Directrice Marketing : coopérer pour mieux s'imposer

Directrice Marketing : coopérer pour mieux s'imposer

La première chose qui frappe, lorsque l’on rencontre Zineb Oukasha, c’est ce regard sombre et impénétrable qui vous fixe droit dans les yeux. Chevelure noire, blouson de cuir ajusté sur pantalon stretch et talons hauts assortis, l’apparence est soignée et l’autorité naturelle s’impose comme une évidence. A n’en pas douter, nous sommes bien en présence de la directrice marketing et ventes régionales de Hyundai : une femme dans un univers professionnel masculin.

Issue d’une grande famille casablancaise, Zineb grandit avec son frère et ses cousins. Dans ce groupe soudé, elle fait office de petite dernière, toujours sage et posée, mais très mature pour son âge. Son séjour à Paris, où elle est envoyée pour ses études supérieures, est décisif dans la construction de sa personnalité. «J’étais jusqu’alors sous la houlette de ma famille, qui me laissait peu l’occasion d’exprimer mes propres opinions, et ressentais le besoin de découvrir qui j’étais vraiment». En France, elle apprend à se débrouiller par elle-même, à orienter ses choix. Elle révèle ses potentiels, ses limites, et se découvre une force de caractère qu’elle ne soupçonnait pas. Cinq ans plus tard, son diplôme d’école de commerce en poche, c’est une nouvelle femme qui rentre au Maroc et retrouve avec plaisir ses repères, sa famille, ses amis. «A mon retour, je me sentais forte, capable d’affronter la vie, mais gardais toujours en moi cette fragilité de l’enfance». Zineb est perturbée par cette dualité de tempérament et va vite comprendre que l’affirmation de soi, dans le monde professionnel, sera la clé de son équilibre.

Abandonnant ses idéaux de petite fille coquette, attirée par l’univers si féminin de la cosmétique, Zineb se lance un premier défi et accepte un poste de conseillère commerciale chez un distributeur automobile. Face à des clients butés qui refusent de voir en elle le conseiller dont ils ont besoin, la jeune femme redouble de persévérance pour prouver qu’elle est capable de faire son métier. «Cette expérience m’a révélé que je n’étais pas la personne timide, travaillant dans l’ombre, que je croyais être, mais que ma place était aussi au front office».

Lorsqu’on lui confie la création du département logistique, Zineb s’investit à 100% : «Je lavais les voitures, allais au port, montais dans le camion qui transportait les véhicules... Bref, j’étais sur le terrain, aux côtés des petites mains, pas en train de jouer au chef dans mon bureau !». Ce poste, physiquement éprouvant, réveille ses gènes de meneuse d’hommes, hérités de figures familiales emblématiques. «Je savais que les gens que je côtoyais au quotidien avaient un préjugé sur mes origines sociales mais connaissaient aussi les valeurs de ma famille, qui n’était pas du genre à les regarder de haut». En traitant ses équipes avec toute l’humanité qui l’habite (une caractéristique qui lui vaut d’être surnommée Mère Teresa par sa famille !), mais demeurant ferme sur le plan managérial, Zineb parvient à faire parfaitement cohabiter ces deux traits de sa personnalité et trouve enfin son équilibre.

Véritable joker de l’entreprise, on lui confie la direction commerciale pour le lancement de trois nouvelles marques. Déployant toute sa force de conviction, Zineb part négocier avec les constructeurs : Américains, Allemands - et plus tard Coréens, Suédois, Turcs - aucun ne lui résiste !

«Certes, ça n’a pas toujours été rose, et j’ai connu des moments de remise en question quant à mon orientation professionnelle. Mais j’aime le secteur automobile car il est en perpétuelle évolution et on ne s’y ennuie jamais».

Son expérience pluridisciplinaire permet à Zineb de rejoindre le distributeur d’une marque premium peu reconnue au Maroc. On lui donne carte blanche pour restructurer l’entreprise et développer les ventes. Réalisant son plus beau «coup de pub», elle crée le buzz autour de la marque et le chiffre d’affaires décolle. Forte de ces résultats, Zineb en est convaincue : l’automobile, elle l’a «dans le sang». Sa carrière est ici !

En 2009, elle rejoint Hyundai en tant que directrice marketing et communication. Les débuts sont difficiles. Sa présence au comité de direction générale dérange car c’est de son service qu’émane toute la stratégie de l’entreprise, domaine éminemment sensible, confié à une jeune recrue, qui plus est, une femme ! Zineb ignore les coups de griffe et joue la carte de la coopération la plus totale. «J’ai laissé à mes pairs le temps de me connaître, d’apprécier mon travail, pour leur faire comprendre que je n’étais pas une rivale mais, qu’au contraire, nos compétences étaient complémentaires».

Avec ses équipes, Zineb fixe d’entrée les règles du jeu : les orientations et objectifs sont discutés en commun. Elle s’engage à donner à chacun les moyens pour réussir et se montre toujours disponible pour démêler une situation. En contrepartie, ses collaborateurs sont libres d’agir comme bon leur semble pourvu que les objectifs soient atteints. «En général, le Marocain demande beaucoup. Je joue le jeu mais les résultats doivent suivre... ou le plateau d’argent se transformera en métal !».

Ayant appris à dompter sa trop forte personnalité et à arrondir ses discours au fil des ans, Zineb conserve aujourd’hui intact son degré d’exigence. Certains loueront sa poigne et son professionnalisme, d’autres la jugeront trop émancipée. Zineb ne s’en soucie guère et continue de tracer sa route, dans la discrétion, mais avec des valeurs qui lui sont chères : équité, justice, mérite et don de soi.


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