Écoles de commerce : un business

Écoles de commerce : un business

Auteur : Zeil

Ancien enseignant en Sup de Co, le dessinateur Zeil décortique avec un humour grinçant le fonctionnement des écoles de commerces. Panorama au vitriol.

 

Vous avez décroché une des écoles de commerce du Top 10 ? Continuez ! Sinon, réfléchissez sérieusement avant de vous inscrire ailleurs, notamment dans une « Sup de co ». C’est le message d’un ancien enseignant de Sup de co, aujourd’hui installé aux Etats-Unis, qui a choisi la BD pour rédiger ce guide acerbe et plein d’humour. Ce qu’il dénonce surtout, c’est le caractère commercial du fonctionnement de ces écoles, qui trouvent tous les moyens de soutirer de l’argent à leurs inscrits sans en contrepartie fournir les garanties d’un enseignement de qualité.

Fil conducteur dans ce récit aux dessins incisifs : Gaëtan et Gaëlle, et leurs amis issus de familles aisées, fêtards invétérés et jeunes bobos en mal de découvrir le monde. Mais l’esthétique n’est pas le propos de ce livre, et les personnages sont le prétexte à une description méthodique du fonctionnement d’une Sup de Co type, et surtout de ses chausse-trappes. On commence par son matériel promotionnel, plaquettes, annonces de partenariats, communiqués de presse… C’est que « dans une situation concurrentielle difficile, il faut savoir attirer le consommateur avec la promesse d’une expérience « fun » digne d’une agence touristique. » Cette candidate affirmera donc : « Je veux intégrer votre sup de co car on part en stage à l’étranger dès la première année et on y revient seulement en dernière année pour la remise du diplôme. » On promet des parcours « internationaux » grâce à des cours en anglais… dispensés par des professeurs parfois loin d’être anglophones. Autre argument alléchant : la participation aux événements humanitaro-sportifs, en fait prétextes à faire du tourisme. Et puis il y a la marque de l’école à marketter, soit en soulignant le caractère international, soit une vocation high-tech, soit une responsabilité sociale. Quelle que soit l’option, il s’agit de grassement la monnayer : « On n’est pas si loin des prix d’une université aux États-Unis… pour un « retour sur investissement » bien inférieur », peste un parent. Et Zeil d’ironiser sur l’ajout du mot international dans les intitulés de tous les cours, quand de fait, l’internationalisation est celle des étudiants de familles étrangères fortunées, même s’ils n’ont pas le niveau requis voire ne parlent pas la langue…

 

Ethique élastique

 

Ce qui pose problème, c’est que la pression de la concurrence amène certains établissements peu scrupuleux à considérer leurs étudiants comme des clients et à rogner sur les exigences académiques. Zeil démonte « la comédie des accréditations » : « Avant d’accréditer une école, l’AACSB [Association to advance collegiate schools of business] lui demande de s’auto-évaluer sur différents critères, puis cette auto-évaluation est vérifiée par un « comité AACSB » constitué de trois anciens directeurs généraux d’écoles de commerce », choisi dans une liste fournie par l’école elle-même ! L’auteur pointe également du doigt le recrutement des enseignants : « L’enseignant-chercheur est à la sup de co ce que la vitrine est à une boutique : il est là pour attirer le chaland, en donnant un vernis de respectabilité universitaire à l’école. » Or, le mode d’évaluation des enseignants chercheurs étant la publication d’articles académiques, c’est l’enseignement et la disponibilité pour les étudiants qui en pâtit : « La direction d’une sup de co récompensera un prof qui publie de façon conséquence en réduisant sa charge de cours. Corollaire direct : les profs finissent par percevoir leur charge d’enseignement comme une punition… » Et la situation financière fait qu’il n’est pas possible de recruter des enseignants-chercheurs pour ne leur confier que la matière de pointe dont ils sont spécialistes : on leur demande donc « d’enseigner en dehors de leur véritable domaine d’expertise ». Ou alors, on recrute des vacataires. Il y a aussi le « professeur visitant », souvent casquette masquant son aspiration à faire du tourisme, voire l’administratif sans aucune formation à l’enseignement… Zeil souligne aussi la prétendue mise en avant de l’importance accordée à la recherche par des directeurs d’établissements qui sont avant tout des managers et ne s’intéressent qu’à « la ligne « Bénéfice » dans le compte de résultat de fin d’année. » Sans oublier les pratiques carrément anti-déontologiques : « Encore plus fort : la direction pipe les dés en mettant sur pieds un système de « pay for play » qui permet de donner le qualificatif de « professeur qualifié académiquement » à certains enseignants-chercheurs ». Quant à l’enseignement, il est sujet à des modes, dont celle des « cours non-académiques », de développement personnel, de « vibracorps » (pour relâcher la tension en faisant vibrer son corps…). Aux cours magistraux « forcément chiants », on substituera des activités pratiques, ou « expérimental Learning », avec si possible des intitulés « sexy » : « apprendre la comptabilité avec Candy Crush »… Zeil alerte également sur l’envers du numérique : une façon d’occuper des élèves trop nombreux par rapport aux places dans l’école, ou de se faire des marges faramineuses en automatisant les cours de langue. Il s’intéresse enfin aux débouchés, souvent peu brillants au regard du coût de la scolarité : stages photocopie ou emploi par piston.

Un tour d’horizon qui rappellera des souvenirs à certains, et aura le mérite de mettre en garde efficacement les candidats futurs…

 

Par : Kenza Sefrioui

 

Sup de Cons, le livre noir des écoles de commerce

Zeil

La Différence, 48 p., 200 DH


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