Difficile décollage pour le Royaume

Difficile décollage pour le Royaume

Auteur : Abdelmalek Alaoui

Sous la direction de Bouchra Rahmouni Benhida l’Association marocaine d’intelligence économique -think tank généraliste - publie un ouvrage intitulé : Le Maroc stratégique.  Un livre qui expose un diagnostic global de la dynamique économique poursuivie par le pays ces dernières décennies.  

Les chercheurs analysent avec clarté les défaillances et les manques à gagner de l’économie marocaine. Un des points soulevés dans cette étude est le taux de croissance. Selon la banque mondiale ce dernier devrait atteindre les 6% pour lutter contre la grande pauvreté au Maroc. Les auteurs de ce livre proposent, en revanche, une croissance à deux chiffres (10%) pour pouvoir réaliser un véritable « décollage économique ». Ce qui est selon leurs estimations tout à fait jouable  sur une décennie. Mais beaucoup d’efforts et de réalisations restent à faire !

Le groupe de réflexion s’est concentré, par ailleurs, sur la période : 1999-2009. Première décennie du règne de roi Mohamed VI. Mais pour mieux comprendre le contexte actuel, un retour aux années soixante s’avère utile. La mise en perspective des performances de l’économie marocaine sur la période : 1960-2010 nous permet de constater une accélération de la croissance du PIB pendant les deux dernières décennies par rapport aux trois précédentes. « Ce qui pourrait laisser penser que le Maroc est bien entré dans une dynamique d’émergence ». Mais les auteurs de cette étude restent prudents. « Une analyse plus fine de cette sous-période est nécessaire avant d’en tirer les conclusions. De plus avec 4% par an de croissance du revenu par habitant, le niveau atteint reste encore insuffisant ». A titre d’exemple, des pays émergents telle la Corée du Sud ou Taïwan sont entre 6 et 7%  et nous sommes loin du compte.

Un des problèmes majeurs du Maroc est le règne de l’informel qui se situe tout autant au niveau microéconomique que macroéconomique. Les causes du premier seraient imputées aux charges patronales trop lourdes (selon les entreprises) et dissuasives. Ce qui les pousse à ne pas déclarer leurs activités. Quant aux raisons macroéconomiques, elles sont dues à l’insuffisance de création d’emplois dans le secteur formel. Ce qui constitue un frein à la dynamique économique du pays. Cela se traduit par ailleurs, par l’incapacité à évaluer des revenus. Selon une étude du HCP, (conduite en 2007), « 2,2 millions d’actifs au Maroc travaillent dans le secteur de l’informel, générant 14% du PIB.    Cela représente 37% de l’emploi non agricole total.

Selon une autre étude de la banque mondiale, il s’agit de 80%. Rien qu’à cet écart d’appréciation, on se rend compte de l’ampleur du drame !

Par ailleurs, l’économie marocaine est à la fois dépendante du secteur primaire et en voie de « tertiarisation ». Si l’on revient sur les deux décennies précédentes (ce qui coïncide avec le lancement de réformes structurelles), l’économie marocaine reste toujours tributaire du secteur agricole « tout en connaissant une tertiarisation rapide, si ce n’est précoce ». Toutefois le pays n’a pas réussi une industrialisation massive, à l’instar d’autres pays émergents, comme la Thaïlande ou la Malaisie. A terme « le pays risque de tomber dans une trappe à revenu intermédiaire (middle income trap) se traduisant par un ralentissement de la croissance et un blocage des indicateurs de développement ». 

 

Ce qui tire vers le bas

Vu par la lorgnette sociale, le défi est le même. « Bien que des progrès aient été accomplis depuis l’indépendance, le Maroc possède un indice de développement humain (IDH) de 0,582, ce qui place le Maroc au 130ème rang mondial sur 186 pays ».

Mis à part un taux de mortalité élevé, un revenu brut par habitant assez bas…etc…le taux de scolarisation n’a pas évolué et les répercussions de cette stagnation sont lourdes de conséquences. En résonnance à ce déficit, le secteur de l’emploi creuse davantage les inégalités entre les hommes et les femmes. « Ces dernières ne participent qu’à hauteur de 26 % au marché  du travail contre 80% pour les hommes »

Autre douleur que porte le Maroc dans sa chaire comme une gangrène, la corruption. Selon Transparency international, le royaume est classé 85ème sur 178 pays étudiés. « La corruption reste répandue dans le secteur public qui est le premier investisseur du Royaume. La lutte contre la corruption ne peut se décréter. Elle nécessite surtout un cadre de transparence où les marchés sont attribués suivant un processus public et où chacun peut dénoncer les manquements aux règles. En d’autres termes, elle suppose des contre-pouvoirs forts ».

Le livre termine sur une analyse de la directrice des travaux Bouchra Rahmouni Benhida. Un texte optimiste et réaliste à la fois. Une fine analyse de la chercheuse permet de remettre les choses à leur place.

Si elle revient sur les grands chantiers et les réalisations du pays, elle explique bien la trajectoire du développement, qui ne vient pas de la classe politique mais de l’institution monarchique. Les changements non pas radicaux mais graduels de la société marocaine viennent du haut (top-down) comme tel a été le cas pour projet : Instance équité et réconciliation ou encore la réforme du code du statut personnel.

Le second mouvement est intéressant à analyser. Il s’agit du bottom-up et « a démarré au milieu des années 2000 avec la montée de l’action revendicatrice issue des médias et  de la société civile, jusqu’à l’arrivée du mouvement du 20 février à la suite du déclenchement des révolutions arabes ». En clair, le Maroc avance vers la croissance mais les objectifs sont loin d’être atteints. Le pays devrait se concentrer davantage sur le

renforcement de ses atouts économiques et sociaux. Le plus urgent selon les chercheurs semble « la refonte de la chaîne administrative pour mettre en place des réformes structurelles ».

Pour cela il faudrait se focaliser davantage sur l’Humain, l’Institution et la Région. 

 

Par : Amira Géhanne Khalfallah

 

Le Maroc stratégique

 

Préface Abdelmalek Alaoui

Casa Express édition

204 pages.

100 DH.

 

 


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