Vision HCP du Maroc Atlantique

Vision HCP du Maroc Atlantique

Dans le processus de réflexion mené par le Haut-Commmissariat au plan sur l’espace atlantique1, et pour enrichir chacun des thèmes soulevés, nous avons recouru à l’organisation de forums de dialogue, d’échange d’idées et d’approches, ouverts au débat, où les participants expriment, à leur gré et en toute liberté, leurs points de vue, ceux de leurs gouvernements ou de leurs institutions, avec la seule exigence de l’expertise, de l’objectivité et de la tolérance.

C’est dans ce cadre que nous avons étendu nos travaux de prospective portant sur les dimensions macroéconomiques, sociétales et culturelles de notre pays à son environnement géostratégique maghrébin, africain, arabe et euro-méditerranéen, afin de mieux mesurer l’impact de cette appartenance plurielle sur notre identité nationale. Cette richesse est aujourd’hui consacrée par la Constitution du Royaume.

La dimension atlantique, qui constitue l’un des déterminants fondamentaux de cette richesse, s’impose avec la force d’une évidence tant pour le Maroc que pour tous les pays riverains de cet espace géostratégique. Elle puise sa robustesse dans notre appartenance commune à cet espace dont nous partageons le poids de la géographie, la densité de l’héritage historique, le métissage des populations et des cultures et la profondeur des aspirations de ses peuples à un avenir de croissance, de développement et de paix.

La richesse d’une transversalité

Les vertus de cette transversalité atlantique n’ont jamais été aussi réelles, ses potentialités aussi riches et sa vocation à devenir, pour nous tous, riverains de l’Atlantique, aussi évidente que dans le contexte des défis portés aujourd’hui par l’évolution des réalités économiques, environnementales et sécuritaires du monde.

Pour préserver les perspectives de leur insertion compétitive dans l’économie mondiale émergente de l’après-crise, les pays riverains de l’Atlantique, dans leur diversité et leurs spécificités respectives, disposent d’opportunités insoupçonnées. Leurs modèles de développement durable sont, de toute évidence, menacés par les déficits de financement, mais la transversalité qu’offre l’Atlantique peut aider à les refonder collectivement sur des bases solidaires, et les sortir des croissances tirées par la consommation, comme c’est presque le cas aujourd’hui dans la quasi-totalité de ces pays.

Cela revient à relever collectivement les défis communs à toutes ces régions : sécurité humaine, énergétique et alimentaire, éradication de la pauvreté, réduction des inégalités et consolidation de la cohésion sociale. Le tout, dans un contexte de changement climatique, et de multiplication des menaces de tous genres sur l’économie mondiale, et la sécurité d’hommes et de nations parmi les plus vulnérables.

C’est par cette démarche que les pays du Sud, comme le Maroc, pourront créer une dynamique qui redonnerait sens à l’Atlantique, avec un respect des souverainetés nationales et des cultures, ainsi que des rapports de coopération mutuels. C’est cela qui restituerait à l’Atlantique la polarité stratégique qui était la sienne et que la mondialisation n’a cessé de lui contester, au profit d’autres espaces géostratégiques.

Ce serait, en tous cas, la réponse la plus adaptée à la nature de la crise de type systémique que connaît aujourd’hui le monde et qui devrait de plus en plus s’ouvrir sur de nouvelles sources de compétitivité et de profits autant sectoriels et technologiques que territoriaux dans le cadre d’une nouvelle économie politique. Dans cette perspective, les regroupements régionaux les plus larges seront les territoires les plus attractifs des capitaux locaux et extérieurs.

Une plus-value pour renforcer les intégrations régionales et sous-régionales

Il est cependant clair que la promotion d’une communauté atlantique n’implique en aucune façon une limite à l’insertion active, nécessaire et urgente des pays riverains dans les entités territoriales et institutionnelles régionales ou sous-régionales de leur continent. Bien au contraire, le projet d’une communauté atlantique doit être conçu pour constituer une valeur ajoutée pour ces entités et en favoriser l’accès à ceux, parmi leurs pays membres, qui souffrent d’un enclavement ou d’un semi-enclavement. Ce qui suppose un espace atlantique de paix, de prospérité où la libre circulation des biens et des personnes se conjugue avec le respect des droits de l’Homme et des valeurs de la modernité.

De même, loin de contrarier la montée en puissance des rapports économiques et politiques Sud-Sud, à l’origine du basculement géostratégique que connaissent aujourd’hui les sources de croissance économique et d’échanges commerciaux dans le monde, l’adhésion à une communauté atlantique, dans une démarche de transcendance des antagonismes historiques est, de toute évidence, de nature à offrir à tous les pays, sans distinction de leur situation géographique, au Nord ou au Sud, l’opportunité d’apporter leur contribution à la résolution des problèmes globaux, dans le respect notamment de l’aspiration légitime des pays du Sud à prendre leur part dans la recomposition de la multipolarité géostratégique du monde.

L’appel à une communauté atlantique, parti de Skhirat en 2009 et relancé en 2012 toujours à Skhirat, doit par ailleurs être lu comme une source d’inspiration pour une plateforme de dialogue et d’échange vertueux ouvert sur l’avenir, avec les générations montantes, à la recherche d’un projet de société conforme à leur exigence citoyenne d’une économie au service de plus de justice sociale et d’une démocratie plus participative

 

1. Projet mené par le HCP entre 2009 et 2012 avec un financement du PNUD.

Par : Ahmed Lahlimi


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