DG: Déléguer pour mieux manager

DG: Déléguer pour mieux manager

La vocation d’Ilham Zihri pour l'Entreprenariat se dévoile à l’âge de neuf ans lorsqu’en accompagnant son père en voyages d’affaires en Espagne, elle participe à la négociation finale du prix d’un contrat de sous-traitance. Elevée dans un environnement de «labeur de longue haleine» et très admirative d’un père «self-made-man», elle baigne dans la librairie familiale depuis toujours. Aînée de quatre frères et sœurs, son père l’encourage à partir, à peine majeure, poursuivre des études aux Etats-Unis. Parcours sans faille : bachelor, MBA, stages dans des cabinets de conseils, et pour finir une offre de la Banque mondiale à l’issue de ses études qu’elle décline pour des raisons personnelles. Elle préfère alors rejoindre le groupe familial qui a adjoint à la librairie originelle une imprimerie créée en 1982.

En 1994, elle devient donc «imprimeuse, un métier d’hommes partout dans le monde, et encore plus au Maroc». Les premiers temps sont très difficiles. Ilham Zihri cumule les difficultés : elle est jeune, formée à l’anglo-saxonne, de sexe féminin et rejoint une entreprise gérée par son oncle depuis quinze ans. «C’est plus difficile de rentrer dans une entreprise qui fonctionne déjà que de créer à partir de rien», affirme-t-elle. En effet, elle a la tête remplie d’idées nouvelles, mais accepte de travailler en douceur à la fois pour prouver à tous, et principalement à ses équipes, qu’elle est capable mais aussi pour surmonter les nombreuses résistances au changement qui lui sont opposées. Directrice administrative et financière au départ, elle prend la mesure du métier, décortique les mécanismes et «assoit en douceur la future gérance», qu’elle obtient après quelques années. La confiance que lui accorde son père, depuis qu’il l’a envoyée aux Etats-Unis après son bac, ne diminue pas et elle obtient une délégation formelle et totale de pouvoir dès le départ, ce qu’elle qualifie de «merveilleux».

Les difficultés rencontrées affectent nécessairement son mode de management. «Pour installer mon pouvoir, et obtenir le respect de l’équipe, j’ai été au départ très directive, presque autoritaire, mais le temps m’a appris que ce n’est pas nécessaire», confie-t-elle. Outre le temps, Ilham Zihri ne ménage pas sa peine pour apprendre en permanence et se former. Au cours des quinze années passées dans le groupe familial, elle suit cinq à six programmes de formation complémentaires, dont un consacré au management de la production industrielle, à la fois au Maroc et à l’étranger. Ilham sait que comme nombre de ses consœurs de par le monde, elle est souvent trop dure avec elle-même, mais, dit-elle, «la richesse que nous apportons à nos entreprises est aussi cette recherche permanente d’excellence et de performance».

Le management de son imprimerie fait d’ailleurs figure d’exception dans le groupe familial. Le caractère familial de l’entreprise se traduit par un fort sentiment d’appartenance au groupe, mais elle considère qu’«avec une approche féminine la dimension humaine et familiale prend encore plus de place». Au-delà des relations humaines, elle gère l’entreprise comme une succession de projets entrepreneuriaux qui fédèrent et motivent les équipes : «D’abord la qualité, puis la santé sécurité, puis l’environnement, à chaque fois il faut relever le défi et l’objectif est d’y arriver ensemble en y consacrant toute notre énergie». Et cette entreprise de seulement 120 personnes a une politique de gestion des ressources humaines exemplaire : enquêtes internes et externes, indicateurs de performance communiqués tous les six mois, révision des fiches de poste… Attachée à la féminisation de son entreprise, Ilham Zihri «très sensible à l’approche genre, [encourage] le recrutement des jeunes femmes». Et si le secteur de la production reste masculin, l’entreprise a plus de commerciales que de commerciaux par exemple.

L’engagement de cette entrepreneuse ne s’arrête pas aux portes de l’entreprise. Dès son entrée dans la vie active, elle s’engage aux côtés d’associations travaillant sur des problématiques sociales. Il y a huit ans, sa volonté de changer les choses l’amène à rejoindre l’AFEM (Association des Femmes chefs d’Entreprises du Maroc) où elle devient vice-présidente en charge du pôle développement de l’entreprenariat féminin. Si le regard de la société marocaine sur la place de la femme change, il y a encore de nombreuses actions à entreprendre pour «donner du pouvoir aux femmes». Forte de ses formations anglo-saxonnes, et en particulier de la possibilité qu’elle a eu de suivre son mentor, présidente d’une des Fortune 500, pendant trois semaines, elle a choisi de partager son expérience et d’introduire au Maroc cette pratique : «L’objectif est l’autonomisation socio-économique des femmes marocaines par l’accompagnement par objectif pour atteindre un meilleur développement professionnel». Dans le cadre du Réseau de Femmes pour la Promotion du Mentoring et du Networking, qu’elle a créé avec le soutien du KVINFO1, elle vise les femmes de tous milieux, des coopératives féminines aux entrepreneures.

Comment arrive-t-elle à mener de front tous ces projets ?

Sa réponse est celle d’un leader : «Je délègue à presque 100% en responsabilisant en permanence les équipes et en effectuant des contrôles sporadiques» ; une pratique qui ne fonctionne que si l’on sait communiquer sa stratégie et ses objectifs pour fédérer les énergies et qu’elle applique à l’ensemble des projets qu’elle mène.

 

1 Organisme danois leader dans le domaine du mentoring

 

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