Vulnérabilité des femmes sur le marché du travail

Vulnérabilité des femmes sur le marché du travail

La situation des femmes sur le marché du travail représente un enjeu important du développement humain compte tenu de son impact à la fois sur la croissance et  le développement. Cette position ne renvoie pas uniquement à leur situation professionnelle ; elle renseigne aussi sur la place des femmes dans la société, et ceci en raison de l’enchevêtrement entre les logiques sociale, économique et culturelle qui sont au cœur du travail des femmes. Pour apprécier cette situation, un certain nombre d’indicateurs peuvent être explorés : l’accès des femmes à l’emploi et le chômage qui les affecte, les  statuts sous lesquels elles sont mobilisées, les secteurs d’activités dans lesquels elles sont les plus nombreuses - souvent les plus soumis à l’informatisation - et leur présence dans le secteur informel.

Des avancées  sur le plan juridique.

Le Maroc a ratifié nombre de conventions internationales allant dans le sens de la non-discrimination au travail entre les hommes et les femmes, dans l’objectif  d’harmoniser l’arsenal juridique avec les instruments internationaux et notamment la CEDAW. De même, des réformes sont  introduites par le Code du travail (2004) qui précisent les conditions de travail et les améliorations dans l’accès à l’égalité entre hommes et femmes.

Activité et chômage

Depuis les années 90, la tendance à la montée des taux d’activité des femmes est révélatrice d’une avancée des normes sociales qui régissent le comportement vis-à-vis de leur travail. Reste que leur participation au marché du travail demeure limitée et les écarts selon le genre apparaissent encore profonds. En 2009, le taux d’activité des hommes est de 75,3% ; il n’est que de 25,8% pour les femmes (Objectifs du Millénaire pour le développement - OMD 2009), ce qui signifie qu’un actif sur quatre seulement est une femme.

Au niveau de l’emploi,  les écarts sont encore importants. Le taux d’emploi des femmes au niveau national est estimé à 24,4% (contre 68,7% pour les hommes), avec des écarts plus prononcés dans le milieu urbain (15,5% seulement contre 61,6% pour les hommes).

Les écarts entre hommes et femmes se retrouvent également quand on aborde les situations de chômage. En dépit d’une féminisation de la population active, les femmes  sont plus fortement et plus durablement touchées par le chômage que les hommes ; un chômage qui résiste plus à la reprise économique, révélant ainsi de plus grandes  difficultés à s’insérer sur le marché du travail. En 2009, le taux de chômage urbain est de 19,8% pour les femmes contre 12,1% pour les hommes1.

Par ailleurs, le chômage continue à affecter particu-lièrement les jeunes femmes entre 25 et 34 ans, plus particulièrement dans le milieu urbain. Le taux relatif à cette catégorie est supérieur aux autres tranches d’âge et à la moyenne nationale. Or, c’est dans cette catégorie que le chômage est le plus préoccupant, là où le taux d’occupation est traditionnellement élevé. Il faut ajouter que les taux de chômage croissent avec les niveaux d’instruction, en particulier pour les diplômées du supérieur qui trouvent plus de difficultés à accéder au marché du travail. Au-delà,  l’accès des femmes au marché du travail se heurte aussi à des normes sociales et des logiques de genre qui font que le chômage des femmes est  plus toléré socialement  que celui des hommes.

La promotion dans l’emploi

Une tendance positive montre que les femmes accèdent de plus en plus à certains postes élevés de la hiérarchie professionnelle. L’instruction a contribué à améliorer l’accès des femmes à des emplois plus qualifiés. Cependant,  l’importance du chômage des diplômées du supérieur demeure révélateur d’une sous-représentation dans certains secteurs et aux postes décisionnaires. En 1985, 83% des femmes diplômées du supérieur trouvent un emploi, alors qu’en 2001, elles ne sont plus que 47%.

La ségrégation verticale révèle que les possibilités d’accès à des postes élevés de la hiérarchie professionnelle restent limitées. Et cela est vrai pour le secteur privé comme pour le secteur public. En effet, malgré  l’augmentation du nombre de femmes diplômées du supérieur, la faiblesse des postes occupés dans les fonctions de direction et de décision au niveau des instances étatiques demeure prégnante. Les femmes qui ont accédé au gouvernement sont passées de trois en 1993, à sept en 2007 pour retomber à cinq en 2009, soit seulement 15% de l’ensemble des ministres. Les femmes sont aussi présentes au Parlement où elles représentent 10,5% du total contre  0,7% en 1997.

Des emplois précaires

Au-delà du chômage, une analyse plus détaillée des tendances du marché du travail pour les femmes montre que c’est la précarisation de leurs conditions de travail qui prévaut. Le statut dans l’emploi et la concentration des femmes dans certaines branches et secteurs, sont des indicateurs de cette précarité.

Le premier tableau indique que les aides familiales non rémunérées concernent plus les femmes que les hommes. En revanche, le salariat - qui signifie en principe protection, stabilité et régularité des revenus - représente moins de la moitié des travailleurs et concerne davantage les hommes que les femmes (45,9% des hommes et 35,6% des femmes). Les femmes participent moins à l’activité à titre d’employeur. Ce statut, dont les attributs sont les capacités de gestion, d’autonomie et de responsabilité, ne concerne qu’une minorité d’entre elles.

Le travail féminin se concentre davantage dans certaines branches et secteurs et les hommes et les femmes ne se répartissent pas de façon égale dans les différentes branches (cf. tableau 2). Elles subissent une «ségrégation horizontale»  qui les confine  dans des secteurs d’activités déjà fortement féminisés. Les femmes  sont davantage concernées par l’emploi dans des secteurs saisonniers et les bas salaires qui font appel à une main-d’œuvre jeune et peu qualifiée dans le textile-confection,  l’agroalimentaire, où l’emploi est toujours plus vulnérable aux crises conjoncturelles. C’est ainsi que la majeure partie de la main-d’œuvre féminine se concentre dans le textile et cuir, mobilisée sous une forme occasionnelle et saisonnière et fonctionnant selon les aléas des marchés extérieurs.

L’agriculture et autres services, marqués par une forte informalité et une faible productivité,  demeurent le principal pourvoyeur de l’emploi des femmes.  En revanche, les effectifs féminins dans l’industrie, synonymes de salariat, de qualification et de relative protection sociale, sont en baisse depuis une dizaine d’années. Il faut enfin préciser que les femmes occupent 12,7% des emplois dans le secteur informel non agricole, mais celui-ci est vraisemblablement sous-estimé, en raison de son caractère invisible et du fait qu’il se déroule pour l’essentiel à domicile. D’autres ont gardé un pied dans le secteur formel et un autre dans l’informel, développant ainsi la pluriactivité.

Les activités à forte présence féminine sont généralement celles du textile (le travail des tapis, de la broderie et couture à domicile, etc.) et de l’habillement (couture traditionnelle). Elles sont aussi fortement présentes dans les services domestiques et dans le petit commerce. Enfin, dans l’administration générale, l’emploi des femmes a légèrement reculé.

Discriminations salariales

Les avancées inscrites dans le Code du travail n’ont pas réduit les écarts de rémunération entre hommes et femmes. Il existe peu de données sur les salaires. Il apparaît toutefois que 41% des femmes salariées perçoivent le salaire minimum contre 31% des hommes et, si l’on s’en réfère aux ODM (2007), les salaires moyens des femmes demeurent «nettement plus bas que ceux des hommes». Dans la fonction publique, les salaires des femmes représentent 80% de ceux des hommes. Il apparaît aussi que dans le milieu urbain, l’écart de salaire estimé entre hommes et femmes âgés de 15 à 50 ans s’explique dans près de 64% des cas par  la discrimination salariale. Il faut ajouter également que cette discrimination est plus persistante dans le secteur privé que dans le secteur public (puisqu’elle explique dans 87.5% des cas l’écart salarial) ; elle est également plus perceptible dans le bas de la distribution que dans le haut, où les différences salariales tendent à se réduire avec la participation des femmes au travail rémunéré (Soudi, 2003). Il apparaît  ainsi que  la perception du salaire des femmes, comme salaire d’appoint, résiste fortement en tant que norme sociale.

Conclusion 

Afin de lutter contre la vulnérabilité des femmes sur le marché du travail et promouvoir le développement humain, Il est certes important d’agir  au niveau de  l’école  en combattant les stéréotypes, d’agir sur la famille, mais aussi au niveau de l’entreprise qui doit contribuer par un plus grand effort, par le respect de l’égalité professionnelle et du droit du travail. Il est aussi utile que l’État engage sa responsabilité en donnant l’exemple en matière d’égalité (recrutement, statut...), en luttant contre la précarité des femmes dans leur travail et  en faisant respecter les réglementations. Enfin, l’activité des femmes, souvent saisonnière, partielle ou à domicile, à la frontière du domestique et de l’économique, cachée ou peu visible, nécessite d’être mieux appréhendée.

 

1 Rapport du Haut Commissariat au Plan, «Activité, emploi et chômage, 2009»

 

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