Par-delà l’entreprise modernisatrice

Par-delà l’entreprise modernisatrice

Le transfert potentiel d’une partie de l’autorité et des fonctions régaliennes des États vers les organisations, et graduellement vers les entreprises, est le symptôme d’un changement de paradigme temporel. Lorsqu’il est appréhendé du point de vue de la recherche, il peut induire un transfert de sens, avec ce que cela comporte comme risque de reproduction de vieux atavismes sous des formes nouvelles et séduisantes. Comme l’explique si bien, dans un de ses récents séminaires, le chercheur en sciences sociales Mohamed Tozy, dans nos États fraîchement indépendants, les élites portées par le désir dé-colonial ont cru dans les années 60 et 70 que les sociologues, les économistes et autres politistes pouvaient alimenter les États de recettes permettant de faire violence à leurs sociétés, de les sortir de l’arriération et les moderniser, voire de les rationaliser de force.

Or, en posant la question, objet de ce dossier, Que peut la recherche pour l’entreprise ?,certains pourraient être tentés inconsciemment de faire un transfert de la demande des États modernisateurs de force d’autrefois à celui d’entreprises émancipatrices par injonction aujourd’hui. Selon cette représentation, la recherche en sciences humaines et sociales serait sommée de fournir aux entités économiques, des formules, approches et autres modèles tenant lieu de traitements utiles pour qu’elles agissent de manière plus efficiente en tant que corps sociaux. Cette vision « néo-positiviste » de la recherche, perçue à travers le prisme médical de la cure, produit deux effets secondaires : son instrumentalisation, qui la réduit à de l’expertise sur commande, et son idéologisation qui en affaiblit la capacité critique.

Et si nous changions d’optique ? Et si nous abordions le rapport entre recherche et entreprises de manière plus organique ? Cela reviendrait à penser dans trois directions. La première piste est celle de l’interaction, entre chercheurs et praticiens, avec le souci d’une réelle horizontalité de l’échange, où l’écoute est mutuelle et la production du savoir provient autant de l’expérience que du concept. La seconde direction à emprunter est celle de la domestication, où chacun des deux apprivoise l’autre, cessant de voir chez lui une inquiétante étrangeté. Et la troisième est celle de la co-construction qui, elle-même, passe par la déconstruction et l’acceptation de remise en cause des préalables et dogmes de chacun. Ces esquisses de voies à emprunter pourraient aider à établir des ponts solides et durables entre recherche et entreprises. C’est en tout cas une utopie réaliste qui nous séduit à Economia

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