Iran, de l’Irak et du continent africain. Koç a fait sienne cette stratégie et entend bien diversifier au maximum ses marchés pour limiter l’impact des fluctuations économiques régionales. Outre la Turquie, le puissant conglomérat est largement présent en Europe (Allemagne, France, RU, Espagne, Italie, Pays-Bas, mais aussi Slovaquie, République tchèque, Autriche, Roumanie, Pologne), en Russie et en Chine. En 2010, le holding a ouvert un hôtel Divan près de l’aéroport d’Erbil, grande ville kurde au nord de l’Irak. Le groupe inonde également ce nouveau marché en biens électroménagers, via sa filiale Arçelik.

L’énergie, plus de la moitié de l’activité

Aujourd’hui, Koç est le plus grand groupe industriel de Turquie, en termes de chiffre d’affaires, d’employés, mais aussi à l’export. Le conglomérat coiffe près de 80 sociétés. Coté à la bourse d’Istanbul, sa capitalisation de marché a atteint 12 milliards de dollars fin 2010, la plus haute valorisation boursière en Turquie. 78% du capital flottant est actuellement détenu par des investisseurs étrangers ; un niveau historique. En moyenne, le holding a connu une croissance de 31% (en dollars) au cours des cinq dernières années. Outre ses positions de marché dominantes dans des secteurs grand public, son réseau de distribution est le plus important de Turquie avec plus de 12 000 points de contact.

Par branche, le secteur énergétique (électricité, gaz, produits pétroliers) représente aujourd’hui 58% de l’activité de Koç. Le groupe turc fournit notamment 65% de la demande domestique en fuel, en plus d’être le 5ème distributeur de GPL (gaz de pétrole liquéfié) en Europe. Avec Tüpras, Koç détient l’entière capacité de raffinage du pays et répond à 70% des besoins nationaux.

Dans le pays, le processus de privatisation d’entreprises d’électricité se poursuit, suscitant l’intérêt de groupes locaux et étrangers. Dans ce contexte, Koç et la compagnie américaine AES ont conclu un accord fin 2010, afin de créer une coentreprise, AES-Entek, chargée de développer et d’exploiter des projets de production d’électricité, utilisant le gaz naturel, le charbon, l’hydroélectricité et l’éolien. Objectif : figurer, à l’horizon 2015, parmi les cinq plus importants producteurs d’électricité indépendants en Turquie. Les deux sociétés entendent profiter de la position de la Turquie en tant que corridor énergétique pour l’Europe, le Moyen-Orient et la Russie.

De leur côté, les sociétés automobiles du groupe Koç comptent pour 48% de la production automobile totale du pays et autant pour les exportations. Des partenariats solides ont été noués depuis fort longtemps avec de grands constructeurs mondiaux comme Ford et Fiat. Malgré la crise qui a fortement ébranlé le marché automobile mondial, Koç entend maintenir son avantage comparatif en poursuivant les investissements, initiant des projets à l’export avec de larges économies d’échelle et en augmentant la R&D. L’objectif étant de servir de hub de production pour plusieurs marques. Dans l’usine de Tofas, Koç et Fiat coopèrent avec le français PSA pour fournir les Citroën Nemo et Peugeot Bipper. Dès la fin 2011, Fiat, Koç et General Motors entameront une nouvelle coopération dans les petits utilitaires.

Leader en Turquie pour la vente de biens de consommation durables, comme l’électroménager, la TV, les appareils à air conditionné, Koç est aussi le troisième fabricant en Europe, s’appuyant sur ses usines en Turquie, en Roumanie, en Russie et en Chine.

Dans la finance, Koç a favorisé l’implantation du groupe bancaire italien UniCredit, avec lequel il a conclu une joint-venture, afin de prendre le contrôle de Yapi Kredi, quatrième plus grande banque du pays. Yapi Kredi sert 6 millions de consommateurs.

Le conglomérat est par ailleurs présent dans le tourisme, via des hôtels et des sites de réservation en ligne, dans le BTP, la construction de bateaux, la fabrication de logiciels, dans la production agricole et l’agroalimentaire, ainsi que dans le retail. Koç est ainsi le premier en Turquie à avoir lancé des supermarchés en ligne.


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