Capital-Risque

Capital-Risque

Le capital-risque est un mode de financement qui consiste à apporter des fonds aux jeunes entreprises innovantes à fort potentiel de développement. Dans ce papier, nous examinons les caractéristiques du capital-risque, les acteurs qui entrent en jeu dans le cycle de financement et les facteurs pouvant jouer le rôle de freins voire de leviers quant à son émergence, notamment en termes de coordination de politique publique d’innovation.

Le capital-risque se différencie des autres modes de financement par deux grandes caractéristiques : le financement est accordé sans garanties ; seule la qualité des projets et des porteurs des projets est prise en compte. Le capital-risqueur accepte de prendre des risques élevés si le rendement financier s’avère important (1). Le capital-risqueur ne se limite pas seulement à apporter des fonds mais intervient aussi dans la gestion de l’entreprise (Hands-on). Il devient par conséquent un partenaire actif de l’entreprise (2).

Trois grands acteurs interviennent dans le cycle du capital-risque : les apporteurs de capitaux, les organismes de capital-risque et les jeunes entreprises innovantes. Les apporteurs de capitaux confient la gestion de leurs apports aux organismes de capital-risque. Une fois les fonds levés, les organismes de capital-risque sélectionnent les entreprises à financer et interviennent dans leur gestion en apportant des conseils à la fois techniques et managériaux. L’objectif est d’augmenter la valorisation financière de l’entreprise. Au bout de cinq années en moyenne, les organismes de capital-risque revendent leurs participations sur le marché financier ou à une grande entreprise. La plus-value, souvent aléatoire, constitue la rémunération du capital-risqueur et des apporteurs de capitaux.

Ces trois acteurs interviennent dans le cycle du capital-risque, mais avant le déclenchement de ce cycle, il y a d’autres facteurs qui entrent en jeu. Ces derniers peuvent servir de freins ou de leviers à l’émergence du capital-risque (Dubocage, 2000)1. Il s’agit de l’ensemble des composantes d’un système d’innovation d’un pays : les universités, les grandes entreprises, les politiques publiques en matière d’innovation et de création d’entreprises, le système éducatif, les caractéristiques du marché du travail et enfin le système financier. Si les États-Unis avec le modèle de la Silicon Valley sont aujourd’hui pionnier du capital-risque, c’est bien dû, comme l’ont montré plusieurs études, au « modèle d’innovation » américain. Ce modèle, comme le note Dubocage (2000) présente au moins deux caractéristiques systémiques, en plus des facteurs précités, qui confèrent à la création d’entreprise une importance particulière dans l’exploitation des opportunités technologiques à des fins commerciales. La première caractéristique est les liens tissés entre la recherche, l’université, et la grande entreprise. La recherche scientifique devient alors la principale source d’essaimage. La deuxième est les stratégies d’innovation des grandes entreprises qui favorisent les petites firmes indépendantes sur le plan juridique et financier.

Le capital-risque n’est donc pas seulement tributaire des acteurs « financiers » en place, mais aussi, et surtout, des réglementations, des institutions et des interactions entre les institutions. Ces facteurs sont inéluctablement responsables du dynamisme d’innovation d’un pays et par conséquent de l’émergence et du développement du capital-risque.

 

 

DUBOCAGE Emmanuelle, Le capital-risque : un mode de financement dans un contexte d’incertitude, Thèse de doctorat, Université Paris XIII, 2003.

 

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