Témoignage sur la décentralisation de l’école

Témoignage sur la décentralisation de l’école

Pourquoi ce livre ?

La question de la décentralisation connait un cheminement difficile et instable au gré des conjonctures et des ministres. Ce chantier est ouvert depuis longtemps, mais depuis la mise en place des Académies Régionales de l’Éducation et de la Formation (AREF), l’État a doté celles-ci avec la loi 07-00 du 19 mai 2000, du statut d’établissement public de personnalité morale et de l’autonomie financière. J’essaie de rapporter par cette initiative une réflexion sur la régionalisation dans le secteur éducatif, laquelle est une composante stratégique des réformes de régionalisation dans le pays.

S’agit-il pour vous de dresser un bilan ?

Pas tout à fait, mais j’ai eu à gérer sur une période (2003-2012) une institution territorialement définie qu’est l’académie de la région de Rabat-Salé-Zemmour-Zaër, là où j’ai tenté, à travers les moyens et les politiques définies par l’État, de répondre aux besoins d’un demi-million d’élèves, et piloter plus de 20 000 fonctionnaires et enseignants. Mon objet est d’exposer cette expérience qui me semble riche d’enseignements et qui mérite d’être rapportée, mais mon principal message par le biais de ce livre est surtout de montrer la possibilité dans l’état actuel, au-delà des déficiences éventuelles des dispositions légales et réglementaires en vigueur, d’améliorer la gouvernance du système éducatif régional. L’AREF est gérée par un directeur et administrée par un conseil d’administration présidé par le ministre. Celle de RSZZ comprenait quatre délégations. J’ai eu à gérer tout cela et je suis parvenue à une conviction : pour réussir la décentralisation en matière éducative, on doit s’appuyer sur des compétences responsabilisées, sur l’éthique professionnelle et aussi sur le professionnalisme, car ce sont ces facteurs qui ont fait parfois défaut lors de mon expérience.

Quels sont les aspects qui vous semblent les plus pertinents pour la gouvernance dans le contexte régional ?

Sur le fond, il était difficile de faire bouger les choses car les académies n’avaient pas de ressources humaines propres pour développer leurs propres stratégies régionales. J’ai procédé en urgence à plusieurs formations de perfectionnement pour le personnel responsable de la gestion financière, administrative et des ressources humaines. C’était un préalable opérationnel pour la mise en place des structures de coordination et des réseaux de partage d’expériences, de la programmation stratégique (court, moyen et long terme) et des plans de mise en œuvre à travers le management de projets. Nous avons alors réussi à réaliser une certaine rationalisation de la gestion des finances avec une amélioration des conditions de marchés, la réduction des bons de commande, l’amélioration de la délégation des crédits, etc. Nous avons obtenu de véritables économies réalisées dans l’achat de l’uniforme scolaire, des frais d’impression et de la consommation d’eau et d’électricité… Parmi les exemples les plus significatifs, je cite la construction du siège de l’AREF de RSZZ dont le coût et la qualité d’ouvrage ont été acquis grâce à une gestion de l’AREF elle-même. Ce fut le cas aussi du marché du matériel didactique que l’académie a réalisé par elle-même, moins cher et en exception par rapport au marché réalisé pour les autres académies au niveau central.

Quelles conclusions vous semblent nécessaires ?

La gestion est un domaine essentiel pour la distribution des ressources, l’optimisation des moyens disponibles et l’accès à des résultats. Dans l’esprit d’une bonne gouvernance, l’efficacité des structures dépend des personnes et de leur degré d’adhésion. Le système des académies regorge d’opportunités pour l’amélioration de leur rendement au-delà de toutes les résistances réelles, mais l’élément humain est à la base de tout changement, de toute réussite, et donc pour réussir la décentralisation c’est lui aussi qu’il faut d’abord prendre en charge. Deux autres facteurs constituent des piliers à mettre en place pour la bonne gouvernance en matière éducative ; le principe de la participation, notamment par le partage des responsabilités à tous les échelons et celui du déploiement de la communication dans ses différents niveaux avec toutes les parties en vue de renforcer l’option de décentralisation.

Quelle urgence pour les académies ?

Pour moi, la plus urgente des mesures à mettre en place serait la contractualisation donnant un plus large pouvoir décisionnel aux AREF. Un contrat pluriannuel qui permettrait aux académies de jouer leur rôle en matière d’orientation stratégique, d’accompagnement et d’évaluation de la gestion des organes de leur direction, lesquels seraient soumis chaque année à une vérification, externe et indépendante, de leurs comptes, de leur politique de gestion, et qui serait déconcentrée, et suivie jusqu’aux établissements scolaires par les autorités compétentes.

Pour moi, une révision de l’organigramme actuel des AREF devient nécessaire. Il faut une mise à jour du statut du personnel des AREF pour leur permettre de gérer les ressources humaines et d’établir une véritable stratégie d’habilitation et de formation des gestionnaires. De même, les compétences en gestion financière ne peuvent, à elles seules, suffire pour une bonne gouvernance éducative. Celle-ci a ses standards, ses normes, et constitue un domaine spécifique auquel il faut désormais préparer les gestionnaires ; d’où l’importance de pouvoir amener dans les académies les profils nécessaires, pouvoir développer les compétences par la formation et la formation continue et l’instauration d’un système de responsabilisation.


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