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Articles Economia
Par : Mounia Bennani-Chraibi en Juillet 2011


Jeunes et engagement: pas d'immaculée conception

Discuter avec des jeunes au parc Yasmina au cœur de Casablanca un samedi après-midi du printemps 2011 me replonge dans le souvenir des premiers entretiens réalisés avec des jeunes dans le même espace vert, vingt ans plus tôt. Si le lieu n’a pas subi de métamorphose, ses occupants juvéniles ne présentent plus aucun air de famille avec les «soumis et rebelles» d’alors. Une mixité décomplexée. Des looks reflétant une individualité stylisée et conquérante. Une parole débridée. Nul besoin de multiplier les gages pour dissocier l’enquêtrice de l’agent du Makhzen. Au bout de quelques minutes, les 16-19 ans croisés se laissent photographier et enregistrer, évoquent Dieu, le roi, la sexualité, sans trahir le moindre sentiment de transgression. Faut-il pour autant parler en termes de ruptures générationnelles ?

Trop souvent, «jeunesse» et «génération» sont facticement homogénéisées. Et tout aussi fréquemment, une vision cyclique des protestations se dégage, opposant un «avant» et un «après», «l’ancien» et le «nouveau», donnant l’illusion d’un enchaînement successif de générations militantes distinctes, les unes chassant les autres : nationalistes, marxistes, islamistes, «apolitiques» ou «société civile», etc. C’est nier l’existence de plusieurs jeunesses au sein de «la jeunesse». C’est ignorer la variété des rencontres possibles avec le politique au sein de chaque génération. C’est occulter les phénomènes de latence et de reconversion des engagements, les contingences de la circulation des expériences, et last but not least le poids des multi-positionnements.

Ici, il s’agit d’attirer l’attention sur les continuités derrière les discontinuités, sous deux angles en particulier : la transmission des expériences et des savoir-faire militants, la prégnance des vecteurs classiques de la socialisation politique.

Au fil des transmissions militantes intergénérationnelles

Les engagements d’aujourd’hui s’inscrivent clairement dans un champ politique reconfiguré par les luttes des générations militantes précédentes. Lorsque la répression est généralisée, à l’instar d’un pays comme la Syrie, toute connexion entre les générations militantes est entravée. En revanche, au Maroc, l’autoritarisme s’est suffisamment libéralisé pour favoriser l’éclosion de tribunes médiatiques nationales, la densification du tissu associatif, la démultiplication des mouvements sociaux. Dans ce contexte, des opportunités de participation se sont ouvertes pour l’ensemble des générations en présence, produisant ainsi les conditions d’une transmission intergénérationnelle des expériences et de savoir-faire militants réinventés.

Au-delà des discours de disqualification sur le «détournement» ou la «récupération», le Mouvement du 20 février reflète, sous divers aspects, les accumulations engrangées dans une pluralité de lieux, estampillés «politiques» ou non. Il rappelle, de même, d’autres tentatives de surmonter la fragmentation du champ politique marocain.

Pendant l’été 1991, pour la première fois, des jeunes diplômés chômeurs sans appartenance politique, islamistes, de gauche et d’extrême-gauche renoncent à s’affronter au sujet de leurs convictions religieuses ou de leur position par rapport au Sahara pour défendre leur droit au travail. A leur tour, des causes «arabes» ou «islamiques» favorisent des collaborations transcendant les clivages idéologiques.

Une autre filiation se dessine du côté des expérimentations du politique autrement, fruits des rêves révolutionnaires avortés des années 1960 et 1970. S’observe alors une prolifération de causes sectorielles plus ou moins «a-politisées» (des droits humains à l’électrification). A chaque fois, il s’agit de rassembler autour du plus petit dénominateur commun, de privilégier le «concret» au détriment des grands discours.

Le caractère émietté de ces mobilisations, l’adoption par l’Etat de la nouvelle orthodoxie internationale en matière de développement et de «style participatif» ont conduit à penser qu’après avoir désamorcé le champ politique, la monarchie est parvenue à apprivoiser la sphère associative. Pourtant, et quelle que soit son issue, le Printemps marocain de 2011 laisse entrevoir le phénomène inverse : dans un processus d’accélération, des actions et des réseaux à la fois éparpillés et «a-politisés» sont susceptibles de s’agréger et de se «politiser». Si les révolutions tunisienne et égyptienne ont provoqué un déclic, contribuant à élargir les horizons du pensable et du faisable, le Mouvement du 20 février n’en puise pas moins ses racines dans toutes sortes de socialisations plus ou moins «politiques».

Auteur
Mounia Bennani-Chraibi
Mounia Bennani-Chraibi
Politologue, spécialiste du monde arabe. Mounia Bennani-Chraïbi est professeur associé à l'Institut d'études politiques et internationales de l'université de Lausanne (Suisse).... lire la suite

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