Edito 9: ne comptez pas trop sur PowerPoint

Powerpoint est dangereux parce qu’il crée chez nous l’illusion de comprendre et de contrôler la situation». Quand j’ai lu dans The New York Times cette déclaration du Général Stanley Mac Chrystal, en Afghanistan, et pris connaissance du débat salvateur qui s’en est suivi sur le décalage de plus en plus grandissant entre «intelligence technique et communicationnelle» et «intelligence stratégique à l’écoute du réel», j’ai compris en partie l’origine de nos défaillances. Passons outre la connotation militaire sous-tendant la réflexion de départ et osons sa transplantation.

Le probléme se résume au fond à ceci : notre système, élististe et inéquitable, produit, au sommet de la pyramide sociale, quelques têtes bien pensantes, bien formées dans les meilleures écoles et universités, capables de produire les meilleurs schémas et stratégies possibles, mais pas suffisamment ancrées dans le réel et relayées humainement et socialement pour produire de la vraie valeur ajoutée et impulser le changement.

Que l’on se place dans un domaine hautement technologique, comme les systèmes d’information (lire pp.65-116), ou rudimentaire, comme les coopératives (lire pp.35-64), le constat est souvent le même : on importe un modèle, une loi ou un logiciel, on le prend pour un corps étranger dont on opère la greffe sans grande conviction. Après, on laisse faire, ne pensant ni à injecter des antidotes ni à implanter des adaptateurs habiles et efficaces.

In fine, nous nous retrouvons, ça et là, avec, au mieux des techniques greffées par le haut et pas assez investies et appropriées par le bas, et au pire, des intentions, lois et réglements affichés, et des acteurs qui bottent en touche, bricolent un système D ou font semblant de s’y conformer et n’en font qu’à leur tête.

Qu’est-ce qui crée ce décalage ? En amont, c’est le manque de volonté politique ferme et clairement affichée de créer des mini-ruptures. Parce qu’il ne faut pas l’oublier, les chamboulements de valeurs que cela suppose, on préfère ne pas trop y penser. En plus, ces nouvelles valeurs ont beau être déclinées sur des slides Powerpoint, si le leader du projet -dans un gouvernement, une entreprise, une coopérative ou une administration- ne se dote pas des moyens, du courage et du savoir-faire, pour en garantir la transformation en actes concrets, il n’en sera rien. L’autre chaînon manquant, que l’on découvre chemin faisant, c’est l’absence de mid-managers et agents du changement –l’école marocaine n’en forme pas assez ou pas du toutcapables de synthétiser la vision, se l’approprier et la traduire en mécanisme cohérent transmissible de haut en bas.

Après cela, ne vous demandez pas trop, pourquoi les réformes n’aboutissent pas. Et n’accusez pas trop les Powerpoint. Accusez surtout ceux qui croient que la technique s’occupera de transformer l’humain. Parce qu’au fond, ce n’est pas la machine qui fait l’homme. Je dirais même le contraire.

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