Capitalisme d’Etat...et capitalisme familial (2/2)

Mais qu’ont donc ces deux notions en commun ? Qu’est ce qui ne fonctionnait pas avec la Famille Peugeot et qui fonctionnera mieux avec l’Etat français ? C’est finalement un peu la même question que pose Thierry Peugeot, Président du Conseil de Surveillance de Peugeot SA à son cousin Robert, Président de la holding familiale, dans une lettre publiée dans les Echos du 30 janvier 2014.

En effet, face à un capitalisme diffus, de fonds de retraite ou de fonds d’investissement, le capitalisme d’Etat et le capitalisme familial présentent un certain nombre de traits de caractères communs.

Le premier, et non des moindres, que nous avions évoqué dans notre billet précédent est l’horizon temporel qu’ils accordent aux dirigeants des entreprises qu’ils détiennent.  Cet horizon temporel est celui du long-terme, de l’investissement patient qui saura attendre que les stratégies mises en œuvre puissent démontrer leur capacité à augmenter la valeur ajoutée créée.  Cet horizon stratégique plus long, voirel’absence d’horizon temporel défini, inscrit l’entreprise dans la durée et associe la stabilité du management à la continuation et la pérennité de l’activité. La vision portée par les dirigeants, et une fois de plus le cas de l’OCP[1] constitue un exemple saisissant, perdure et insuffle à tous les niveaux de l’organisation une dynamique qui facilite l’action.

De plus, comme l’explique Gomez-Mejia (2001), « dans un contrat de type familial, les deux parties peuvent aussi attacher de l’importance à la relation elle-même et ce au-delà de sa seule valeur économique ». Ainsi, les relations entre propriétaires et dirigeants s’attachent, comme cela peut être le cas dans une certaine forme de capitalisme étatique, à protéger tous les déterminants de la relation : qu’il s’agisse de la nature des liens familiaux, de l’harmonie souhaitée ou encore de la réputation de la famille. Ceci rejoint une des hypothèses de Granovetter (1994), qui veut que l’action économique tienne aussi compte de déterminants tels que la loyauté à son groupe d’appartenance ou la référence permanente à un certain nombre de valeurs.

Dans le capitalisme d’Etat, comme dans le capitalisme familial, la confiance devient alors une dimension critique des relations entre les parties prenantes, confiance qui a besoin, pour s’instaurer et pour perdurer, de temps.

On peut alors imaginer, en poussant ces modèles encore plus loin, qu’ils préfigurent la naissance d’une nouvelle forme de gouvernance, qui ne serait plus dictée par les attentes financières à court terme d’actionnaires institutionnels, mais qui tiendrait compte de l’horizon stratégique requis par les dirigeants des organisations pour mener à bien leur vision dans le respect de la préservation d’une vision partagée par toutes les parties prenantes et qui s’appuient sur des relations de confiance réciproque lentement construites et enrichies.

 

[1] Pascal Croset (2013), « L’ambition au coeur de la transformation », Dunod.

 

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