L’Amérique du sud, un horizon Atlantique

L’Amérique du sud, un horizon Atlantique

Les marchés de l’Amérique latine (Amérique centrale et du Sud) attirent l’appétit de toutes les économies développées ; cette région comprend plusieurs États de l’OCDE (Mexique, Chili) ainsi que plusieurs pays émergents (Brésil, Colombie et Argentine). Les flux d’IED vers l’Amérique latine et les Caraïbes ont atteint, en 2011, 217 milliards de dollars.

Selon les prévisions de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC), la part des échanges de l’Amérique latine dans le commerce mondial progressera de 6% d’ici à 2016, celle de l’Asie de 5,4% alors que celle de l’Europe reculera de 2,1%. La CNUCED estime dans son rapport 2012 que la forte croissance de l’IED en Amérique du Sud s’explique principalement par le développement de ses marchés de consommation, ses taux de croissance économique élevés et ses richesses naturelles.

Pourtant, le Maroc ne semble pas avoir encore pris la mesure de cette évolution. Preuve en est le plan national de développement des exportations « Maroc Export Plus ». Il définit trois catégories de marchés extérieurs : des marchés stratégiques, des marchés adjacents et des marchés de niche. L’Amérique latine ne figure dans aucune de ces catégories. Les marchés dits stratégiques continueront d’accueillir l’essentiel de l’effort promotionnel de ce plan. Quant à l’Amérique latine, elle pourrait au meilleur des cas bénéficier de « miettes » de la dernière catégorie dite « de niches », constituée « des marchés peu ou pas encore couverts par les exportations marocaines et pouvant être ciblés par un nombre limité de produits ».

Au total, des exportations marocaines en valeur le commerce avec l’Amérique latine dans son ensemble est aujourd’hui très réduit. Il tournait autour de 7,23% en 2012 des exportations globales marocaines avec une prépondérance des dérivés du phosphate.

Seules les incursions du secteur public et de quelques opérateurs privés visent aujourd’hui ce continent émergent. Au niveau officiel, la diplomatie a essayé, depuis le nouveau millénaire, de créer une politique économique destinée à l’Amérique latine. Mais la question du Sahara est peut-être bloquante1 , car les pays de l’ALBA, Vénézuela en tête, soutiennent activement les thèses séparatistes aux Nations Unies. Le Maroc entretient des relations politiquement plus positives avec le Chili, le Brésil, la Colombie et l’Argentine. Les deux premiers pays devenant aujourd’hui ses ports d’attache en Amérique latine.

Le Brésil, un nouveau modèle de partenariat ?

Pour le discours diplomatique du Maroc, l’Amérique latine constitue une composante de sa nouvelle politique de coopération économique et commerciale Sud-Sud. Le phosphate est déjà le noyau qui a fait du Brésil le 3e client du Maroc, qui lui-même devient le 5e partenaire économique du Brésil en Afrique et dans le monde arabe. L’ambition marocaine dans ce contexte vise à créer un partenariat commercial utile et stratégique faisant du royaume une plate-forme pour le Brésil vers les marchés européens, arabes et africains. En contrepartie, le Royaume essaie de faire aussi du Brésil sa future plate-forme vers les autres pays de l’Amérique latine. À ce stade, le projet est encore en phase exploratoire. Du côté brésilien, l’agence chargée de la promotion des exportations Apex-Brasil, en partenariat avec la CGEM et la Chambre de Commerce, d’Industrie et de services de Casablanca2, viennent d’organiser début décembre 2013 un forum d’affaires dans la métropole économique marocaine. La mission commerciale brésilienne était composée de membres du gouvernement brésilien et d’une dizaine d’entreprises du bâtiment, des machines et équipements agricoles, de l’agroalimentaire, des industries pharmaceutique et informatique…

Pour le moment, les importations brésiliennes du Maroc restent constituées de produits minéraux tels que les phosphates, l’acide phosphorique, ainsi que des circuits intégrés et des sardines. Alors que les exportations vers le Maroc sont composées de sucre, soja, huile de soja, engins, bois et pièces d’automobile. La relation commerciale durable ne se manifeste pas encore,  sauf pour le phosphate ; l’entrée de l’OCP, en 2011, dans le capital d’un important distributeur d’engrais dans ce pays (Yara International) est peut-être le grand tournant. Mais personne ne peut le jurer !

La Royal Air Maroc a aussi inauguré, le 1er novembre 2013, une nouvelle liaison aérienne entre Casablanca et São Paulo, à raison de 3 vols par semaine. La compagnie nationale a établi cette connexion sur la base d’une demande potentielle des élites latino d’origine africaine aspirant à jouer un rôle dans le développement africain, ainsi que l’attrait potentiel du marché africain en croissance pour les opérateurs de l’Amérique latine ; la compagnie nationale est aujourd’hui plus compétitive en Afrique et offre des circuits moins pénibles.

Le Mexique, une stagnation inexplicable

Pendant les premières années du 3e millénaire, on a cru que les relations commerciales et économiques avec ce pays allaient fortement se développer. Le Mexique a reçu la visite du Roi Mohammed VI en 2004 lors de sa tournée en Amérique du Sud. À la suite de celle-ci, beaucoup de promesses furent avancées, parmi lesquelles la conclusion d’accords pour un partenariat entre secteurs privés dont des projets centrés sur les PME et la formation professionnelle.

Depuis, peu de choses ont été réalisées. Le Mexique importe du Maroc des dérivés du phosphate, des produits de textile et des composants électroniques. Sur les cinq dernières années, le volume global de ces échanges est resté stagnant. Ce pays est pourtant aujourd’hui la 12e puissance industrielle au monde et la 10e puissance commerciale. Il est, de loin, le premier importateur et exportateur de toute l’Amérique latine.

La structure des importations marocaines du Mexique sont constituées principalement d’épices ; de produits d’emballage ; de verre et ses dérivés et de pièces détachées pour véhicules. Le Maroc importe également, au gré de l’évolution des cours mondiaux des matières premières, telles que le sucre et le blé mexicains.

L’espoir chilien

Ce pays affiche la plus forte croissance de la zone OCDE. Il représente la sixième économie la plus importante au niveau de la région sud-américaine après le Brésil, l’Argentine, la Colombie et le Vénézuela.

Le Chili pourrait bien être le premier pays d’Amérique du Sud à avoir un accord de libre-échange (ALE) avec le Maroc. Selon le ministre chilien de l’Agriculture, Luis Mayol, en visite à Rabat (septembre 2013), cet ALE porterait sur plusieurs secteurs économiques, notamment celui de l’agriculture. Les exportations du Maroc vers le Chili ont affiché, selon le ministère du Commerce extérieur marocain, une augmentation record durant cette période, passant de 297.000 dirhams au 1er trimestre 2012 à environ 9,50 MDH au 1er trimestre 2013. Quant aux importations marocaines en provenance du Chili, elles se sont établies à plus de 37,92 millions de dirhams au 1er trimestre 2013, contre environ 13,85 MDH durant la même période de 2012, soit une hausse de 173,8%.

Le plus intéressant dans le cas chilien, c’est l’amorce d’une démarche marocaine dans le domaine agricole, illustrée par la coopération engagée depuis 2012 entre l’APEFEL (Association marocaine des producteurs exportateurs de fruits et légumes) et l’ASOEX (Association d’exportateurs de fruits du Chili). Ce type d’opérations est en mesure d’assurer aux deux parties les perspectives d’accès à de nouveaux marchés.

La question des relations commerciales entre le Maroc et l’Amérique latine reste tributaire aujourd’hui, selon les opérateurs privés, de la persistance de taxes douanières sur différents produits, les négociations commerciales avec le Mercosur et les autres États de la région n’avançant pas beaucoup. Un problème d’accès aux marchés demeure, et fait le bonheur des opérateurs et intermédiaires européens, notamment ibériques. Les coûts de transport participent également aux obstacles pour les relations directes.

Pourtant, les opportunités sont réelles, mais persistent l’inertie de l’offre exportatrice nationale ainsi que la faible productivité marocaine comparativement à des pays concurrents, asiatiques en particulier. Depuis 2011, une nouvelle tentative voit le jour avec l’Alliance du Pacifique composée de Colombie, Chili, Mexique et Pérou3. Cette alliance économique très dynamique affiche une certaine curiosité envers le Maroc et les marchés africains et du Moyen-Orient. Serait-ce le lieu d’une convergence providentielle par laquelle les Marocains iront investir en Amérique latine ? Suite à la décision de l’Agence chilienne de promotion des exportations « Prochile » d’ouvrir son bureau en Afrique à Casablanca au cours de cette année, la coopération économique et commerciale s’est élargie aux pays membres de l’Alliance du Pacifique. Ceux-ci ont décidé finalement de procéder ensemble à l’ouverture d’une représentation commerciale conjointe dans la ville de Casablanca et à destination africaine.

 

 

1.     Le Roi Mohammed VI a effectué une tournée au Mexique, au Brésil, au Pérou, au Chili et en Argentine (novembre-décembre 2004)

2.   http://www.menara.ma/fr/actualit%C3%A9s/economie/2013/12/02/910477-casablanca-tenue-d%E2%80%99un-forum-d%E2%80%99affaires-maroco-br%C3%A9silien.html

3.     L’Alliance du Pacifique est un bloc commercial formé par le Mexique, le Pérou, la Colombie et le Chili  signée au Pérou le 28 avril 2011. 8e économie du monde, elle réunit 35% du PIB d’Amérique latine avec une croissance annuelle du PIB exceptionnelle de 5% et dotée d’un marché, le MILA (Marché Intégré Latino-Américain), comme plateforme aux flux financiers.

 

 

Références :

http://www.mce.gov.ma/statistiques/Echanges_com_pays.asp)

http://www.unctad-docs.org/files/UNCTAD-WIR2012-Overview-fr.pdf

http://www.wto.org/french/res_f/statis_f

 

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