Entretien avec Cinq questions à amine Louali : Une convergence à construire encore

Entretien avec Cinq questions à amine Louali : Une convergence à construire encore

Comment jugez-vous la relation entre la recherche en sciences humaines et sociales (SHS) et l’entreprise ?

Aujourd’hui, ce qui est certain pour moi, dans notre contexte marocain, c’est qu’en dehors d’une expérience volontariste, vécue par ailleurs1, ce lien est limité, voire inexistant, de manière structurelle. Mais, quand ce lien existe, il se trouve essentiellement dans un seul sens, celui de l’accès à des ouvrages de référence qui peuvent nous inspirer. Ceci étant, il n’y a pas d’échanges ou de cadres d’échanges, ni d’interactions constructives par rapport à ce savoir, encore moins de lectures quant aux spécificités éventuelles que peut induire le contexte d’action au Maroc.

Pour le moment, les interactions que nous avons pu avoir dans le cadre de notre projet de transformation de Maghreb Steel relèvent d’interventions pour l’accompagnement des pratiques et postures managériales et des contextes décisionnels. L’accompagnateur a agi en tant qu’observateur/acteur à effet miroir pour nous, en nous donnant du feedback, soit collectif soit individuel, pour nous dire : « Voilà comment vous vous positionnez…», « Voilà quels aspects à traiter… », « Voilà la nature des échanges… ». Mais, c’était une approche assez empirique, donc pas forcément quelque chose de reproductible.

Dans un contexte de recherche, la seule expérience que nous avons pu avoir pour le moment et de manière claire est celle que nous avons entamée avec Economia-Research Center, dans le cadre de leur/votre travail de recherche sur le sens et la valeur du travail. Ce cadre et les échanges autour du sens de l’action nous ont permis de mettre des mots et des concepts derrière des situations que l’on a pu vivre. Ma question, aujourd’hui, est : comment capitaliser sur ce qu’on a vécu pour aller plus loin ?

Comment la recherche en SHS peut-elle servir l’entreprise et comment l’entreprise peut-elle servir la recherche ?

À mon sens, dans un premier temps, un peu à la Monsieur Jourdain, dans le sens où nous avons une expérience qui est transcrite dans notre vécu. À partir de là, le fait d’avoir un cadre de recherche en SHS qui nous accompagne, cela nous ouvre des perspectives pour nous projeter dans des modèles qui nous permettent de capitaliser une partie de nos actions et de voir plus loin.

Aujourd’hui, l’entreprise est-elle demandeuse de collaborations avec la recherche universitaire ? Comment ?

Le temps de l’entreprise n’est pas forcément celui de la recherche car, en entreprise, nous sommes vraiment pris par l’action plus que par la réflexion. Ce fut une sollicitation rafraîchissante que celle d’Economia-Research Center, parce qu’elle nous a permis de revenir sur ce que nous sommes en train de faire : nous devons atteindre des objectifs, être au rendez-vous de notre business plan, faire aboutir nos projections, etc. Comment faire pour amplifier cette action ? Finalement, notre énergie est la même, alors comment faire pour la canaliser dans des systèmes de projection qui nous permettraient de saisir l’impact de nos actions pour mieux les anticiper ?

La recherche n’était pas mon champ. Quand j’ai une problématique, j’échange avec des praticiens, ou je consulte des livres de management sans forcément trouver une réponse à une problématique donnée. Cette démarche me permet de m’ouvrir et voir ce que l’on pourrait faire de manière plus large. Mais, cela reste ponctuel et circonstancié. Là où l’interaction avec la recherche est intéressante, c’est quand elle traite de nos problématiques. Elle peut alors nous donner des réponses plus en connexion ou en interaction directe avec nos contextes, des réponses qui peuvent s’inscrire dans un contexte de réflexion plus large.

Pensez-vous que les chercheurs sont sensibilisés aux questionnements de l’entreprise ? Comment jugez-vous la relation entre chercheur et manager ?

Dans l’absolu, je ne sais pas. Par contre, à travers ce que j’ai pu observer et comprendre, il y a des zones d’études et de réflexions traitées par les chercheurs qui sont pertinentes pour moi (à ce stade : le sens au travail, la motivation des équipes, la performance, l’engagement, etc.), parce que ces dimensions relèvent de notre quotidien en tant que manager. Et je le concède, je ne dois pas être le seul, nous péchons par manque de connaissance du monde de la recherche.

De quelles manières les managers peuvent-ils être impliqués dans la recherche et comment les chercheurs peuvent-ils être impliqués dans l’entreprise ?

Une première phase consiste à sensibiliser les managers au monde de la recherche. Apprendre, être conscient des questions/problématiques qui sont en train d’être traitées, ne serait-ce que pour avoir un aperçu. Il faut susciter cet intérêt. Ensuite, laisser le soin au manager d’identifier les problématiques sur lesquelles il peut y avoir un intérêt commun et, par la suite, cela peut faire l’objet d’actions de recherches ciblées, de périodes d’études ou s’inscrire dans une démarche d’amélioration significative d’une ou deux dimensions opérationnelles de manière à voir si les actions qui ont été décidées et expérimentées portent leurs fruits ou pas, de manière objective, à l’aide des indicateurs décidés au préalable. C’est ce que je percevrais comme démarche possible. Sous quelles formes ? Là, c’est ouvert…

Note: 

M. Amine Louali fait référence aux premières phases du processus de transformation du Groupe OCP, dans les années 2008-2013.

 

 


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